Oxfam : des statistiques chocs pour lutter contre… les riches

Oxfam Marylebone High Street bookshop (CC BY-NC-ND 2.0) — The Spider Hill, CC-BY

Chaque année, à la même époque, OXFAM connaît son succès médiatique en dénonçant les « riches » en publiant son rapport sur les inégalités. 

Par Simone Wapler.

Chaque année, à la même époque, OXFAM connaît son succès médiatique en dénonçant les « riches » en publiant son rapport sur les inégalités.

Le cru 2020 est titré « Quand l’ultra-richesse prospère au détriment des plus pauvres et des femmes ».

Oxfam dénonce un système économique injuste et sexiste, profitant en très grande partie à une infime minorité de riches hommes blancs, au détriment d’une très grande partie de la population, et en premier lieu des plus pauvres, des femmes et des filles.

« Un » système économique injuste ? Y aurait-il sur la planète un unique système économique uniforme, de la Corée du Nord à la Suisse en passant par l’Inde, la Chine, les États-Unis, le Venezuela, l’Iran, etc. ?

Suit une statistique confuse et spectaculaire :

La richesse des 1 % les plus riches de la planète correspond à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population mondiale, soit 6,9 milliards de personnes.

Dans le même genre de statistiques, on pourrait également dire « Le salaire du PDG d’Oxfam GB est 100 fois plus élevé que le salaire moyen du quart de l’humanité » soit 1,725 milliard de personnes.

Chaque année, grâce à ces comparaisons chiffrées chocs, le rapport d’Oxfam ne passe pas inaperçu, contrairement à ceux de la Banque mondiale ou de la FAO qui montrent que la pauvreté ou la sous-alimentation régressent.

Rappelons le bilan de la décennie :

Mais la dénonciation des « inégalités » est un fonds de commerce plus facile que la promotion du travail et de l’échange avec le minimum d’entraves.

Penchons-nous sur les inégalités outrageantes dénoncées par Oxfam en France :

Depuis 2018, les inégalités sont reparties à la hausse, et la pauvreté aussi.

  • En France, sept milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres, ils étaient huit l’année dernière.
  • Les 10 % les plus riches possèdent 50 % des richesses du pays.
  • La France compte 41 milliardaires en 2019. C’est 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008 ! Sur ces 41 personnes, plus de la moitié ont hérité de leur fortune, et seules 5 sont des femmes.
  • Les milliardaires français sont ceux qui ont vu leur richesse augmenter le plus l’année dernière, devant les Américains ou les Chinois.
  • Le PDG du groupe Sanofi, grand groupe pharmaceutique français, gagnait en 2018 plus de 343 fois le salaire moyen d’un(e) aide-soignant(e).
  • Depuis 2018, la France compte 400 000 pauvres supplémentaires.
  • Parmi les mères de famille monoparentale qui travaillent, plus d’une sur quatre est pauvre.

Réjouissons-nous que des milliardaires choisissent d’habiter notre pays et qu’ils arrivent à faire grandir plus vite leurs fortunes que leurs homologues américains ou chinois. Pour les riches héritiers, saluons leur talent pour avoir réussi à conserver leur fortune ou même l’avoir fait grandir.

Quant à calculer des « richesses » sur la foi d’un cours de bourse, il faut être bien naïf. D’ailleurs Oxfam ne l’est pas tant que ça en parlant de richesse « estimée ». Si Bernard Arnault voulait vendre toutes ses actions demain, le cours de LVMH s’en ressentirait probablement à la baisse et l’État se servirait au passage.

Enfin, 343 « aide-soignant(e)s » seraient-ils capables d’assumer les tâches du PDG de Sanofi ? Les actionnaires de Sanofi (parmi lesquels 61 % d’institutionnels étrangers, dont des fonds de pension) estiment mérité le salaire de Paul Hudson, ancien dirigeant du suisse Novartis.

Mais deux points de cette liste méritent qu’on s’y attarde un peu plus.

Oxfam dans l’ornière de l’effet cigogne

D’abord, le titre « les inégalités sont reparties à la hausse, et la pauvreté aussi » : Oxfam laisse supposer que les inégalités engendrent nécessairement la pauvreté. Ceci reste cependant à prouver. Par exemple, la fièvre n’engendre pas d’infection, c’est l’inverse. Plus largement, une corrélation (dans notre cas, les inégalités se creuseraient et la pauvreté augmenterait) n’implique pas un lien de cause à effet.

Depuis l’essor des statistiques, les fausses « causalités » sont ironiquement dénoncées par les scientifiques comme « l’effet cigogne ».

Dans la première moitié du XXe siècle on observait que dans les communes abritant des cigognes, le taux de natalité était plus élevé que la moyenne. Conclusion : les cigognes apportent les bébés ! Autre interprétation plus plausible : les cigognes nichent de préférence dans les villages calmes plutôt que dans les grandes villes, or la natalité était nettement plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain.

La redistribution inefficace contre la pauvreté

Le deuxième point qui attire l’attention est les 400 000 pauvres supplémentaires recensés en France alors que nous restons champions du monde de la fiscalité consacrée à la redistribution malgré la « disparition » de l’impôt sur la fortune, cadeau aux riches. Tant d’efforts depuis des décennies pour si peu de résultat, quel gâchis !

La distribution initiale est-elle vraiment aussi inique que le dénonce Oxfam ? Dans mon dernier livre, La rage de l’impôt, je rappelle que le capitalisme marchand, malgré ses défauts, améliore le sort des individus, contrairement au socialo-communisme qui ne sait que répartir la misère.

Dans les pays les plus libres économiquement, les plus défavorisés s’en sortent mieux comme le montrent les statistiques de l’institut Fraser. Avec 57 % de son économie contrôlée par l’État, la France n’est, hélas pour les pauvres, pas un pays économiquement libre, loin s’en faut.

Ce qui est efficace contre la pauvreté, c’est la liberté économique, pas la redistribution

Notre douce France appartient à ce que les statisticiens nomment le second quartile des pays libres économiquement, soit le deuxième quart. Nous sommes de ce point de vue comparables au Mexique ou à l’Italie, pays peu connus pour leur ultralibéralisme sauvage et débridé.

Plus les pays sont économiquement libres, moins il y a de redistribution puisque l’État ponctionne moins le secteur privé, et plus les revenus sont élevés. La différence est substantielle entre les pays les plus libres du premier quart et le groupe des pays « un peu moins libres »  auxquels appartient la France.

Chez les premiers, le niveau de vie est en moyenne plus du double de celui des seconds.

Traductions : Revenus par habitant en 2016 – Moins libres – 3ème quart – 2ème quart – Plus libres

La liberté économique améliore le niveau de vie des plus démunis

J’entends déjà les protestations indignées des supporters d’Oxfam : « Mais dans ces pays libres, dans lesquels règne une concurrence sauvage, il y a des laissés-pour- compte, des pauvres et même des travailleurs pauvres ! »

Euh… non, au contraire.

Plus les pays sont économiquement libres, moins il y a de redistribution, plus les revenus sont élevés, y compris pour les 10 % les plus pauvres. La différence est encore plus substantielle entre les pays les plus libres du premier quart et le groupe des pays « un peu moins libres » auxquels appartient la France.

Traductions : Revenu par habitant pour les 10 % les plus pauvres en 2016 – Moins libres – 3ème quart – 2ème quart – Plus libres

Le niveau de vie des plus démunis est environ trois fois plus élevé dans les pays les moins interventionnistes.

Élaborer des règlements compliqués, taxer pour distribuer des aides gaspillées en se servant au passage, priver les individus des fruits de leur travail n’est pas le chemin de la prospérité pour tout le monde, y compris les plus démunis.

De telles statistiques devraient discréditer certaines positions prétendument égalitaristes. Il n’en est rien. Oxfam, financé en France pour moitié par l’argent des contribuables, continue à préconiser redistribution et taxation pour éviter que les milliardaires ne concentrent autant de richesse.

Quoi de mieux, en France, pour être populaire que de crucifier médiatiquement un riche ? Facile, démagogique et public envieux garanti.

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