Géorgie : protestations pour la démocratie et contre l’influence pro-russe

Comme jamais auparavant en Géorgie, l’opposition et la société civile sont déterminées à mettre un terme au régime d’Ivanishvili en exigeant des élections libres et équitables. Un témoignage inédit.

Par Justine Colinet.

En Géorgie, les manifestations contre le gouvernement au pouvoir se multiplient depuis le début du mois de novembre.

Plus de 20 000 personnes réclament la démission du leader Bidzina Ivanishvili ainsi que des élections législatives proportionnelles.

Lors du Liberty Forum de l’Atlas Network qui s’est déroulé à New York, j’ai eu l’occasion de rencontrer Elene Saakashvili, géorgienne et membre de l’Atlas Network, qui a témoigné pour Contrepoints sur la situation d’injustice et de chaos que connait son pays en ce moment.

Géorgie
Elene Saakashvili – photo de collection personnelle — Elene Saakashvili ,

Entre fausses promesses et violences

« Les manifestants sont descendus dans la rue après que le gouvernement ait refusé de passer d’un système majoritaire à un système de vote complètement proportionnel. »

Le système géorgien actuel favorise le leader Ivanishvili et son parti, Rêve Géorgien, qu’on accuse régulièrement de pratiques oligarchiques.

« Les manifestations sont menées par de jeunes militants et un front d’opposition unifié unis sous la même devise : tous moins un. »

Depuis les rassemblements de la mi-novembre, des centaines de manifestants, journalistes et membres de l’opposition ont été blessés, parfois grièvement, voire hospitalisés.

De leur côté, les États-Unis et l’Union européenne se disent préoccupés par le recul démocratique en Géorgie. Ils ont appelé son gouvernement et ses partis politiques au « dialogue calme et respectueux » pour les élections anticipées.

Malgré les promesses mensongères et les mouvements de protestation, le gouvernement ne compte pourtant pas changer son fusil d’épaule et campe sur ses positions.

« Nous écrivons aujourd’hui avec une préoccupation grandissante concernant la récente décision d’abandon de la réforme politique promise, ainsi que les rapports de violence contre les manifestants pacifiques. […] Les Géorgiens veulent un gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple. Ils veulent un gouvernement qui soit plus aligné sur les politiques de l’Ouest et aspirent à rejoindre l’OTAN. […] Si chaque gouvernement a le droit d’user de la force, de manière légitime et proportionnelle, face à des troubles de l’ordre violents, les démocraties ont l’obligation de respecter le droit des citoyens d’utiliser des moyens pacifiques pour exprimer leurs opinions. […] Il est maintenant temps pour le gouvernement géorgien de poursuivre son engagement auprès du peuple. »
Lettre du Congrès des États-Unis, adressée au Premier ministre Giorgi Gakharia le 13 décembre 2019, signée par Adam Kinzinger et Gerald Connelly.

Retour en juin 2019

Tout semble avoir commencé en juin 2019. Des milliers de Géorgiens ont manifesté contre un gouvernement aux sympathies pro-russes un peu trop prononcées.

Les affrontements entre la police et les manifestants, toujours pacifiques, avaient causé plus de 200 blessés, dont deux ont perdu la vue.

Pour apaiser la situation, le gouvernement a alors accepté de réformer son système électoral et de passer à des élections proportionnelles. Mais actuellement, aucun changement à l’horizon. Les Géorgiens sont las des promesses en l’air d’Ivanishvili, accusé d’être à l’origine du rejet de la loi introduisant la proportionnalité dans le système électoral.

« La société civile et l’opposition travaillent ensemble pour faire pression sur le gouvernement en protestant et en s’adressant à ses partenaires occidentaux pour changer le système de vote actuel. »

La démocratie géorgienne en danger

L’érosion de la démocratie en Géorgie est réelle et dangereuse pour ses citoyens. Les partenaires occidentaux en sont conscients.

Le pays est dirigé par un leader qui contrôle non seulement toutes les branches du gouvernement mais aussi les médias majoritaires du pays.

« Ivanishvili parle ouvertement de « donner un peu de bon sens » aux médias trop critiques. Il a également arrêté plusieurs chefs de l’opposition qui ont remis en question son action. Les représentants du gouvernement diabolisent souvent les organisations à but non lucratif qui critiquent le gouvernement, et il devient plus difficile d’agir en Géorgie. Ivanishvili utilise des tactiques russes pour faire face à ses adversaires et rester au pouvoir. »

Que demande le peuple géorgien ?

La principale demande des citoyens, comme on l’aura compris, est de fixer des élections législatives proportionnelles anticipées en Géorgie.

C’est le seul moyen d’élire un gouvernement compétent qui mettra fin à l’affaiblissement des institutions politiques mené par l’État et qui soutiendra le système démocratique.

Comme jamais auparavant, l’opposition géorgienne et la société civile sont déterminées à mettre un terme au régime d’Ivanishvili en exigeant des élections libres et équitables.

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