Les « tech-refuzniks » chinois vont-ils montrer la voie au « monde libre » ?

En Chine, la résistance à l’omniprésence technologique totalitaire s’organise.

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China Censorship By: Mike MacKenzie - CC BY 2.0

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Les « tech-refuzniks » chinois vont-ils montrer la voie au « monde libre » ?

Publié le 16 janvier 2020
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Par Yannick Chatelain.
Un article de The Conversation

Si le terme « refuznik » désignait à l’origine des personnes – dont les Juifs soviétiques – à qui certains droits ont été déniés durant la Guerre froide, notamment l’interdiction d’émigrer. Au fil des années, la définition a évolué pour s’élargir. Elle s’est progressivement appliquée à des personnes ou à des groupes de personnes s’opposant à des activités citoyennes obligatoires, à l’image des objecteurs de conscience.

En cette période de poursuite de révolution numérique, le terme s’applique désormais aussi pour qualifier ceux qui s’opposent à l’omniprésence technologique dans notre quotidien.

Les premiers « tech-refuzniks »

Les premiers « tech-refuzniks » sont les mieux placés pour juger du monstre qu’ils ont créé et qui leur a échappé. Ils ont une crédibilité qui ne prête pas à discuter. Justin Rosenstein, l’inventeur en 2009 du bouton like de Facebook, fait partie de cette mouvance. Il s’est associé à d’autres ingénieurs de la Silicon Valley pour mener un combat visant à dénoncer la perte de contrôle et le dévoiement d’outils qu’ils ont contribués à créer.

Comme l’avait révélé le journal britannique The Guardian en 2017, tout comme Justin Rosenstein

beaucoup de ces jeunes technologues se sèvrent de leurs propres produits, envoyant leurs enfants dans des écoles d’élite de la Silicon Valley où les iPhones, iPads et même les ordinateurs portables sont interdits.

Ce type de « tech-refuznik » pourrait être perçu comme focalisé sur la désintoxication numérique. Dans la réalité, l’opposition à la collecte outrancière de données personnelles par les entreprises ou par les États fait partie intégrante de leur combat.

Si l’envahissement est parfois consenti, il peut lui être reproché l’intentionnalité des entreprises à viser la fidélisation par l’addiction. Dans d’autres contextes, la notion de consentement n’existe pas : le citoyen chinois – comme d’autres citoyens du monde – n’a ainsi pas son mot à dire sur les développements de technologies de contrôle comme la vidéosurveillance couplée à de la reconnaissance faciale.

Un mouvement bientôt radicalisé ?

En Chine, cette fronde anti-reconnaissance faciale s’organise aujourd’hui sur le site de microblogage Weibo. Comme l’indique une dépêche AFP du 8 janvier dernier,

une plainte a été déposée en octobre 2019 par Guo Bing, professeur à l’université des Sciences et techniques de la province du Zhejiang, à Hangzhou, décrite par les médias chinois comme la première du genre. Dans le viseur de l’enseignant : le système de reconnaissance faciale mis en place par le Safari Park de Hangzhou pour filtrer les entrées des visiteurs dotés de cartes annuelles. La plainte fait parler : les commentaires sur l’affaire ont cumulé plus de 100 millions de vues sur le réseau social Weibo, où nombre d’utilisateurs appellent à une interdiction pure et simple de la collecte de données biométriques.

Ces outils technologiques visant à surveiller et punir le citoyen ne sont pas sans rappeler les uchronies orwelliennes de la série Black Mirror.

Cette plainte très suivie n’augure-t-elle pas de la naissance dans les années à venir d’un mouvement de « tech-refuzniks » qui va gagner en puissance, se mondialiser, voire se radicaliser ?

Si les Chinois sont inquiets et en éveil, s’ils le font savoir dans un régime où la contestation n’est pas la bienvenue, cela ne donne-t-il pas à réfléchir ? Le « monde libre » et ses gouvernements semblent en effet friands de ce type de technologies. Leurs citoyens vont donc peut-être enfin trouver le courage de se réveiller !


C’est très ordinaire pour l’humanité de créer des choses avec les meilleures intentions, avant qu’elles n’aient des conséquences négatives.

Justin Rosenstein

Yannick Chatelain, Enseignant Chercheur. Head of Development. Digital I IT, Grenoble École de Management (GEM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

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  • la technologie est un outil… la stasi..pas d’internet.. le flicage social par l’etat on ne peut pas y échapper..

    pour le safari parc je ne vois pas..

    pour les problèmes addictifs aux réseaux sociaux.. on peut y échapper…

    ce serait comparer les écoutes téléphoniques par un état policier et une éventuelle addiction au téléphone ..

    ce n’est pas la technologie qui est refusée mais ce qui en est fait avant tout.

    • C’est pour éviter la fraude sur les pass annuels.
      A Guangzhou le parc de Chimelong, quand vous prenez un pass annuel, ils vous prennent une empreinte digitale, et cette empreinte vous permet de rentrer dans le parc, sinon il serait facile de prêter sa carte a son voisin.

  • refuser la technologie parce qu’on en a peur est une constante de l’humanité..
    L’important c’est d’avoir le choix!
    on a pas attendu internet pour fliquer les populations.. au contraire il appert que ce sont les nouvelles technologie qui libère l’opinion.. que ce ne soit pas du gout d’une dictature communiste ne peut surprendre personne

    • la difference c est que la stasi avait besoin de ressource enorme pour controler la population (de memoire 20-30 % de la population de RDA etait IM (=indic) )
      Avec les nouvelles techno, vous avez surtout besoin d ordinateurs. donc c est plus facile te ca coute moins cher ! donc un systeme oppressif peut durer plus longtemps voire ne pas s effondrer sous son poids

      PS: le critere de choix est tres relatif. Par ex vous avez le choix en france de ne pas avoir de telephone portable nio d interent. C est tout a fait legal
      par contre, votre vie va etre un enfer. la plupart des operations courantes se font via internet (bon courage pour le faire au guichet) et par ex je ne pourrait faire une seule operation bancaire car je ne peux recevoir un SMS (bon je peux changer de banque ou payer par cheque mais qui accepte encore les cheque comme en 1970 ?)

      • oui…mais le problème n’est pas la technologie.la technologie est quasiment toujours un « progrès ».. mais c’est aussi un progrès pour les tyrans en puissance..
        le problème est toujours la tyrannie.

  • Attention que la « tech-refuznikation » ne soit pas dévoyée par les groupuscules gauchiards du « camp du bien »

    • Rapport ? Lien ? Sens ?

    • la tech refuznikation n’est pas l’enjeu..

      c’est la liberté.

      il y a une différence entre une technologie qui s’impose et une technologie qu’on impose;..

      les gauchiards comme vous dites ne refusent pas la surveillance totale;. pour les communistes…c’est consubstantiel à la société..il faut tout savoir..
      les anarchistes peut etre ..si on les classe comme à gauche , ce qui est douteux.

  • La plainte fait parler : les commentaires sur l’affaire ont cumulé plus de 100 millions de vues sur le réseau social Weibo, où nombre d’utilisateurs appellent à une interdiction pure et simple de la collecte de données biométriques.

    Sur weibo lol

    • prendre une mesure biométrique c’est être capable d’identifier un individu..
      pourquoi ne pas refuser la carte d’identité?

      le problème est ailleurs…

  • Il est dangereux d’être tek refuznik (dormez mes doux agneaux) et d’être à la merci de ceux qui maîtrisent le langage informatique, soyez cypherpunk
    Mais il y a quand même un mec connu qui a inventé le bouton like ? (finalement la partie la plus drôle de l’article)

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