Finie la ridicule attestation dérogatoire !

Screenshot attestation de déplacement dérigatoire — Service Public ,

Vous allez bientôt être débarrassé de cette « attestation de déplacement dérogatoire » qui fera date. Cette infantilisation de toute une population suscitera sans doute des études sociologiques.

Par Patrick Aulnas.

Vous allez bientôt être débarrassé de cette « attestation de déplacement dérogatoire » qui fera date. Les Français, considérés généralement comme frondeurs, ont été plutôt disciplinés. Ils ont globalement respecté les règles édictées pour le confinement, et utilisé, bon gré mal gré, cette absurde attestation, sortie du cerveau d’on ne sait quel haut fonctionnaire.

Avez-vous coché la bonne case ? Si vous avez un jeu d’attestations que vous corrigez au blanco, avez-vous pris la bonne attestation ? Faites attention, si vous changez de vêtement, à ne pas oublier la précieuse attestation dans l’ancienne poche.

Veillez bien à l’heure de départ si vous vous baladez un peu. Vous avez une heure pas plus. Un kilomètre, pas plus.

Cette infantilisation de toute une population suscitera sans doute des études sociologiques.

Un chef-d’œuvre technocratique : l’attestation auto-accordée

L’autorisation de sortie, que l’on s’accorde à soi-même, est une singularité française, partagée par la seule Italie. Dans quel esprit a pu germer une telle idée ? Il faut être particulièrement vétilleux pour demander aux citoyens d’une démocratie de s’auto-autoriser à sortir tout en limitant la possibilité de le faire à quelques raisons impérieuses. Seul un énarque est capable de gérer la liberté avec une telle parcimonie.

Car la liberté se gère désormais. Elle peut se réduire comme peau de chagrin puis retrouver sa dimension première. Voilà une grande nouvelle, mais préoccupante pour le futur.

La permission de sortie auto-accordée restera sans aucun doute dans l’Histoire. C’est un véritable chef-d’œuvre. On connaissait les billets de sortie des internats de l’enseignement secondaire, les permissions accordées auparavant aux appelés, qui pouvaient pour quelques jours rejoindre leur famille, les autorisations accordées aux détenus en semi-liberté, devant justifier de la régularité de leur présence hors de la prison. Mais dans toutes ces situations, c’est l’autorité responsable qui accordait la liberté temporaire de sortie.

L’innovation fondamentale et vraiment historique consiste à demander à un citoyen libre et responsable de s’octroyer à lui-même un billet de sortie en choisissant uniquement parmi huit possibilités.

Vous pouvez parfaitement prétendre aller faire vos courses alors que vous vous promenez. Personne ne pourra vérifier. Vous pouvez avoir sur vous trois ou quatre attestations avec des horaires décalés. Personne ne pourra vérifier que vous n’avez pas dépassé l’heure de promenade généreusement accordée.

Tout cela est épouvantablement infantilisant et l’on se surprend soi-même à défier l’autorité comme un enfant ou un adolescent.

Un individu lambda

Prenez par exemple un individu moyen, sans histoire, comme il en existe tant. Bon citoyen, bon père, bon époux. Aucune condamnation pénale dans toute une vie de labeur. Vraiment rien à lui reprocher. Pourtant, il s’est laissé aller à ne pas respecter les sacro-saintes règles de sortie.

Attention ! Jamais il n’a fait prendre le moindre risque de contamination à quiconque et jamais il n’a pris lui-même le moindre risque. Il a toujours scrupuleusement respecté les prescriptions médicales de distanciation et d’hygiène. Il n’a d’ailleurs pas attendu la date fatidique du 17 mars 2020, début du confinement, pour prendre ses distances avec ses congénères, potentiellement contagieux depuis janvier ou février.

Notre individu lambda n’a aucun mérite. Il habite à la campagne et peut parcourir chemins et sentiers sans rencontrer âme qui vive. En cas de rencontre, la distance de plusieurs mètres ne pose aucun problème. Pourquoi alors respecter l’heure et le kilomètre autorisés ? Les chances de contrôle sont à peu près nulles. Il se sent responsable de ses actes et prend très au sérieux le risque de contagion. Il considère qu’il n’a nul besoin de la violence légitime pour bien se comporter en période épidémique.

Nombreux sont les Français qui pensent ainsi et qui ont agi ainsi. Il faut vivre dans « la France profonde » pour le savoir, celle des Gilets jaunes.

Tropisme égalitariste et centralisateur

Fallait-il imposer à tous les mêmes règles au nom de l’égalitarisme, dévoiement de l’égalité républicaine ? Car le choix d’une attestation uniforme, auto-rédigée ou produite en ligne, résulte surtout de motifs politiques. Il aurait été possible de décentraliser la gestion du confinement pour mieux s’adapter aux réalités locales. Des gouvernants parisiens ont mis le pays entier au régime parisien. Voilà le résultat de leur tropisme égalitariste et centralisateur. La sociologie ne l’imposait pas.

Selon l’INSEE, La France comporte 19,7 millions de logements individuels (56,5 %) et 15,6 millions de logements collectifs (43,5 %). Pour les 56,5 % habitant dans des maisons individuelles, le risque est bien moindre : pas de locaux communs, pas d’ascenseurs bondés, moins de transports en commun, densité de population faible dans les rues. Ce type d’habitat permet de respecter sans aucune difficulté la distanciation sociale.

Il est possible de sortir librement de chez soi à tout moment sans aucun risque de se trouver dans une fourmilière humaine. Rien à voir avec la situation des très grandes villes surpeuplées, où la population a été entassée depuis des décennies du fait de choix politiques aberrants d’aménagement du territoire.

Chacun comprend qu’une discipline collective soit prévue par l’autorité politique en cas de pandémie. Mais, en démocratie, les gouvernants ne doivent pas confondre violence légitime et vexation illégitime. Rien de plus normal que de sanctionner les comportements à risque par des amendes et même des peines d’emprisonnement dans les cas graves. Mais infantiliser la population entière avec un morceau de papier pour la protéger d’un virus, voilà sans doute le nec plus ultra du principe de précaution.

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