La déflation n’est pas pour demain

Euro By: wfabry - CC BY 2.0

La crise que nous vivons devrait nous mener à la déflation. Pourtant, ce n’est pas si simple. Explication.

Par Nathalie Janson.

Jeudi le verdict est tombé sans appel : au premier trimestre 2020 la croissance française a connu sa baisse la plus forte depuis la création de l’indice en 1949 avec -5,8 %. Et le pire est devant nous étant donné que le confinement n’a débuté que le 16 mars… que le déconfinement progressif ne débutera que le 11 mai ; et que l’inquiétude est à son comble. Par ailleurs, le taux d’épargne des Français bat tous les records depuis un mois. Faute de pouvoir circuler librement, les ménages ne dépensent pas et laissent gonfler leur compte courant faute de savoir ce que l’avenir leur réserve. Tous les ingrédients semblent réunis pour que la déflation refasse surface et bloque la reprise.

La pandémie et le confinement nous entraînent-ils vers la déflation ?

Dans la situation de crise que nous vivons, la déflation – la baisse généralisée des prix – devrait se produire en raison de la contraction de la demande. S’enclencherait alors une spirale déflationniste, les consommateurs ayant adopté un comportement de report d’achat. Puisqu’ils constatent une baisse des prix, ils reportent leurs achats ce qui entraîne une baisse des prix, phénomène d’anticipation auto-réalisatrice.

À cette vision simpliste on objectera que les consommateurs ne diffèrent pas leurs dépenses quotidiennes. Tout au plus cela concernera les biens de consommation  durables. Par ailleurs, pour qu’un tel phénomène baissier s’enclenche il est nécessaire d’avoir une baisse de salaires. Ce phénomène ne s’observe pas en France pour de multiples raisons à commencer par le fait que l’État prend en charge le chômage partiel. En outre, même si la hausse du chômage de 7,1 % en un mois – la plus forte hausse mensuelle depuis 1996, il n’entraîne pas pour le moment une baisse des salaires en raison de l’existence d’amortisseurs sociaux.

En outre, le confinement est un choc de l’offre et non de la demande. La production est à l’arrêt dans de nombreux secteurs mais tous ne sont pas concernés, il suffit de penser aux secteurs essentiels à notre vie quotidienne : la santé et à toutes les activités permettant le télétravail, l’éducation à distance, les loisirs à la maison… Certains produits ont vu leur prix augmenter en raison de la pénurie et ont fait la Une : masques, gel hydroalcoolique, et récemment les prix des fruits et légumes en raison de coûts de transport plus élevés. Dans ce cas, la déflation ne pourrait-elle pas provenir de la baisse dramatique du prix du pétrole ? Faudrait-il encore que les industries consommatrices soient en capacité de répercuter cette baisse. Elles sont pour la plupart à l’arrêt.

L’arsenal de la BCE : un remède anti-déflation ?

Et puis c’est sans compter sur l’intervention de la BCE. Depuis le début du confinement, la banque centrale a déployé un arsenal de mesures qui ne laisse présager aucune déflation, au contraire. Le rebond des différentes places financières montre bien qu’en dépit de l’arrêt de l’activité, les valeurs se sont stabilisées et ce parce que la BCE comme toutes les autres banques centrales achètent massivement sur le marché dettes publiques et dettes privées, ne se restreignant plus à des titres de très bonne qualité mais élargissant le spectre aux titres dégradés.

Clairement, à travers cette action la banque centrale évite la baisse des prix des actifs et empêche la déflation de se produire. Elle permet à des entreprises de « survivre » comme elle permet aux États les plus endettés de ne pas s’effondrer par manque d’accès au financement. Le relâchement des contraintes en matière de fonds propres des banques et les garanties de prêts par l’État sont plutôt favorables au maintien de l’activité de prêts sans oublier les comptes garnis de ses clients, même si les banques sont en général peu disposées à prêter dans un environnement incertain, conscientes que les plus téméraires des emprunteurs sont aussi les plus risqués.

En résumé, la déflation n’est pas aujourd’hui, ni pour demain… et l’inflation ?

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.