Liberté d’expression : les propos de Finkielkraut sont-ils inacceptables ?

Alain Finkielkraut by UMP Photos - CC BY-NC-ND 2.0 — UMP Photos, CC-BY

Si une société tolère de voir des communicants mettre un homme dans un caddie sans s’en offusquer et sans évoquer la misandrie, c’est qu’elle s’accorde encore le droit de respirer.

Par Yannick Chatelain.

Le mercredi 13 novembre 2019, Alain Finkielkraut était invité de La Grande Confrontation de LCI. Et selon certains, le philosophe a dérapé face à l’une de ses contradictrices lors d’un débat sur le politiquement correct.

Alors que Caroline de Haas se montrait particulièrement outrée par des propos de Tex, de Zemmour et de Bigard, les accusant d’être les complices d’une forme de banalisation de « la réalité de ce que subissent des milliers de femmes en France », Alain Finkielkraut a lancé en réaction au propos de son contradicteur :

Violez, violez, violez, je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs je viole la mienne tous les soirs et elle en a marre.

Les propos de Finkielkraut sont-ils inacceptables ?

Faisons une pause !

Avant de répondre à cette question du mot viol employé, lequel désigne un acte terrible, et sans parler du mode de communication de adopteunmec.com (prétérition !)  qui montre une femme récupérant un homme dans son caddie à roulettes, ce qui ne doit pas être –  tout du moins je le suppose – du point de vue de Caroline de Haas de la misandrie, mais une banalisation humoristique du mépris des hommes, simple objet de consommation…

Mettons les choses au point :

Féminicide est devenu depuis quelque temps un buzzword ! Oui, porter la main sur une femme comme sur quiconque est intolérable.

Oui, tuer un être humain, femme ou homme – hors cas de défense légitime – est une abjection, cela va de soi,  il n’y a là pas matière à débat.

On ne frappe pas une femme fut-ce avec une rose : n’est-ce pas ce qui nous est inculqué à nous autres les hommes ?

Pour autant, je déteste profondément la formule : « il faut raison garder. » 

Pour que j’y recoure, je vous laisse imaginer ma colère devant une misandrie sociale galopante, une diabolisation sociétale du masculin qui violenterait sans relâche un angélisme immaculé féminin.

Quid de la violence psychologique ?

Étant établi que le meurtre est inadmissible, il me semble important de rappeler une chose aux hommes tout comme aux femmes : le meurtre n’a pas plus droit de résidence dans une relation que la violence émotionnelle qui est un délit !

Délit qui peut conduire au pire : un passage à l’acte mortifère.

Si les violences conjugales sont intolérables, les féminicides inacceptables, il serait bon de nous rappeler collectivement que les femmes ne sont pas pour autant exemptes de violences extrêmement graves contre des hommes !

Mais le dire, l’écrire, voilà qui est bien osé dans cette époque ou l’omerta sur le sujet semble de rigueur !

N’est-ce pas indécent de coucher ces mots puisque l’homme est aujourd’hui présenté systématiquement comme un tortionnaire prêt à faire son coming out bestial à tout moment ?

Qu’une femme ou un homme use et abuse de violence psychologique, peu m’importe !  Cette violence est bien souvent l’élément déclencheur d’un drame dès lors que la victime sous emprise n’a pas la présence d’esprit, la lucidité, la force, le courage, le soutien, lui permettant de tourner les talons, de partir sans mot dire avant de commettre l’irréparable !

La violence psychologique

est une forme de violence ou d’abus envers autrui sans qu’une violence physique soit mise en œuvre directement. Elle se caractérise par le comportement moralement agressif ou violent d’un individu vis-à-vis d’un autre individu. Elle peut se manifester par des paroles ou des actes qui influencent l’autre dans ses sentiments d’être aimé ou détesté. Cette violence peut résulter en un traumatisme psychologique, pouvant inclure anxiété, dépression chronique, ou trouble de stress post-traumatique.

À ceux et a celles qui l’ignoreraient, depuis 2010, un délit de violence psychologique au sein du couple est assorti de peines sévères (trois ans d’emprisonnement, 75 000 euros d’amende) ; en la matière je ne pense pas que les hommes soient plus experts que les femmes lorsqu’il s’agit de détruire l’autre psychologiquement !

Il n’en demeure pas moins, et j’en conviens en tant qu’homme, que même victime, du fait d’une potentielle force physique supérieure : être un homme c’est savoir s’empêcher !

Si une société tolère de voir des communicants mettre un homme dans un caddie sans s’en offusquer et sans évoquer la misandrie, c’est qu’elle s’accorde encore le droit de respirer.

Vous pouvez trouver cela de mauvais goût, ou pas. Libre à vous. Il n’y a là pas mort d’homme !

Si une société tolère une publicité, comme « Vive la vulve », la nouvelle pub des serviettes hygiéniques Nana que je trouve personnellement d’un mauvais goût tout à fait recherché, ce n’est là que mon point de vue…

Si les femmes –  le marché cible –  trouvent cela sexy, érotique, romantique, élégant. C’est le leur… c’est que notre société s’accorde encore seulement le droit de respirer…

Cependant, si nous parlons d’égalité homme/femme, mettons-nous d’accord sur un point : la misandrie n’est-elle pas aussi méprisable que le sexisme ?

Une personne intellectuellement honnête ne devrait-elle pas s’offusquer de toute forme de sexisme incluant la misandrie… ? Une misandrie que certaines féministes ne voient a contrario curieusement nulle part !

Le second degré sans génie finit à l’hôpital des grands brûlés

Pour en revenir aux mots utilisés par un Alain Finkielkraut exaspéré, ils relevaient naturellement du second degré.

Mais le philosophe aura appris à ses dépens que pour placer le terme de viol dans une déclamation qui, in fine, le dénonce, le talent n’est pas suffisant ! Il faut du génie !

Plutôt que :

« Violez, violez, violez, je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs je viole la mienne tous les soirs et elle en a marre » déclamation qui, prise au premier degré est choquante –  cette époque envoyant le second degré directement à l’hôpital des grands brûlés –  il eut été préférable de descendre d’un demi degré :

 Je dis aux hommes : violez les femmes, tout comme je viole la mienne quand elle m’y invite généreusement, les jours où sa série préférée ne passe pas, et encore, si elle n’a pas la migraine !

Cela me semble plus doux, ce n’est pas du second degré, c’est un degré et demi.

Mais allez savoir, c’est probablement sexiste !

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