Baisse des marchés : la bourse n’est pas un placement sans risque !

That was supposed to be going up, wasn't it? By: Rafael Matsunaga - CC BY 2.0

En accélérant la transition de l’épargne des souscripteurs vers les unités de compte, les compagnies d’assurance vont contribuer à ruiner la confiance déjà mince des épargnants dans la bourse, après les avoir « forcés » à investir à la veille d’un crash.

Par Sébastien Thiboumery.

Le CAC 40 est en baisse de près de 20 % depuis le début de l’année. Il faut donc saluer la clairvoyance des assureurs qui ont poussé voire contraint les épargnants ces derniers mois à investir en bourse via des contrats en unités de compte avec le discours suivant : il faut profiter de la hausse du marché actions car les taux d’intérêt sont au plus bas. Les marchés actions étaient pourtant au plus haut.

Le PDG de Generali France déclarait, fin septembre 2019 : « Le monde du fonds euros roi est terminé ! » en référence à la baisse du rendement sur les dettes des États. Les compagnies d’assurance vie ont ainsi organisé la disparition progressive du fonds euro en expliquant aux épargnants qu’il ne serait plus possible d’y allouer une part importante de leur capital. Or, si renoncer au capital garanti sur une partie de ses encours est une chose, être suffisamment informé pour réaliser cette opération en est une autre. Ces pratiques ne sont pas passées inaperçues.

Vigilance sur les contrats d’assurance

Le 30 janvier, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) se fend d’un communiqué rappelant à la vigilance sur la présentation des offres relatives aux contrats d’assurance vie impliquant des investissements sur des unités de compte, rappelant que leur souscription doit correspondre aux besoins exprimés par les épargnants.

L’ACPR a notamment examiné des publicités portant sur des offres à caractère promotionnel conditionnant le bénéfice de primes financières et des réductions, ou gratuités, temporaires des frais sur versement à un investissement minimum sur des supports en unités de compte.

Il convient ici de rappeler une règle de base de l’investissement : il n’y a pas de rendement élevé sans risque élevé. Chercher un rendement plus élevé n’est donc pas un choix sans risque. Les professionnels de l’assurance sont tenus à un devoir de conseil consistant à proposer un contrat cohérent avec les besoins de l’épargnant, en fonction de son profil de risque.

Les supports en unités de compte ne garantissant pas le capital versé, contrairement aux fonds euros, il en a résulté une augmentation du risque pour l’épargnant, dans un contexte de marché où davantage de prudence devait être requise.

Atteinte à la confiance des épargnants

Les chiffres sont éloquents. Selon la Fédération Française de l’Assurance (FFA), les unités de comptes ont représenté en moyenne 37 % de la collecte sur les trois mois cumulés à fin janvier 2020, contre 28 % en moyenne sur les trois mois cumulés à fin octobre 2019. Une hausse de près de dix points en quelques mois.

En accélérant la transition de l’épargne des souscripteurs vers les unités de compte, les compagnies d’assurance vont contribuer à ruiner la confiance déjà mince des épargnants dans la bourse, après les avoir « forcés » à investir à la veille d’un crash.

Ils ont bercé d’illusions les épargnants en leur faisant croire que la bourse était devenue un placement sans risque, qu’il n’y avait pas d’alternative aux actions avec des taux bas ou négatifs et que si les marchés actions venaient à baisser, les banques centrales interviendraient pour soutenir encore le marché.

Le ministre de l’Économie porte également sa part de responsabilité dans cette affaire, car Bruno Le Maire s’est montré favorable à une réorientation de l’épargne des Français de manière différente avec davantage de diversification vers les unités de compte.

En octobre 2019, il rappelle qu’il faut « servir plus de rendement aux Français qui acceptent plus de risques ». La privatisation de la Française des Jeux quelques semaines plus tard venait conforter son analyse, en ce sens que l’opération était censée permettre aux Français de diversifier leur placement à un moment où les taux d’intérêt sont très bas : « je souhaite que ce soit une opération populaire, que les Français participent le plus largement possible ».

Malgré le succès de l’opération, la réconciliation des Français avec les marchés n’a toujours pas eu lieu : ils sont trois millions à détenir des actions, contre 6,7 millions en 2007. Et l’indice CAC 40 se retrouvant désormais au même niveau qu’il y a cinq ans, le désamour risque de continuer un certain moment.

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