Municipales à Paris : sécurité et développement économique au cœur des préoccupations

Policier à Paris by Chris (CC BY-NC-ND 2.0) — Chris, CC-BY

Contrairement à la question sécuritaire, les candidats restent en retrait sur le thème du développement économique de Paris.

Par Paul Desbiens.

Cœur du pouvoir politique, Paris occulte bien souvent les autres villes. Les élections municipales de 2020 ne devraient pas échapper à cette règle, entre jeux d’alliances et nouveaux candidats. Dans cette course qui tient désormais toutes ses têtes d’affiche, certains sujets sont particulièrement présents, à l’image de la sécurité. Un thème qui déchaîne les passions et qui a tendance à reléguer celui du développement économique de Paris, pourtant bien présent dans les préoccupations parisiennes.

La sécurité, sujet fort des municipales

Les 15 et 22 mars 2020, les Parisiens éliront les équipes amenées à diriger la capitale jusqu’en 2026. Leurs préoccupations reflètent leurs diverses sensibilités. Certains thèmes sont récurrents, notamment les questions centrées sur la sécurité et le développement économique.

Selon l’Ifop-Fiducial, la sécurité des biens et des personnes représentera ainsi le premier sujet, déterminant pour 68 % des Parisiens sondés. Les principaux candidats ont à ce titre formulé diverses propositions.

Benjamin Griveaux, LREM, proposait des forces de sécurité nocturnes dans les rames de métro et de RER.

Cédric Villani, candidat dissident de LREM, réclame une police municipale composée de 4500 agents et l’expérimentation d’« un système de 150 navettes à la demande disponibles 24h/24 ».

Rachida Dati, les Républicains, suggère, quant à elle, d’armer cette même police municipale.

Pour sa part, Anne Hidalgo, officiellement entrée en lice depuis peu, préconise de passer à 5000 agents municipaux contre 3400 actuellement.

Plusieurs facteurs ont en effet contribué à inscrire ces approches dans les programmes. Les attentats tant de Charlie Hebdo que du Bataclan ont mis en lumière des failles dans les dispositifs de sécurité, bien que ces événements fussent exceptionnels.

Au quotidien cependant, pour la seule année 2019, plus de 230 000 délits se sont produits à Paris de janvier à septembre, soit une hausse de 10 % par rapport à 2018. Citée par RTL, l’adjointe à la Sécurité de la maire de Paris, Colombe Brossel, rapporte que « l’ensemble des faits de délinquance quotidienne explosent que ce soit les indicateurs de cambriolage, vols à la roulotte, vols avec violence… Ils sont tous au-dessus de 15 %, voire bien au-delà ».

Rapporté à un autre sujet auquel l’actualité a révélé l’ampleur, ce chiffre fait écho aux 86 % de femmes françaises ayant déclaré, en 2018, avoir été victimes de harcèlement de rue. Un problème qui a fait la Une des médias pendant plusieurs semaines avant d’être chassé par d’autres nouvelles.

Pourtant, la problématique demeure et des solutions plutôt simples à mettre en place sont à portée des élus. L’une d’entre elles consiste à retrouver un éclairage public bien plus performant. Aujourd’hui, les infrastructures sont plutôt vétustes et le mauvais éclairage public dans certaines rues, voire son absence, alimente le sentiment d’insécurité.

La voie publique peut redevenir un lieu où les femmes n’ont plus peur le soir. De plus, l’amélioration de la sécurité perçue ne passe pas au détriment d’un autre grand enjeu de la campagne, à savoir la préservation de l’environnement.

En effet, le secteur de l’éclairage public a connu une réelle progression au cours des dernières années grâce notamment aux LED et aux capteurs de présence qui permettent d’éclairer uniquement lorsqu’il y a du passage. Les élus ne peuvent ainsi pas faire l’économie d’une ville où la sécurité perçue est plus grande et où l’éclairage public répond mieux aux nouveaux codes environnementaux.

Et le développement économique ?

Pour 53 % des sondés par l’Ifop-Fiducial, l’emploi et le développement économique sont une question déterminante pour élire la nouvelle équipe municipale de Paris. Si 62 % sont satisfaits de l’action menée depuis six ans, le rapport sénatorial précité, daté de juin 2019, précise des effets négatifs induits des manifestations des Gilets jaunes : les échéances fiscales et sociales, « même reportées », ont entraîné plusieurs dépôts de bilan et des licenciements.

Les PME, PMI, artisans, commerçants et professions libérales sont les premiers touchés. Sur les six premiers mois de 2019, le manque à gagner des commerçants et artisans a été évalué à 30 %, pertes « largement non-indemnisables ».

La grève des transports qui a duré plus d’un mois et demi n’a pas arrangé les choses avec une chute de 30 % à 60 % de l’activité des entreprises parisiennes de moins de 11 salariés, selon la Confédération des commerçants de France. Une enquête menée par la CCI Paris Île-de-France auprès de 311 commerçants le confirme : 93 % des sondés notent un impact de la grève sur leur activité économique, tandis que 96 % déplorent une baisse de leur chiffre d’affaires.

Quant à l’attractivité de la ville, un sondage de l’Ifop auprès des dirigeants d’entreprise parisiens pour la CPME révèle que la satisfaction de la gestion municipale est contrastée. Les réactions sont parfois mitigées (41 % d’insatisfaction pour la sécurité des biens et des personnes), les critiques sont ailleurs presque unanimes (88 % d’insatisfaction sur la circulation).

Contrairement à la question sécuritaire, les candidats restent en retrait sur le thème du développement économique de Paris à horizon 2026. En octobre 2019, le MEDEF avait critiqué ce silence et émis alors cinq propositions pour défendre et renforcer l’attractivité de la ville face à d’autres centres économiques et capitales mondiaux.

Depuis, la situation reste inchangée. Associer les enjeux de sécurité et de développement économique semble pourtant être pertinent et est susceptible, en théorie, de faire l’unanimité. Après la bataille politique qui fait rage, l’équipe municipale au pouvoir en avril prochain devra mener ce combat utile à tous les habitants de la capitale.

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