Chloroquine : simplement laisser faire le marché ?

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Pourquoi le gouvernement interdit-il l’usage de l’hydroxy-chloroquine au grand public et s’entête-t-il à restreindre son utilisation par décret ?

Par Olivier Maurice.

Pourquoi le gouvernement, en l’occurrence le ministre de la Santé, interdit-il l’usage de l’hydroxy-chloroquine proposé par le professeur Didier Raoult au grand public et s’entête-t-il à restreindre son utilisation par décret ?

Au pire, ce médicament ne sert à rien. Au pire, il va juste accompagner des patients qui seront quand même malades. Au pire, ces malades auront dépensé 4,26 euros pour rien, le prix de 10 jours de traitement. Au pire, on verra sur Internet dans quelques semaines, des multitudes de témoignages disant que ce produit ne marche pas. Au pire, on aura passé 10 ou 20 jours à soigner des malades qui se seront guéris tout seuls et qui auront eu une excellente raison de rester chez eux.

Au pire, il évitera à certains petits malins d’avaler de la poudre désinfectante d’aquarium pour la simple raison qu’il est écrit phosphate de chloroquine sur l’étiquette. D’en avaler, et d’en mourir. Au pire, cela évitera la reconversion des trafiquants de drogues et de cigarettes un peu au chômage partiel actuellement, reconvertis en vendeurs de masques et maintenant en vendeur de « c’est de la chloroquine, de la pure, je te le jure ». Au pire, cela évitera l’automédication, le marché noir d’ordonnances, les surdosages de paracétamol acheté à prix d’or auprès des mêmes trafiquants comme étant le fameux remède miracle…

Au pire, on aura donné de l’espoir à des malades, et aux bien-portants également.

Le gouvernement va-t-il demain interdire le bleu de méthylène, alors qu’une étude vient d’être lancée par le Dr Laurent Schwartz, suite à l’observation que les cancéreux du Grand-Est, soignés au bleu de méthylène (dont le principe est très proche de celui de la chloroquine) semblent être passés à travers l’épidémie alors qu’ils représentent clairement une population à risque ?

Il y a aussi ce médecin américain, qui a essayé le zinc… Va-t-on interdire le zinc ?

Une petite lumière, s’il vous plaît …

En Chine, les pharmacies et les cabinets médicaux donnaient aux malades une tasse de thé aux herbes, ils n’avaient rien d’autre. Mais au moins les patients repartaient avec quelque chose, ils ne repartaient pas sans rien.

Ils ne repartaient pas avec l’horrible impression de s’être fait envoyé balader par des personnes qui en même temps prétendent avoir la vérité et n’ont absolument aucune réponse aux questions qu’on leur pose. Aucune réponse, et aucune solution.

Ils repartaient avec un peu d’espoir, un peu d’attention, un peu d’humanité.

Cet entêtement à s’opposer à une bonne partie de la France en restant droit dans ses bottes pour un sujet qui ne peut qu’être bénéficiaire à l’exécutif est totalement incompréhensible. C’est peut-être une faute médicale, et l’avenir nous le dira, mais c’est déjà dorénavant une faute politique majeure !

Une de plus qui s’ajoute à la multitude d’erreurs de communication, au nombre incroyables de bévues, de ratés, de décisions incompréhensibles et de polémiques que l’on a vu surgir un peu partout depuis le début de cette crise.

Toujours pas de masques. Toujours pas de tests. Ils sont en train d’arriver… Mais par contre, des formulaires, des amendes et l’interdiction de l’hydroxy-chloroquine.

Donneurs de leçons

On a pendant des années remboursé des billes de sucre, une myriade de médicaments de confort, des cures thermales… On voit partout fleurir des dizaines de recettes et des milliers de sortes de poudre de perlimpinpin et de baumes magiques… On laisse des guérisseurs, des machinpathes et des trucologues exercer un peu partout leurs arts obscurs… et en pleine crise, on crée une gigantesque crise de nerf nationale pour un médicament à cinq euros utilisé depuis plus de 50 ans…

Protestations, injonctions, cris, répliques, suppliques, arguments, explications, critiques, ad hominem et hommes de paille… Avons-nous vraiment besoin d’un tel débat en ce moment ? Avons-nous vraiment besoin de traiter le professeur Raoult de déséquilibré ? Avons-nous d’ailleurs vraiment besoin d’un avis politique ou médiatique sur le sujet ?

Avons-nous besoin que ce sujet soit à l’agenda du conseil de défense, l’exécutif n’a-t-il pas d’autre priorité que celle de s’occuper de sa communication en ce moment ?

Une France coupée en deux

Et d’ailleurs, avons-nous même besoin de la science ? De la raison ? De la vérité ? N’avons-nous pas tout simplement besoin d’un peu de réalité, de concret, de solide ?

Peut-être plus dans ce pays que dans d’autres, nous avons fait un amalgame gigantesque entre deux concepts totalement différents : entre la vérité et entre la réalité. Cet amalgame coupe la société française en deux mondes de plus en plus isolés l’un de l’autre : d’un côté, ceux qui savent, qui détiennent la vérité, qu’elle soit scientifique, mathématique, logique, historique, légale … de l’autre côté, ceux qui voient, qui touchent le réel. D’un côté l’élite, de l’autre, le peuple.

L’élite reproche au peuple de ne pas savoir les choses. Le peuple reproche à l’élite de ne pas voir les choses.

La spécialisation des connaissances est somme toute normale : on ne peut pas tout savoir, on ne peut pas être expert en tout. Ce qui l’est moins, et ce qui est en fait remis en question dans cette histoire, c’est la hiérarchie de pouvoir qui peut s’instaurer entre ceux qui déclarent savoir et les autres.

Et cela l’est encore moins lorsque l’objectif affiché est l’égalité : comment peut-il y avoir une hiérarchie de pouvoir, basée sur une hiérarchie de connaissances alors que l’on déclare que l’opinion de chacun a la même valeur, que chaque être humain est égal en droit ?

Égalité de droit et égalité de condition

Toute cette polémique marque peut-être un virage profond dans la société française qui depuis des années s’est focalisée sur l’égalité de condition, sur les revenus, le train de vie, les fameuses inégalités.

Face à l’adversité, notre société se retrouve face à une autre question bien plus grave : celle de l’égalité de droit. Par quel droit l’État peut-il interdire l’accès à l’hydroxy-chloroquine, alors que ce médicament était en vente libre il y a quelques semaines, alors que l’armée, c’est-à-dire le pouvoir, y a accès, alors que les médecins des hôpitaux publics y ont accès ?

La même polémique a d’ailleurs lieu avec les tests : comment se fait-il qu’il apparait que de nombreux hommes politiques aient été testés, alors que ces mêmes tests sont supposés être réservés aux cas graves ?

Au nom de quoi le citoyen ne peut-il y avoir accès ?

N’aurait-on pas pu faire simplement confiance au marché et libéraliser l’accès au produit, en l’encadrant comme un quelconque médicament, comme d’ailleurs libéraliser l’accès aux tests, aux masques, au gel hydro-alcoolique ? Même en Chine, au plus fort de la pandémie, il était possible de se procurer des masques et du gel sur les sites de vente en ligne

Est-ce à dire que la Chine serait plus libérale que la France ?

Nous en revenons à la question du rôle de l’État en tant que régulateur des droits, mais il semble que celui-ci soit bien démuni dans ce domaine, ayant usé et abusé à l’extrême de son pouvoir de régulation pour tenter de mettre en place une politique de redistribution lui imposant de s’occuper de tout. Il n’a désormais d’autre solution qu’une fuite en avant dans l’interventionnisme, la réglementation et la coercition.

Mais jusqu’à quand ?

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