Éloge du libéralisme

Haut les cœurs, semble dire Joseph Macé-Scaron aux libéraux qu’il invite à être plus que jamais eux-mêmes. Le point de vue d’Alain Madelin sur Éloge du libéralisme, paru aux éditions de l’Observatoire.

Par Alain Madelin.

Voici un titre devenu aujourd’hui quelque peu provocateur : Éloge du libéralisme.

C’est celui du dernier livre de Joseph Macé-Scaron publié aux éditions de l’Observatoire. En moins de 130 pages érudites, voici notre Joseph jouer pour notre bonheur avec les mots. Le voici ridiculiser les adversaires prétentieux du libéralisme et décaper leurs poncifs dans un style flamboyant.

Nous voilà hélas docilement soumis aux aléas et aux humeurs de l’époque. Soumis à une pensée moutonnière placée sous le règne des grandes peurs et des fanatiques verts de l’apocalypse. Soumis aux arguments anti-libéraux les plus éculés que l’on ressort de la naphtaline idéologique. Soumis à un politiquement correct ridicule qui nous envahit depuis les États-Unis.

Où sont passés les libéraux ?

« Pfff. Disparus, évanouis, enfouis les libéraux » constate Joseph Macé-Scaron. Et ce au moment où – nous dit-il – on a vraiment besoin d’eux. Au moment où nous « cabotons sans boussole sur une mer d’incertitude le long de rivages hostiles. »

Curieux destin en effet que celui des idées libérales. La chute du mur de Berlin signait la victoire des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’état de Droit, de la grande société ouverte sur tous les replis nationalistes et les aventures totalitaires. Et pourtant, 30 ans plus tard voici le « droit de l’hommisme » devenu une injure, l’état de Droit vilipendé comme étant le gouvernement des juges contre la volonté populaire, l’individualisme libéral accusé de tous les maux.

Suivre l’auteur de cet éloge du libéralisme dans son itinéraire personnel au cœur du monde libéral, de son histoire et de quelques-unes de ses figures est un exercice bien roboratif par les temps qui courent.

Il ne s’attarde guère sur l’économie, sauf pour se moquer d’un illibéralisme mondain, « un truc de riche », nous dire aussi à quel point dans un monde aussi réglementé ou interventionniste que le nôtre il est difficile de parler des échecs d’un marché libre. Pour rappeler encore que dans une époque de profonde mutation comme la nôtre où quand il nous faut adapter tant de choses à ce nouveau monde en gestation il n’y a « rien de tel que les idées libérales pour y parvenir car le libéralisme part du réel ».

Non, ce qui retient l’attention de Joseph Macé-Scaron, au-delà de l’économie ce sont les aspects philosophiques ou politiques du libéralisme.

Défendre la raison

Face au totalitarisme islamique, au totalitarisme chinois, aux nouveaux monstres froids, défendre le libéralisme c’est défendre les libertés politiques et les libertés publiques. C’est défendre la raison. Car il existe nous dit-il « un pacte pluri-séculaire entre la grandeur du libéralisme et la primauté de la raison ». La raison des Lumières. La raison qui s’est évadée des débat politiques. La raison contre les foules numériques. La raison pour « corriger les bêtises si nombreuses que l’on entend ». La raison pour défendre le progrès et la science. À une époque où « un scientifique qui n’est pas convaincu de la fin proche de notre planète, qui ne communique pas dans la pensée magique, est forcément corrompu ou acheté par le grand Satan des lobbies ».

Il est un chapitre de ce livre particulièrement bien vu. « À plusieurs reprises, le pape François s’inscrit dans la ligne de ses prédécesseurs (du XIXe siècle) pour faire le procès du libéralisme ».

On n’a pas trop pris garde « que chaque intervention pontificale soulignait l’urgence d’éteindre les Lumières au plus vite. Salaud de XVIIIe siècle, invariablement présenté comme la matrice d’où sont sortis ces quatre cavaliers de l’Apocalypse que sont le consumérisme, l’égoïsme, le relativisme éthique et l’hédonisme radical ».

Cette réaction catholique mérite que les libéraux s’y intéressent car elle semble bénir l’étrange coalition des adversaires si nombreux du libéralisme, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, de l’écologie religieuse aux dirigistes de toutes obédiences.

Haut les cœurs, semble dire Joseph Macé-Scaron aux libéraux qu’il invite à être plus que jamais eux-mêmes. Convaincu que le monde a plus que jamais besoin des valeurs et des idées libérales.

Tonique, rafraîchissant et bon pour le moral.

Joseph Macé-Scaron, Éloge du libéralisme, éditions de l’Observatoire, 2019, 126 pages.

 

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