Grèves : comment limiter les effets désastreux des blocus dans les universités ?

Foto355.jpg By: Patrik Tschudin - CC BY 2.0

Un enseignant à la Sorbonne en colère propose des pistes de réflexion pour limiter les effets négatifs des blocus et de l’agitation permanente dans les universités. Analyse.

Par Frédéric Mas.

Cette année encore, la grève a perturbé la tenue des partiels de plusieurs universités à travers le pays. Pour protester contre la réforme des retraites, certaines universités parisiennes comme Nanterre ou la Sorbonne ont été perturbées par des blocages organisés par divers syndicats et associations d’extrême gauche.

Dans un coup de gueule récent posté sur son blog, Pierre-Henri Tavoillot, maître de conférences en philosophie à l’université Paris IV Sorbonne et auteur de Comment gouverner un peuple roi ? (Odile Jacob, 2019), s’est insurgé contre ces désordres, cause du « suicide » des universités françaises.

Démonétisation de la réputation de l’université

L’impossibilité de poursuivre une année universitaire normale, de tenir des cours et d’organiser des partiels participe à la démonétisation de la réputation des établissements et des diplômes.

Comme nous le disions nous-mêmes il y a quelques années à propos des blocages, une fraction de l’extrême gauche utilise l’occasion des grèves pour organiser le désordre à l’université, introduisant des éléments extérieurs à la fac comme des revendications elles-mêmes indépendantes de la vie de l’université. Ce travail de sape se ressent dans les classements internationaux.

La Sorbonne a perdu 8 places en 2019 dans le classement international de Shanghai, classement où les universités françaises ne brillent pas en général par leurs performances.

Pierre-Henri Tavoillot propose des pistes de réflexion pour limiter les effets négatifs des blocus et de l’agitation permanente. La première repose sur le vote obligatoire des étudiants aux élections syndicales, et les deux autres sur l’organisation des cours et des examens par internet.

Si la première solution est difficile à mettre en place en pratique, et minore le vrai problème de gouvernance des universités1 la piste technologique mérite d’être explorée sérieusement.

La solution technologique

Pierre-Henri Tavoillot explique ainsi qu’il a été conduit à enregistrer sur youtube certains cours pour maintenir le contact avec ses étudiants. Il ajoute que « les examens (écrits ou oraux) devraient pouvoir se faire via internet avec des conditions de sécurité acceptables pourvu que les sujets soient un peu inventifs (et non plagiables sur internet). Les dispositifs de vérification existent. »

Ces pistes de sortie de crise correspondent à ce que proposent les MOOC, c’est-à-dire les organismes de formation à distance, qui existent autant au sein des universités qu’au sein de certains centres de formation professionnel privés.

Plusieurs établissements prestigieux, comme Berkeley ou Harvard aux USA, mais aussi l’ESSEC ou Polytechnique, ont pris au sérieux cette nouvelle manière de transmettre de savoir. D’abord perçu comme un moyen de démocratiser les savoirs, le MOOC pourrait ainsi être un moyen de sauver les universités françaises.

  1. quel intérêt de donner davantage de poids aux revendications aux « usagers » au sein des différents conseils ? Depuis l’origine, c’est la porte ouverte à la politisation des établissements d’enseignement, politisation qui n’existe pas dans les Grandes écoles, et cela au plus grand bénéfice de tous. Mr Tavoillot reconnaîtra sans doute ici une objection assez platonicienne d’esprit…
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