Qui a peur du grand méchant Libra ?

La création de la monnaie Libra par Marc Zuckerberg ne cesse de faire grincer des dents. Quels sont les arguments de part et d’autre ?

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Libra coin 3D Render by BTC Keychain (CC BY 2.0)

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Qui a peur du grand méchant Libra ?

Publié le 7 décembre 2019
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Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

Le 18 juin 2019, Facebook annonçait au monde sa volonté de travailler sur une devise numérique internationale : Libra. Si cette monnaie devait voir le jour, elle serait administrée par une association indépendante de la firme californienne, basée en Suisse.

Depuis, cette annonce n’a cessé de faire grincer les dents de nombreuses personnes. Économistes keynésiens, ministres, banquiers centraux et politiciens se relaient pour conspuer l’ambition de Mark Zuckerberg qui, le 23 octobre, a été interrogé à Washington par des membres du Congrès. Quels sont les arguments employés par les sceptiques et les opposants ?

La monnaie, une fonction régalienne ?

La monnaie a principalement trois fonctions. Elle sert d’instrument d’échange, d’unité de compte et de réserve de valeur. Pour remplir ce rôle et être liquide, elle doit être pourvue de plusieurs traits. Une monnaie de qualité doit être facilement divisible en sous-unités, facilement transportable, durable tout en étant suffisamment rare.

Comme nous le constatons, rien dans cette définition n’attribue spécialement à l’émission de monnaie un statut d’activité régalienne. Historiquement, la monnaie naquit d’un processus marchand d’essais et d’erreurs destinés à découvrir le meilleur instrument d’échange. Une succession de marchandises diverses et variées ont ainsi été assignées à des fonctions monétaires. Ainsi que le rappelait l’économiste Frédéric Passy dans un ouvrage écrit en 1909 :

« Ce fut, par exemple, chez les uns, le sel ; chez d’autres, la morue ; des clous dans quelques villages d’Écosse, au dire d’Adam Smith, et même, de nos jours encore, dans quelques cantons du midi de la France ; ailleurs, du cacao, du poivre, des coquillages, du sucre, du rhum, du blé, du cuir, des fourrures… »

Enfin, le choix des hommes a fini par se porter sur les métaux précieux. Ces commodités ont été au centre du commerce international jusqu’à l’abandon de l’étalon-or à la fin des années 1970. Si la monnaie a historiquement été une marchandise comme les autres, que reproche-t-on aux projets de Facebook et de l’association Libra ?

La nature étatique d’une monnaie n’est pas un gage de qualité

Les États ont bien sûr très tôt été tentés par la fonction de battre monnaie. Mais l’étatisation de l’activité monétaire correspondait moins à des objectifs louables de régulation qu’à la satisfaction de la cupidité des souverains. En raison de ces incitations douteuses, la nature étatique de la monnaie a rarement été un gage de qualité. Philippe le Bel avait gagné le surnom de « roi faux-monnayeur » en raison de sa propension à altérer la qualité de la monnaie et la pureté de son métal.

Un examen attentif de l’histoire moderne permet de comprendre que les plus grandes débâcles monétaires de l’humanité ont souvent été provoquées par les gouvernements. Sous la Révolution française, la période des assignats a donné à quelques-uns le pouvoir de générer une hyperinflation qui a détruit le pouvoir d’achat des Français. Ces calamités ont été reproduites en Allemagne sous la République de Weimar ou dans la Hongrie de l’entre-deux-guerres. De nos jours, les exemples les plus caricaturaux de spoliation monétaire par l’hyperinflation nous sont donnés par le Venezuela et le Zimbabwe.

La crainte des États face au libra : aveu de la mauvaise qualité des monnaies officielles ?

La réaction des gouvernements à l’égard des monnaies privées en dit long sur la perception du système financier qu’ils administrent. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’inquiétait de l’éventuelle perte de « souveraineté » qu’induirait l’introduction de libra. Quelques membres du Congrès américain redoutaient un affaiblissement du dollar. La crainte de voir les monnaies officielles marginalisées par la concurrence de Libra est-elle justifiée ?

Mark Zuckerberg a tenté de relativiser son pouvoir devant le Congrès américain. Le succès de cette monnaie n’est pas garanti. La taille de Facebook est bien sûr un avantage comparatif important. Mais elle ne constitue pas le seul critère de qualité pour un système monétaire et financier. Comme la réserve de libra sera notamment adossée à un panier de devises officielles, sa qualité dépendra aussi de celle de ces devises officielles, ainsi que le rappelle l’économiste Ludwig van den Hauwe dans une note pour l’Institut économique Molinari.

Toutefois, un libra bien implanté peut servir de contre-pouvoir envers les banques centrales. Pour que leur monnaie continue de faire partie du panier de devises adossées au libra, elles devront sans doute faire preuve d’une prudence supplémentaire. Sans concurrencer complètement les devises officielles, un libra bien implanté invite les banques centrales à ne pas manipuler excessivement leurs monnaies sous peine d’être exclues du panier de devises convertibles.

De ce point de vue, Libra ne menace pas directement les prérogatives des États et des banques centrales, pour peu que ces organisations restent disciplinées…

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  • Lorsque la monnaie était convertible en or, la valeur universelle de ce métal et sa fluidité la dispensaient de dépendre d’une quelconque nation. Avec l’abandon de l’étalon-or comme contrepartie physique à la monnaie, est apparue la nécessité de compenser ce « sous-jacent » universellement reconnu par qqchose permettant d’accorder la même valeur d’échange à la monnaie circulante. Cette autre chose, c’est la confiance (à ajouter dans la liste des caractéristiques nécessaires d’une monnaie indiquée dans l’article) et donc la foi de chacun dans l’ « hébergeur » de ladite monnaie garantissant éventuellement sa contrepartie en cas de nécessité. Et qui peut raisonnablement rivaliser dans ce rôle de tiers de confiance avec les nations émettrices au regard de leurs pouvoirs et prérogatives en la matière : émission de monnaie, politique du crédit, levée d’impôts, règlementation bancaire, armée, diplomatie.. ?
    La notion de tiers de confiance est bien l’élément principal permettant de légitimer une monnaie, et la lisibilité de celui-ci un argument déterminant pour convaincre ses utilisateurs. Or on ne peut pas dire que les processus régissant par exemple les cryptomonnaies soient actuellement simples, lisibles et universels (.. un panier de devises convertibles…) ce qui retardera encore longtemps leur avènement.

    • La confiance dites-vous ? Alors pourquoi les monnaies nationales ont-elles cours légal ? Il est facile de mettre la confiance en avant quand les citoyens n’ont pas d’autre moyen que d’utiliser la seule monnaie qu’on leur autorise.

      • Le cours légal est un des éléments construisant la confiance. Ceci dit, à force de faire n’importe quoi avec la monnaie, les contraintes légales ne seront bientôt plus suffisantes et les populations choisiront massivement l’illégalité plutôt que la pauvreté forcée.

  • Cet article fait l’impasse sur l’oligarchie transnationale qui a usurpé le pouvoir monétaire, largement colonisé le pouvoir économique et qui cherche â conquérir le pouvoir politique au niveau mondial. Lire lar exemple, « Les secrets de a Réserve Fédérale » d’Eustace Mullins

  • Facebook a déjà réussi à créer une communauté internationale. Si Libra arrive à voir le jour, il est fort à parier que les utilisateurs de ce réseau utiliseront cette monnaie. Ensuite, il ne restera plus qu’à trouver le dirigeant idoine pour gérer cette communauté qui votera librement pour l’un des prétendants à ce pouvoir. En gros, un supra gouvernement basé sur des fidèles communiant en réseau. Que deviendront ceux qui refusent cette emprise?

  • Adosser une crypto aux fiduciaires reduit très sensiblement l’intérêt de la dite crypto. Cette crypto est alors plus un moyen de paiement qu’une monnaie.

    • Il semble bien que le panier de monnaies est la caractéristique qui manquait aux cryptos jusqu’à présent. Avant le libra, aucune crypto n’avait provoqué un tel vent de panique chez les étatistes. Les cryptos étaient plutôt regardées avec dédain.

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