Impression 3D de masques : l’Europe doit accélérer

Capture d'écran Youtube de opensource mask — opensourcemask-Youtube,

Les contraintes juridiques européennes doivent être levées pour permettre aux imprimeurs 3D de fabriquer des masques.

Par Théophile Gacogne.

Dès le début de la pandémie de Covid-19, de nombreux pays, dont la France, se sont trouvés en pénurie de masques. Il a fallu passer des commandes en urgence, qui ont mis du temps à arriver et encore aujourd’hui, 4 mois après le début de la crise, le grand public a encore du mal à se procurer des masques réellement efficaces.

Si aux États-Unis, tout est loin d’être parfait, l’industrie de l’impression 3D propose une solution alternative pour pallier ce manque. Jonathan Roberts, un ancien de chez Microsoft, s’est toutefois rendu compte que les masques conçus en impression 3D n’étaient pas tous aussi efficaces, et avec l’aide de nombreux collaborateurs, il a mis au point un modèle performant, certifié par les autorités américaines de santé.

Un masque imprimable gratuitement partout dans le monde

C’est depuis Seattle que Jonathan Roberts a fait jouer ses relations pour créer un organisme à but non-lucratif, Maker Mask, qui propose désormais gratuitement les plans d’impression 3D pour un masque respiratoire. Si d’autres ont déjà conçu des masques de ce type ces dernières semaines, le Maker Mask est le premier à recevoir l’approbation fédérale du National Institutes of Health (NIH), qui a validé son efficacité.

Maker Mask est un organisme non-lucratif, avec un objectif simple, celui de devenir une bouée de sauvetage fiable afin de fournir des masques à tous ceux qui en ont besoin. Roberts et ses équipes bénévoles ont réquisitionné une église de Seattle où ils produisent actuellement un peu plus de 2000 masques par jour.

Ce n’est évidemment pas suffisant pour répondre à la demande actuelle, mais le but de Maker Mask est de permettre à tous les détenteurs d’imprimantes 3D de produire ces masques pour venir en aide aux hôpitaux de leur région, aux commerçants et à tous ceux ayant besoin de se protéger.

L’appel a été entendu, et la certification par le NIH a motivé de nombreuses compagnies, ainsi que des particuliers, qui jusque-là craignaient de produire des masques inefficaces. Au bout de quelques semaines, les plans d’impressions ont été téléchargés plus de 35 000 fois dans 117 pays.

La Commission européenne et l’impression 3D

Sur le vieux continent, des actions sont également mises en place. Le mercredi 18 mars, la Commission européenne a lancé un appel afin de recenser les imprimeurs 3D en Europe ayant les capacités suffisantes et la disponibilité de produire des masques et du matériel médical, comme des valves respiratoires ou des ventilateurs.

La réponse a été rapide et de nombreuses sociétés ont proposé leurs services. Très vite des plans d’impression ont été mis en ligne gratuitement, et on peut donc imprimer des masques en PLA, en utilisant des fichiers disponibles sur plusieurs sites comme opensourcemask.com, Cluts3D ou encore Copper3D.

Cependant, aucun masque n’a pour l’instant été réellement validé par la Communauté européenne, et il existe des contraintes juridiques pouvant freiner les envies des imprimeurs 3D de mettre à disposition leurs imprimantes.

C’est ce qu’explique Filip Geerts, directeur général du CECIMO : « les États membres devraient envisager de déroger temporairement à certaines des exigences sur les dispositifs médicaux pour les biens stratégiques pendant cette période de crise. »

En effet, afin de pouvoir aider le plus efficacement possible, les masques doivent être conçus rapidement. L’Europe doit être capable de produire localement pour répondre immédiatement aux besoins des soignants. On estime qu’une commande de 250 millions de masques permet de tenir 15 jours en France ; à l’échelle nationale il faudrait donc une production quotidienne de 15 à 20 millions de masques.

En proposant un masque facile à imprimer, certifié par la Communauté européenne, peu coûteux et imprimable gratuitement par tous les possesseurs d’imprimantes 3D, on pourrait probablement répondre à la demande et reconstituer des stocks suffisants pour faire face plus sereinement à une deuxième vague de Covid-19.

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