Nous devons apprendre de l’échec de Qwant !

Surfant sur la vague des scandales relatifs aux atteintes à la vie privée, Qwant n’a pas réussi à nous faire changer de paradigme et relève plutôt de la poudre aux yeux.

Par Yann-Maël Larher1.

Un modèle économique bancal

Reposant essentiellement sur de l’argent public, le business model de Qwant est fondamentalement bancal dans le contexte du développement de l’économie numérique, alors que les succès de la Silicon Valley illustrent le potentiel des nouveaux modes d’innovation et de croissance économique.

L’économie numérique au sens scientifique du terme est l’étude des biens immatériels qui sont par définition des biens non rivaux à coût marginal nul. Cette définition induit de nouvelles relations, de nouveaux modèles d’échange/partage, uniquement possible par Internet, un nouveau concept de propriété privée.

Les plateformes n’ont de valeur pour un groupe de clients que si les autres groupes sont également présents. Si Google est numéro un, c’est parce qu’il indexe, analyse et met en forme de vastes quantités de données sur toute la planète. Malheureusement Qwant n’a jamais réussi à percer à l’échelle de la France (avec seulement 1 % des requêtes), et encore moins à l’échelle européenne, dont il se réclame pourtant depuis son lancement.

Nous ne sommes pas que le produit

La majorité des résultats de Qwant sont eux-mêmes basés sur les techniques dénoncées par le moteur de recherche. Le 25 septembre 2019, lors d’une audition, Qwant reconnaissait sa dépendance à Bing de Microsoft à 64 % pour les résultats de recherche sur le web, quant aux résultats concernant les images ils venaient à 100 % du géant américain.

La réalité c’est que l’utilisation des données de navigation rend la navigation plus efficace pour tout le monde. Si nos données de navigation sont sauvegardées par les moteurs de recherche ce n’est pas uniquement parce que nous sommes le produit mais bien aussi pour rendre le service intuitif. L’objectif est de rendre la navigation intuitive et centrée sur nos préférences de recherche.

Nos requêtes sont enregistrées et peuvent ainsi réapparaître lors d’une prochaine requête lorsque nous tapons les premières lettres depuis notre clavier ou notre smartphone. Cet historique associé à notre compte de connexion et stocké sur les serveurs du moteur de recherche permet de le rendre accessible depuis différents terminaux.

L’illusion de la vie privée sur Internet

Plus nous avons le sentiment de contrôler nos données, moins nous sommes prudents. Qwant entretient malheureusement l’illusion qu’il est possible de conserver son anonymat sur Internet. En réalité, personne n’est réellement anonyme sur Internet.

Du point de vue de la technique informatique, l’anonymat pose aujourd’hui trop de contraintes pour un utilisateur moyen. Malgré les outils, il existe toujours un moyen de retrouver l’identité de l’internaute. Paradoxalement les gouvernements (et la France n’échappe pas à la règle) ont de plus en plus tendance à limiter la liberté et la confidentialité sur internet.

C’est pourtant là qu’il faudrait être le plus vigilant. Les fournisseurs d’accès internet (FAI) peuvent en effet déjà tout savoir de ce que vous avez fait en ligne. Si vous n’y prenez garde, des hackers peuvent également accéder à votre historique, vos données de connexion, vos informations bancaires, etc. Entre tous ces maux, ce n’est certainement pas d’une publicité ciblée qu’il faut le plus se méfier.

Alors que l’Europe a pris du retard dans la plupart des secteurs technologiques, il faudrait que nous apprenions parfois à échouer pour réussir ! Espérons que Qwant permette à l’Europe et à la France d’apprendre de leurs erreurs.

  1. Yann-Maël Larher @yannmael 
    est avocat, Cofondateur okaydoc.fr, et expert de l’Institut Sapiens.
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