Vers des retraites redistributives, évolutives et… indéterminées

The Question-San Francisco Museum of modern art by Derrick Story (CC BY-NC-ND 2.0) — Derrick Story, CC-BY

Personne ne sait aujourd’hui quelle sera l’évolution du nouveau régime des retraites. Tout dépendra du facteur politique.

Par Patrick Aulnas.

Nous allons lentement sortir de l’épisode conflictuel réforme des retraites. Il laissera des traces parce qu’il a divisé profondément les Français. Quelques idées de base méritent d’être rappelées car elles ont été largement occultées : la réforme est redistributive mais évolutive, avec un avenir indéterminable, la valeur du point pouvant être amenée à baisser.

Une ambition redistributive

Le projet de retraite par points a principalement une ambition redistributive. Il vise l’égalité. Comment ?

D’une part, en remplaçant les 42 régimes actuels par un seul régime par répartition. L’accumulation des points au cours de la période d’activité professionnelle obéira au même principe pour l’ensemble des actifs, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

D’autre part, en favorisant globalement les retraités les plus modestes au détriment des cadres supérieurs et des professions libérales. Les très fortes retraites seront plafonnées, les retraites les plus faibles seront augmentées.

Évidemment, cette réalité est largement occultée dans le débat, qui est devenu politicien, avec toutes les petitesses et les arrière-pensées inhérentes.

Démocratie et dérives autoritaristes

Ce projet sera adopté par le Parlement et deviendra loi puisqu’une majorité parlementaire démocratiquement élue lui est favorable. Les syndicats réformistes (CFDT, UNSA) respectent la démocratie en discutant du contenu du projet sans s’opposer à son principe. Il est possible évidemment de prôner le retrait du projet et de le dire. Nous restons alors dans le jeu démocratique.

Mais nous en sortons si les blocages, la violence, les menaces sont utilisées. L’arrêt de la circulation des trains et métros, les coupures de courant, le blocage des dépôts de carburants, l’arrêt des raffineries dans le but d’obtenir le maintien du statu quo, toutes ces actions sont par essence anti-démocratiques. C’est une évidence, mais elle semble oubliée dans les médias.

La CGT, Solidaire-SUD, la gauche radicale (LFI, PC, trotskystes divers, etc.) s’opposent donc au fonctionnement normal de la démocratie. Ce sont des organisations favorables à l’autoritarisme et parfois même au totalitarisme.

Un avenir indéterminable

L’avenir à long terme n’est jamais prévisible et les régimes de retraite n’échappent pas à la règle. Des hypothèses peuvent cependant être faites, selon la vision de l’avenir des parties prenantes.

La sensibilité sociale-démocrate, très affaiblie politiquement en France (le PS est inaudible !), est surtout représentée par la CFDT. Si cette organisation syndicale puissante est favorable à la retraite par points, c’est pour l’utiliser comme vecteur de redistribution. La retraite par répartition doit alors devenir la principale source de revenus de la grande masse des retraités. Dans une perspective de faible croissance et de vieillissement de la population, la social-démocratie conduit à réduire progressivement les retraites élevées pour maintenir un niveau de vie acceptable aux retraités les moins favorisés, par transferts sociaux publics. La valeur dominante est alors l’égalité.

La sensibilité libérale modérée voit la retraite par points comme la retraite de base octroyée par l’État à l’ensemble de la population. C’est une première strate, obligatoire et universelle. Mais des régimes complémentaires facultatifs pourront être établis. Ils résulteront d’initiatives collectives ou de choix individuels et seront essentiellement des régimes par capitalisation. Ainsi, trois strates pourraient apparaître :

  • la retraite par points (répartition)
  • une retraite liée à l’activité dans telle ou telle entreprise ou tel secteur (capitalisation)
  • une retraite individuelle résultant de l’épargne personnelle (capitalisation)

La valeur dominante est alors la liberté.

Personne ne sait aujourd’hui quelle sera l’évolution du nouveau régime de retraite. Tout dépendra du facteur politique.

Si les actifs s’appauvrissent, les retraités aussi

Il existe quand même une certitude, qui a été honteusement bafouée par tous. Dans un système de retraite par points, la valeur du point ne peut pas être garantie. Inscrire dans la loi qu’elle ne peut baisser constitue un grossier mensonge. Si nécessaire, la loi sera modifiée. Il est évident que ce sont les conditions économiques du présent, dans un pays donné, qui déterminent le montant d’une retraite par répartition.

Puisque les actifs payent les retraites des inactifs, lorsque les actifs voient leur niveau de vie s’effondrer, il est impossible que les retraités maintiennent le leur. Cela est vrai quel que soit le régime par répartition, le régime actuel n’échappant pas à la règle.

Les exemples historiques sont pourtant disponibles. La chute de l’URSS à la fin du XXe siècle a ruiné le pays et réduit de nombreux retraités à la misère. Plus près de nous, les retraités grecs ne cessent de voir leur retraite diminuer depuis la crise de 2008. Huit années successives de récession ne pouvaient conduire à autre chose.

Le monde de Bisounours proposé aux Français n’existe pas. Une crise économique profonde n’épargne personne.

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