La haine comme mobile politique

L’émotion ne doit pas se substituer à la raison. Le peuple sans espoir s’est dissous dans une foule violente demandant encore plus à un État qui n’a jamais été aussi dépensier.

Par Patrick Aulnas.

 

La manipulation constante de l’émotion sape la démocratie.

Certains crachent leur haine en profitant de l’anonymat des réseaux sociaux. D’autres s’immiscent dans les sempiternelles polémiques des chaînes d’information en continu pour proclamer leur exécration de notre société.

Dans la rue, la violence contre les biens et les personnes semble devenue un moyen d’action légitime des insatisfaits.

Dans les universités de pseudo-intellectuels bardés de diplômes enseignent à la jeunesse la détestation de leur société parce qu’ils se détestent eux-mêmes.

 

Haro sur les hommes,  violeurs en puissance !

Il devient dangereux de défendre l’État de droit.

Dire qu’un viol n’existe juridiquement que lorsqu’il a été judiciairement reconnu conduit désormais à être insulté de toutes parts.

S’il suffit à une femme de déclarer que tel homme l’a violée pour obtenir le soutien de l’opinion, et parfois même de ministres, par médias interposés, tout homme est une victime potentielle de la calomnie.

En démocratie, seule la vérité judiciaire compte parce qu’elle permet un débat contradictoire devant le juge d’instruction et qu’elle repose donc sur des preuves constatables par tous.

 

Même si toute personne raisonnable ne peut que s’offusquer du nombre de crimes et délits à caractère sexuels impunis, la clameur médiatique ne doit pas remplacer la réflexion judiciaire.

L’émotion ne doit pas se substituer à la raison.

Pourtant, nous y sommes. Le lynchage médiatique n’attend plus l’imparfaite justice des Hommes.

La mort sociale peut précéder la culpabilité ou l’acquittement sur la base de preuves.

 

L’université face à l’intolérance de l’extrême gauche

L’université est livrée aux diktats de petites coteries d’extrémistes de gauche encouragés par des enseignants indignes de l’être.

Si un débat, une formation, une conférence leur déplaît, les menaces fusent et si cela ne suffit pas, les blocages violents suivent. Il est impossible de s’exprimer calmement sur l’idéologie islamiste, le féminisme radical, l’immigration.

Toute approche rationnelle conduira à être stigmatisé comme islamophobe, machiste blanc dominateur, fasciste, raciste.

 

La passion politique l’a emporté sur la sérénité nécessaire à tout échange d’idées.

L’addiction au conflit de l’extrême gauche la conduit à radicaliser tout sujet de façon à faire apparaître clairement les adversaires. Son manichéisme ne permet aucune modération.

Les modérés sont des ennemis qui cherchent à se cacher sous la subtilité rhétorique.

Il faut être brutal par le verbe et intellectuellement binaire.

 

De la manifestation pacifique à l’action violente

Dans la rue, le droit de manifester selon des modalités juridiquement définies a cédé le pas à des actions ponctuelles et violentes.

Le mobilier urbain est détruit, les vitrines sont brisées, des marchandises volées.
Les policiers doivent subir des jets de pavés, d’acide, des attaques au marteau ou au piolet.
La manifestation organisée, rassemblement pacifique suivant un parcours préalablement déclaré, devient progressivement l’exception.

Pourquoi ? Parce qu’elle ne comporte pas la haine qui s’est emparée de certains. Afficher son désaccord par la présence physique ne suffit plus.

Il faut montrer tout son ressentiment par des actes, signifier son hostilité à la société par la violence.

 

Le droit d’aller et venir librement, prévu par la déclaration des droits de l’Homme, n’est plus assuré.

Il est devenu courant que de petites minorités violentes de Gilets jaunes, de routiers, d’agriculteurs, de cheminots, de pilotes de ligne ou de contrôleurs aériens bloquent les réseaux routier, ferré ou aérien.

 

Exploiter les émotions négatives

Extrême gauche et extrême droite ont toujours cherché à utiliser les émotions des insatisfaits. Il s’agit de les faire basculer dans l’action, le militantisme.

Mais on voit aujourd’hui apparaître dans nos sociétés riches un niveau de détestation du pouvoir qui devient dangereux.

Les émotions sont avivées par une communication surabondante et simpliste.

Beaucoup de citoyens des sociétés riches du début du XXIe siècle ne semblent pas comprendre qu’ils sont, par rapport à la situation régnant dans les pays pauvres, des privilégiés.

Par ailleurs, l’affaissement de la culture historique ne leur permet pas de se situer par rapport à leurs ancêtres, ne serait-ce qu’en remontant trois ou quatre générations.

Ils comprendraient alors que même s’ils sont défavorisés, leur vie est infiniment moins rude.

 

Mais ces relativisations dans l’espace et dans le temps appartiennent au domaine de la raison.

Et ce mal nécessaire qu’est la politique n’a de cesse désormais d’exploiter les émotions les plus négatives.

Pourquoi ? Parce que la structuration politique ancienne autour de l’affrontement capitalisme-socialisme n’a plus de pertinence.

Notre société est économiquement socialiste.

Que promettre de plus au peuple ? Personne n’a la réponse.

Le peuple sans espoir s’est dissous dans une foule violente demandant encore plus à un État qui n’a jamais été aussi dépensier. Il n’obtiendra plus rien, mais sa haine des élites est une menace pour notre liberté.

 

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