Municipales 2020 à Paris : et si on parlait de la dette et des dépenses publiques ?

Anne Hidalgo By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Si la stabilisation de la dette ne suffit pas, qui s’engagera effectivement pour réduire les dépenses publiques ?

Par Frédéric Mas et Justine Colinet.

Les candidats à la mairie de Paris se sont affrontés une dernière fois face au public mardi 10 mars lors d’un débat organisé par France Info, France 3 et France Bleu. Rachida Dati s’est faite offensive face à une Anne Hidalgo calme et déterminée et une Agnès Buzyn visiblement en difficulté à trouver sa place.

La propreté, le quotidien des Parisiens, l’intervention publique pour relancer l’activité économique sont autant de thèmes qui ont largement dominé le débat, passant quasiment sous silence le problème essentiel de l’endettement de la mairie de Paris, qui, selon une étude de l’IFRAP publiée en août 2019, s’élevait à 5,7 milliards d’euros, soit 2835 euros par habitant. Depuis 2001, la dette s’est envolée, passant de 507 euros par habitant à 1636 euros, le tout en ayant recours à l’emprunt massif.

Comme le note l’économiste Pascal Salin, « s’endetter c’est reporter à plus tard le remboursement, ce qui veut dire que si on n’est plus au pouvoir, ce sont les autres qui en auront la charge », ce qui revient à masquer le coût réel des politiques publiques.  « C’est vrai que la dette devrait être une priorité dans le débat des municipales, peut-être pas seulement son remboursement mais les exigences pour éviter qu’elle se développe. »

Le problème municipal renvoie à un problème national : « Je suis scandalisé qu’on accepte comme normal d’avoir 3 % de dette par an. Ça signifie une accumulation. En France, on atteint un niveau de dette qui est de 100 % du PIB, ce qui est considérable, et qu’il faudra bien un jour rembourser. On a le même problème à Paris, cela prouve bien le manque de responsabilité de la municipalité. »

Seulement, pour Pascal Salin, ce n’est pas tant la dette que les dépenses publiques qui doivent être jugulées, entraînant toutes les tracasseries que les Parisiens connaissent bien : « Il est très frappant que la fiscalité locale est très élevée à Paris, et en plus de ça, il y a la dette. Ce qui fait qu’évidemment, il y a des dépenses qui sont excessives. L’un des aspects de ce problème, parmi tant d’autres, et tous ceux qui sont à Paris le voient bien, c’est que la municipalité passe son temps à faire des travaux dans les rues qui font des embouteillages aux voitures, ça coûte forcément beaucoup d’argent. C’est un gaspillage de ressources scandaleux, par haine des automobilistes. Ces embouteillages créent en plus de la pollution. »

Si jusqu’à présent Anne Hidalgo semblait largement en tête dans les sondages, la situation a évolué, et désormais, la candidate LR Rachida Dati talonne le maire sortant. Un sondage BVA en date du 10 mars 2020 sur les intentions de vote des Parisiens la place légèrement en tête par rapport à Anne Hidalgo (25 % pour LR contre 24 % pour Anne Hidalgo), donnant à la compétition une nouvelle tournure, plus tendue pour cette dernière. Si la stabilisation de la dette ne suffit pas, qui s’engagera effectivement pour réduire les dépenses publiques ?

Affaire à suivre dans les urnes dimanche prochain.

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