BlackRock, le côté obscur de la réforme des retraites ?

The dark force by mac_filko(CC BY-ND 2.0) — mac_filko, CC-BY

Penser que BlackRock a inspiré tout ce mécano défavorable aux cadres, alors que l’État y trouve plus que son compte, est clairement exagéré et relève de la théorie du complot.

Par Francis Pérani.

BlackRock, le candidat idéal pour effrayer les Français au sujet de la capitalisation, a été la cible de théories du complot de la part des journalistes de gauche et d’extrême gauche.

Ce très imposant gérant de fonds est en effet une cible idéale pour ceux qui ne veulent surtout pas entendre parler de retraite par capitalisation.

BlackRock, symbole de la capitalisation

S’il fallait un symbole à la capitalisation, on n’aurait pas pu trouver mieux que le plus grand gérant au monde de fonds avec plus de 6000 milliards de dollars sous gestion dont un tiers sous forme de fonds indiciels (ou ETF) qui ont notamment permis à beaucoup de personnes d’accéder aux investissements des marchés actions pour un coût de gestion imbattable.

BlackRock dépasse ainsi les banques dans l’influence qu’il peut avoir sur les marchés.

En France, il possède une part non négligeable, soit autour de 5 %, des plus notables sociétés du CAC 40 lui permettant de siéger au conseil d’administration de certains des beaux fleurons industriels et financiers du pays.

Il est naturellement courtisé pour participer aux privatisations apportant les liquidités permettant de bien valoriser les sociétés concernées.

Il n’y a donc rien de surprenant qu’il y ait eu des rencontres au sommet du pouvoir au même titre qu’il y en a régulièrement avec les grandes banques et assureurs, acteurs majeurs de la place financière parisienne.

BlackRock, synonyme de complot pour la gauche

Pour les médias de gauche, l’État peut à la limite consulter le MEDEF en toute indépendance mais pas un acteur américain de la finance capitaliste mondiale sans qu’il y ait complot et manipulation.

Autrefois, on avait l’épouvantail des deux cents familles, maintenant on a BlackRock dont le nom lui-même (roche noire) sonne comme le côté obscur de la force capitaliste.

Même si BlackRock cherche surtout à faire sa place en substitut des placements actuels moins risqués que sont les assurances vie, l’immobilier ou les différents plans d’épargne bancaires, on prétend qu’il voudrait convertir les sommes colossales de la retraite par répartition de tous en investissements privés et capitalisés, uniquement parce qu’il s’est permis de faire des recommandations pour rendre plus attractif l’épargne retraite à l’occasion de la loi PACTE.

Ce document public consiste pourtant en une démarche marketing comme une autre pour se faire connaître des acteurs français, voire du grand public, sur un sujet qui est appelé à se développer par le gouvernement.

Gouvernement dont l’intérêt est d’augmenter la part de l’épargne privée allant sur les marchés d’actions dont le CAC40, pour à la fois développer l’économie et fournir au capitalisme français davantage de capitaux français.

Un autre élément a suscité beaucoup de réactions et de méfiance, à savoir la baisse du plafond de cotisations pour les cadres.

Le plafond passe de 320 000 euros à 120 000 euros par an.

La plupart des pays limite les retraites publiques pour éviter de payer de très grosses retraites à des salariés très bien payés pouvant se prendre en charge au-delà d’un montant maximum de retraite garantie.

C’est ce que fait déjà la retraite de la Sécurité sociale aujourd’hui, en appliquant un plafond autour de 40 000 euros par an, le régime Agirc-Arrco servant alors de complément jusqu’à huit fois ce plafond.

En universalisant (étatisant) le régime géré par Agirc-Arrco, l’État a relevé le plafond couvert à trois fois le plafond actuel de la Sécurité sociale, laissant donc le reliquat au libre choix du cadre.

S’il avait proposé de couvrir jusqu’à huit fois le plafond de la Sécurité sociale, il y aurait probablement eu des critiques de la part de l’immense majorité des cotisants qui pourraient être choqués par le niveau de retraite servie.

Libéralisation ou cadeau aux riches ?

Cette libéralisation partielle que Piketty a présenté comme un cadeau aux riches avec une certaine mauvaise foi va coûter au contraire très cher aux cadres.

Alléger la part obligatoire de retraite par répartition par une part libre de retraite privée est certes une excellente nouvelle pour tous ceux qui croient aux bienfaits du libéralisme économique.

Toutefois, le diable est dans le détail. Au-delà de 120 000 euros, il y aura bien une baisse de 25,3 % des cotisations pour l’employeur et l’employé mais il restera encore une cotisation de 2,8 % au titre de la solidarité, et n’ouvrant aucun droit.

Il s’agit donc d’un impôt sur la solidarité des cadres à haut revenu.

De plus, la baisse de cotisations de l’employeur (60 %) ne sera pas redonnée au cadre sous forme de salaire mais constituera une baisse du coût du travail.

Faites les calculs et vous pourrez chiffrer la perte pour le cadre concerné. Comme il s’agit des 1 à 2 % parmi les mieux payés, la majorité des Français ne pleurera pas sur leur sort.

Seul Piketty regrettera l’occasion manquée de taxer ces fractions de revenu à hauteur de 90 %.

Le libre choix de consommer ou d’épargner

Ces cadres pourront toujours se consoler en goûtant les joies du libre choix de ces montants partiellement récupérés de leurs anciennes cotisations.

Ils pourront soit consommer, pour les moins prévoyants, soit épargner.

S’ils épargnent, ils pourront soit investir dans l’immobilier soit aller vers l’épargne retraite à fiscalité différée.

Pour cette dernière formule, ils pourront encore choisir entre acteurs traditionnels et plus coûteux comme les banques et assurances et les nouveaux acteurs proposant des fonds de pension comme BlackRock et ses concurrents.

Quelle part reviendra à BlackRock ?

On comprend mieux qu’il s’agit de toute façon d’un montant peu significatif à son échelle et que la concurrence sera féroce et sans aucun privilège particulier par rapport aux alternatives.

Penser donc que BlackRock a inspiré tout ce mécano défavorable aux cadres alors que l’État y trouve plus que son compte est clairement exagéré et relève de la théorie du complot. Ce timide passage à la capitalisation partielle est de type punitif. Il est même peu probable qu’il donne envie au reste des salariés.

 

Article initialement publié en décembre 2019.

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