Les « Frugal four », ces pays qui montrent la voie en matière de budget européen

empty table setting plate fork knife by Stock Catalog(CC BY 2.0) — Stock Catalog, CC-BY

Qui sont ces « frugal four », ces pays qui s’astreignent à une rigueur budgétaire ? Et comment font-ils ?

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

Le budget de l’Union européenne 2021-2027 est actuellement en discussion et suscite des dissensions entre les frugal four soutenus par l’Allemagne (devenant ainsi les frugal five) et les « amis de la cohésion » soutenus par la France. La sortie du Royaume-Uni prive l’UE de son second contributeur net et oblige, comme l’IREF l’avait prévu, les institutions européennes à faire des choix qui divisent les États. Pour autant, plusieurs éléments montrent que les frugal five méritent d’être suivis.

Les « frugal five » comme modèle de gestion budgétaire

Frugal five n’est pas une alliance anodine et spontanée d’États. Ce sont des pays de la « Nouvelle ligue hanséatique », un groupe de pays qui s’opposaient dès 2018 aux projets européens du gouvernement français : ce dernier souhaitait augmenter les dépenses au niveau de l’UE.

Les frugal five partagent le fait d’avoir une gestion vertueuse des dépenses publiques. En effet, les cinq pays ont tous un excédent budgétaire : en 2018, l’Allemagne a un excédent de 1,7 % du PIB, la Suède et le Danemark 0,8 %, les Pays-Bas 1,5 % et l’Autriche 0,2 %.

Si les trois derniers avaient un déficit budgétaire en 2015, ils ont tous su le résorber. De même, si le Danemark, la Suède et l’Autriche sont respectivement les quatrième, cinquième et sixième pays de l’UE ayant une dépense publique élevée, des efforts ont été faits pour la diminuer ou éviter de l’aggraver.

Ainsi, entre 2015 et 2018, la dépense publique du Danemark est passée de 54,53 % du PIB à 50,94 %, celle de l’Autriche de 51,13 % à 48,35 % et celle de la Suède se maintient à 49 %. Quant à celle des Pays-Bas, elle a diminué de 44,61 % à 42,05 % tandis que l’Allemagne stagne entre 44,04 % et 44,57 %. En comparaison, la dépense publique de la France reste à 56 % du PIB.

En outre, cette rigueur budgétaire ne s’est pas faite au détriment de la démocratie. Bien au contraire, ces pays sont parmi les plus libres du monde. Selon l’Human Freedom Index de 2019, le Danemark est le sixième pays le plus libre au monde, l’Allemagne le huitième, la Suède et les Pays-Bas onzième ex-aequo et l’Autriche treizième. Là encore un score bien meilleur que celui de la France qui est à la trente-troisième place.

Dès lors, ces cinq pays s’avèrent être un exemple de bonne gestion budgétaire et politique. De plus, ils représentaient à eux seuls 50 % des contributions nettes au budget l’UE en 2018. Avec la perte du Royaume-Uni, le poids de ces pays devrait donc augmenter. Ils sont aussi ceux qui contribuent déjà le plus au budget européen en fonction de leur Revenu National Brut. Une hausse de leurs contributions serait donc difficile à accepter.

Le danger d’un budget accordant plus de subventions

L’une des causes de la discorde est liée à la Politique Agricole Commune. Les subventions agricoles impactent déjà les discussions sur le libre-échange en créant des fractures dans ce domaine. La Politique Agricole Commune représentait 37,8 % du budget européen pour la période 2014-2020.

De plus, comme l’a révélé le New York Times, ces subventions profitent à certains dirigeants d’Europe centrale : en Hongrie, le gouvernement possède de nombreuses terres agricoles qui ont été vendues aux alliés politiques du gouvernement. De même, la compagnie agricole Agrofert, dirigée par le Premier ministre tchèque aurait touché 42 millions de subsides européens.

Dès lors la PAC est devenue un outil promouvant un capitalisme de connivence, où les États utilisent les fonds publics européens au profit de personnes proches du pouvoir. À l’échelle européenne, 80 % du budget de la PAC est capté par 20 % des agriculteurs bénéficiaires.

On comprend que dans une telle situation, les frugal four se montrent réticents envers une hausse des contributions européennes. Au final, les subventions européennes ont créé des dérives et ont amené un pourrissement du débat politique au sein de l’UE : il n’est pas improbable que les sanctions contre la Pologne et la Hongrie en matière de violation de l’État de droit soient liées au fait que ces deux pays soient les premiers bénéficiaires des aides européennes.

Les subventions sont sources de dépendance et empêchent les pays bénéficiaires de transformer leur économie pour être vraiment indépendants financièrement.

À l’inverse, la République tchèque devrait devenir un contributeur net aux alentours de 2025, alors qu’il est le pays d’Europe centrale et orientale qui perçoit le moins de subventions par rapport à son RNB.

Ainsi permettre davantage de souplesse en matière de dépenses européennes reviendrait à punir les bons éléments au détriment de ceux qui abusent du système des finances publiques de l’UE. Une telle situation n’amènera que des tensions entre les États membres.

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