Retraites par répartition : Bruno Le Maire brouille les pistes

Depuis soixante-quinze ans, personne n’a jamais demandé aux Français s’ils préféreraient un système de retraite par répartition, par capitalisation ou un régime mixte.

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Bruno Le Maire by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)

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Retraites par répartition : Bruno Le Maire brouille les pistes

Publié le 11 novembre 2019
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Par Pascal Dray. 

Bruno Le Maire a récemment déclaré que les Français étaient « tous attachés » au système de retraite par répartition mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

Ils y sont effectivement « attachés » mais par le monopole public et non pas par le cœur. Par cette assertion sans preuve, Bruno Le Maire illustre parfaitement la théorie de l’illusion fiscale.

En réalité, les Français n’ont pas le choix. L’assurance vieillesse mise en place en 1945 dans un pays ruiné par la guerre et l’occupation, est un monopole d’État. Depuis soixante-quinze ans, personne n’a jamais demandé aux Français s’ils préféreraient un système de retraite par répartition, par capitalisation ou un régime mixte.

La théorie de l’illusion fiscale part du fait qu’en séparant la perception des coûts et avantages, l’intervention de l’État fausse systématiquement l’intérêt que les gens ont à s’informer sur les services publics, dont la retraite fait partie comme l’ensemble des assurances sociales.

La confiscation de la liberté de choix crée l’attachement forcé de l’usager

Pour se représenter la confiscation de notre liberté du choix, il faut nous imaginer – à l’inverse du politiquement correct – comme un consommateur arpentant un supermarché qui déciderait brusquement d’imposer à ses clients les règles de décision du système politique démocratique.

Ainsi, au lieu de pouvoir choisir des boîtes de haricots et des écrous, des lasagnes, des trottinettes, des jeux vidéo, des livres, des ordinateurs et des bandes dessinées dans les rayons, quand il le veut et aussi souvent qu’il le souhaite, l’usager-client n’aurait que le choix de voter tous les deux ou trois ans.

Son vote se retrouve noyé entre des milliers, voire des millions d’autres votes, lui demandant de se déterminer entre deux types de caddies contenant un assortiment qu’il n’aurait absolument pas choisi. Le contenu, choisi par d’autres, serait en fait presque identique pour des raisons de concurrence électorale. Car dans cette situation, les camps politiques cherchent à attirer l’électeur du milieu, le plus susceptible de changer d’avis et de faire la décision.

Au lieu de pouvoir décider combien il dépense, quoi acheter, et de ne rien payer s’il n’a rien trouvé qui lui plaise, l’usager-client serait contraint de livrer la moitié de son revenu en échange de fournitures plus ou moins régulières de cet assortiment décidé par d’autres. Les rayons contiendraient non seulement toutes sortes de choses qu’il n’a pas demandées et qu’il n’aurait jamais accepté de payer s’il en avait eu le choix mais aussi des produits qui lui répugnent, voire dont il combattrait la production si on lui en laissait les moyens.

En outre, disposant ainsi contre leur gré de la moitié du revenu des clients-usagers, les dirigeants du supermarché entreprendraient de distribuer aux uns aux dépens des autres, prenant davantage à des groupes politiquement faibles et distribuant à leurs dépens des cadeaux à toutes sortes de groupes politiquement puissants. Ce processus d’exploitation se parerait de grands mots tels que « solidarité » et « justice sociale ».

Bien entendu, pour éviter que ces clients-usagers les plus opprimés ne cherchent à se soustraire à l’arbitraire d’un tel processus, la direction du supermarché ferait en sorte que tous les autres supermarchés soient soumis à la même règle, pour éviter une « concurrence destructrice », censée porter atteinte à ses « valeurs », tellement préférables aux méprisables « valeurs marchandes ».

Elle priverait dans la pratique ses « clients-usagers » des moyens de choisir l’école de leurs enfants, les forçant dans les faits à les enrôler dans des écoles sous son contrôle ; de même, elle flatterait et subventionnerait les journalistes pour qu’ils exaltent la « citoyenneté ».

C’est ainsi que le système démocratique en use vis-à-vis de ses « citoyens » et que nous avons perdu l’habitude de comparer le peu d’options qui nous restent à la liberté naturelle qui devrait demeurer notre référence.

Un pouvoir de décision factice contribue à l’illusion

N’est-ce pas ce système qui fait constamment mine de nous demander notre avis et ne voit-on pas sans arrêt des gens donner leur opinion sur tout ? Qu’est-ce donc qui rend ce simulacre si convaincant, quelle est la technique qui entretient chez nous l’illusion du choix, alors qu’en fait on nous l’a confisqué et qu’on nous le confisque de plus en plus ?

Un aspect essentiel de cette forme d’illusion est qu’on passe son temps à nous demander de choisir dans des conditions où nous n’avons en réalité aucun pouvoir réel de choisir.

Lorsqu’on demande à un cadre moyen de moins de cinquante ans s’il préfère une automobile de la marque Renault dans le segment haut de gamme à une BMW, c’est une question qui a un sens parce qu’il peut mettre l’une et l’autre à l’épreuve, qu’il l’a éventuellement déjà fait, et surtout qu’il a toujours pu effectivement choisir entre une Renault et une BMW.

En revanche, lorsqu’on interroge un quidam pour savoir s’il est satisfait d’un prétendu « service public », quoi qu’il puisse répondre, ça ne changera rien au fait qu’il est obligé de passer par ce service.

On ne lui demande jamais

  • qui pourrait lui offrir d’autres services,
  • quels seraient ces services et s’ils lui conviendraient davantage,
  • ce qu’il pourrait faire de son argent si le prétendu service public ne le lui avait pas été imposé.

Lorsque des prétendus services publics se sont ouverts à la concurrence, ces usagers-clients prétendument satisfaits du monopole, ont exercé leur nouvelle liberté de choisir de nouveaux fournisseurs et acheter les nouveaux services non fournis auparavant. Il suffit de constater l’explosion du marché de la téléphonie fixe et mobile en France le jour où le monopole de France Telecom est tombé.

Le droit de vote ne donne au citoyen aucun pouvoir de décision réelle et par conséquent n’exprime aucun choix informé sur la réalité des alternatives.

Ce n’est pas en tant que citoyen que le cadre moyen de moins de cinquante ans fait réellement des choix mais parce qu’il est libre d’acheter directement Renault ou BMW. C’est une imposture que d’interroger les gens sur des choix qu’ils ne peuvent pas réellement faire, de même que c’est une usurpation que de les priver de la possibilité de choix qui seraient à leur portée.

Le professeur canadien Jean-Luc Migué, économiste des choix publics, résume ainsi les raisons d’être de ce qu’il appelle l’ignorance rationnelle des décideurs, et particulièrement de l’électeur, dans un cadre de collectivisation :

« Lorsqu’une personne achète une voiture, les deux conditions nécessaires pour qu’elle exprime un choix rationnel sont remplies : le choix individuel est décisif, et l’enjeu personnel est grand. L’intérêt personnel de l’acheteur est de choisir la voiture qui lui conviendra le mieux. Prudence et circonspection s’imposent naturellement à lui. Il recherchera rationnellement toute l’information dont il a besoin.

[…]

Supposons maintenant que la décision d’achat […] soit déterminée non plus par sa préférence personnelle, mais par le résultat d’un vote acquis à la majorité d’un groupe dont il fait partie. L’enjeu – l’acquisition du véhicule, sa conduite – restera le même. Mais son pouvoir sur l’issue du scrutin deviendra quasi insignifiant. […] L’acheteur n’est plus guère motivé à acquérir l’information qui permettrait de déterminer le meilleur choix. Il ne saura pas ce qu’il gagne, ou perd, à acquérir tel véhicule plutôt que tel autre.

[…]

C’est ainsi que, dans nos démocraties contemporaines, une large part de la population ne connaîtra jamais la nature des dommages réels qui résultent pour elle de ce que le mode de fonctionnement majoritaire de nos marchés politiques lui impose le choix de certaines institutions (étatiques) plutôt que d’autres (comme le marché).

[…]

De leur côté, les hommes politiques supportent rarement les conséquences directes de leurs décisions. À la limite, ils ne sont personnellement concernés ni par la décision, ni par les conséquences de leurs choix. Les deux éléments exigés par les économistes comme condition d’un choix rationnel sont alors absents. »

La théorie de l’illusion fiscale établit que seuls les choix correctement informés sont les choix responsables, faits par des individus qui en maîtrisent l’enjeu concret et en subissent les conséquences. Chacun a le droit de décider de ses propres affaires. L’étatisme est toujours antidémocratique, puisque les hommes politiques y décident à la place du peuple, alors que la démocratie consiste en ce que le peuple choisisse.

Pour reprendre en main une partie de notre liberté de choix, réclamons notre salaire complet, la véritable valeur de notre travail et choisissons nous-mêmes nos systèmes d’assurances sociales. Ainsi, nous verrons bien si – comme le prétend Bruno Le Maire –nous sommes vraiment attachés de cœur aux assureurs publics en situation de monopole.

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  • Bravo ! le problème est parfaitement cerné +1000

    « Un aspect essentiel de cette forme d’illusion est qu’on passe son temps à nous demander de choisir dans des conditions où nous n’avons en réalité aucun pouvoir réel de choisir. »

    La réalité est encore plus terrible , car la « democratie » nous fait élire des candidats
    qui n’ont pas les moyens législatifs de faire ce qu’ils prétendent pouvoir faire ..
    C’est l’administration qui gouverne en dépit de ceux qui sont élus!!
    Quand on voit la pertinence des « reformes » que sont capables de faire passer , ceux qui sont chargés de le faire .. on a bien compris que notre bulletin de vote ne vaut pas un pet de lapin..

    Nous vivons dans un systeme socialiste a la chinoise , dans un capitalisme d’etat ou le clientélisme des uns le dispute a la connivence des autres!!
    Donc , chercher la logique la dedans et la trouver conduit inéluctablement a l’abstention.. qui sera le ferment d’une revolution indispensable..

    Le Systeme de la 5eme republique est au taquet. il ne pourra pas aller bien plus loin.
    Bonne chance a tous

  • modération pourquoi?

  • Depuis soixante-quinze ans, personne n’a jamais demandé aux Français s’ils préféreraient…

    Le jour ou l’on demandera leur avis, cela en sera fini du Homard Géant à la table de l’Élysée ou de Matignon. Ces polytocards feront tout pour que cela ne se produise pas. Brailler plus fort, pleurnicher plus fort, toutes les roueries y passeront.

  • Il y a une bonne raison pour le choix de la répartition au moment où ce système a été choisi.
    La répartition permettait en effet de payer instantanément des retraites à des gens qui n’avaient pas cotisé, et cela sans emprunter un sou à personne !
    Les constructions financières en forme de pyramide de Ponzi sont pourtant déclarées illégales… Où est le loup ?

    • Bah , il fallait surtout récupérer de l’argent ,l’argent epargné par certains pour leur retraite , la repartition l’a permis comme aujourd’hui on parle du pactole des complémentaires vertueuses , unique but de la reforme en cours

    • c’est effectivement pour cela que Vichy l’a mis en place, en spoliant les réserves de ceux qui avaient épargné.

  • Je ne comprends rien a ren mais vous vous en etes aperçu s depuis longtemps….la retraite par repartition actuelle comporte déjà de la capitalisation ,pendant longtemps on cotisait plus que l’on redistribuait , ce trop percu etait capitalisé n’est ce pas ?

    • et non, redistribué immédiatement… Il n’y a pas eu de réserve de faite (sauf par certains régimes spéciaux).

    • Euh capitalisé dans des Homards Géants? Donc dans le gras des politiciens et de leurs copains coquins?
      Et comment garder le moindre quand le coffre n’a plus de fond, et que les mineurs creusent d’arrache-pied sans atteindre le fond du puits?

    • Quand le système était excédentaire, cela a permis de régler certains grands plans sociaux de l’époque : mines, sidérurgie, textiles et autres.
      Cela s’appelait la préretraite-FNE (Fond national pour l’emploi)…
      Et cela permettait aussi à l’époque à nos hommes politiques d’augmenter copieusement les pensions de retraites du moment.

      • Un système reposant sur une part significative de capitalisation aurait, lui, probablement évité d’avoir à régler des grands plans sociaux à l’époque…

  • Les femmes d’artisan ont cotise grace a l’argent du menage ,le scandale est que la retraite est nominative !

  • « si les banques centrales jouaient le jeu »
    Les banques centrales jouent le jeu des gouvernements, tout indépendantes qu’elles en soient en théorie. Le problème est celui de la formation économique des citoyens/épargnants/salariés/électeurs, pas des banques centrales.

  • L’assurance vieillesse mise en place en 1945

    Mise en place en mars 1941 par le cegetiste qui rédigea le statut des Juifs au sein de l’état français. Chut, faut pas le répéter.

  • si on battait monnaie les dévaluations annuelles verraient fondre les retraites plus vite que la banquise

  • L’idéal est de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.
    Ce qui est sûr, c’est que le tout Etat et le tout répartition est la plus mauvaise idée…

    • Pour les paniers:
      – celui de l’obligataire/fonds en euros : taux négatifs…rendement en chute, même si encore en positif
      – bourse: bulle en cours…
      – immobilier : en dehors de son domicile familial : bulle en cours…(et nous ne sommes pas à l’abris d’une loi de type « 1949 » de blocage complet des loyers). D’autre part si tout s’effondre et que plus personne ne paye son loyer faute d’en avoir les moyens et que l’on expulse alors plus personne…comment vivre grâce aux loyers …
      Ne pas oublier que nos crânes d’oeufs actuels (en citant les élucubrations du Think tank Socialiste Terra Nova) parlaient même de faire payer un impôt en lieu et place du loyer de son propre logement.

      Tout cela ressemble de plus en plus à l’enfer…

      Placements à l’étranger : pas aisé et risque des taux de change. (Charles Gave parle de placements adossés sur les marchés Asiatiques)

      La raison voudrait de mixer répartition et capitalisation mais les deux restent fragiles en ces temps incertains. Le régime Suisse « souffre » actuellement (lu en commentaire d’un autre article).

  • la répartition c’est comme la définition de l’Etat par Bastiat : chacun espère pourvoir la prendre au dépens des autres.

  • « si le gouvernement créait des emplois ». Non, non et non! Ce sont les entreprises qui créent des emplois, pas nos saltimbanques. La bonne formulation est: « si le gouvernement se limite aux fonctions régaliennes et laisse les entreprises créer autant qu’elles le peuvent SANS entrave étatique, ni impôts de production (ceux qu’on paie avant d’avoir gagné le moindre euro).

  • L’erreur originelle de la repartition est d’avoir considere celle ci comme un sytem perenne alors qu’elle devait etre provisoire le temps d’accumuler du capital pour distribuer une rente par les dividendes….et la reforme actuelle ne change rien donc elle n’est pas une reforme mais la continuation d’un syteme destine a mourir en ruinant les retraités progressivement….ce que tout le monde a compris …….

    • Reactitude,
      Arrêtez de rêver en espérant l’avènement d’un système par capitalisation qui ferait que les capitaux dégagés par le paiement des cotisations au cours d’une vie professionnelle permettraient de générer des dividendes une fois arrivé l’age de la retraite.
      Ceux qui crient au scandale à l’occasion des distributions de dividendes sont des citoyens salariés qui font tout pour que ces mêmes dividendes soient épongés par la fiscalité actuelle et à venir.
      Alors, voulez vous que ceux qui font la promotion de la taxation croissante et à outrance des revenus du capital, puissent avoir confiance dans cette même distribution de dividendes pour assurer le paiement des arrérages de leurs retraites..
      Ayez conscience du fait qu’il existe, quand même, une cohérence dans le degré abyssal de la connerie des français!…

      • Il y a surement une explication a ce phenomene etrange qui consiste a faire des retraites les plus miserabes possible ainsi que des salaries a la limite de la pauvrete, certains en profitent certainement , les politiques ?

  • Les commentaires sont fermés.

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