La nouvelle guerre froide contre le radicalisme islamiste ne doit pas sacrifier la liberté

Que l’État assure la sécurité de ces citoyens, garantisse la liberté d’expression de tous et cesse de subventionner les islamistes, il aura fait sa partie essentielle dans ce combat.

Par Daniel Tourre. 

Après des décennies de complaisance et de clientélisme électoral, une partie de la classe politique se réveille en sursaut : une idéologie politico-religieuse profondément anti-libérale et anti-démocratique s’est implantée en France. L’islamisme fait désormais partie du paysage et commence à modeler en profondeur le tissu associatif et bientôt politique de certaines municipalités.

C’est naturellement préoccupant. Les Frères musulmans, par exemple, ne cachent pas leur vision théocratique de la politique et constituent à ce titre des adversaires déterminés de l’ordre libéral. Mohamed Louizi témoigne dans son livre Pourquoi j’ai quitté les frères musulmans et s’explique dans une interview sur Atlantico :

« Dans tous les pays où se trouvent des Frères musulmans, en Orient comme en Occident, le projet islamiste est le même depuis la création de la mouvance par Hassan Al-Banna en 1928. Il s’agit, ni plus ni moins, de rétablir le califat islamique aux frontières historiques, y compris là où l’islam avait une présence en Europe. Ce projet politique a un nom : le projet Tamkine. C’est un plan stratégique visant à atteindre à terme le sommet du pouvoir politique pour que l’islam, tel qu’il est compris par les Frères musulmans et leurs idéologues, domine totalement l’État et la société et impose sa loi religieuse totalitaire, rétrograde et liberticide. »

Cette présence, minoritaire mais loin d’être anecdotique, du salafisme ou des Frères musulmans sur le sol français est sans nul doute l’annonce d’antagonismes politiques âpres dans les prochaines décennies au sein de la société. Elle va nécessiter une attention et une détermination sans faille des amis de la liberté.

Mais face à ces menaces réelles, il va falloir aussi faire attention aux réactions liberticides ou anti-démocratiques d’une partie de la classe politique française. Dans la grande tradition du dirigisme autoritaire à la française, nous passons directement en quelques mois de la case subvention aveugle à la case interdiction, les deux seuls modes d’action que semble parfois pouvoir concevoir la classe politique française face à pratiquement n’importe quel phénomène qu’il soit social ou économique.

Ainsi de Valérie Pécresse à Xavier Bertrand, en passant par Bruno Retailleau, une petite musique anti-démocratique s’est fait entendre au centre droit  :

« Les listes communautaristes (entendre islamistes) doivent être interdites aux prochaines élections. »

L’administration pourrait ainsi interdire aux élections certains partis ou listes sur des critères aussi flous et arbitraires que la radicalité ou le communautarisme. On imagine sans difficulté la dose d’arbitraire administratif nécessaire pour appliquer une telle mesure, sans compter ses multiples contournements possibles et les contre-réactions toutes aussi dangereuses.

Au Rassemblement National, c’est un air anti-liberté de conscience et d’expression qui se fait entendre. Le fameux voile devrait être interdit dans tout l’espace public. Ici aussi on imagine la dose d’arbitraire administratif nécessaire pour appliquer une telle mesure liberticide, sans compter ses multiples contournements possibles et les contre-réactions.

Et cette légèreté liberticide qui est déjà regrettable pour régler un problème économique peut devenir explosive pour un phénomène politico-religieux comme l’islamisme. Car la démocratie comme le libéralisme sont justement des doctrines permettant de faire cohabiter des individus aux objectifs collectifs ou individuels différents tout en permettant l’obéissance de la loi et limitant la violence politique autant que possible. Ce n’est pas au moment où une force aussi dangereuse qu’une identité politico-religieuse refait son apparition en France qu’il faut désactiver ces outils justement indispensables à la paix civile.

La France a pu traverser toute la guerre froide face à la puissance totalitaire soviétique, avec 25% d’électeurs communistes, L’Humanité chaque matin dans les kiosques et une cohorte considérable de journalistes, intellectuels imbéciles, lâches ou salauds savonnant la planche de la démocratie libérale, par aveuglement, cynisme ou conviction. Elle l’a traversé sans jamais interdire les communistes aux élections, sans jamais interdire aux communistes de s’exprimer. Elle l’a traversé au final, justement sans guerre civile. La démocratie libérale, toujours hésitante, maladive, torturée, laissant ses pires ennemis s’exprimer, l’a emporté sur le monstre froid totalitaire qu’était le communisme et sa déclinaison soviétique.

Les différentes pistes pour limiter l’expression des islamistes ou pour empêcher leur positionnement aux élections ne sont pas seulement des atteintes aux droits civiques ou démocratiques qui sont aussi les nôtres, mais ces pistes conduisent à une victimisation qui empêche justement de les affronter à visage découvert, de les laisser exposer leurs thèses, de connaître leurs alliés honteux ou cachés. Sans la présence d’un adversaire visible une lutte politique ressemble vite à un combat surjoué d’un affabulateur contre un fantôme.

Quant au voile, il est un symbole, une expression au contenu ambigu de la piété religieuse à l’affirmation politique ou identitaire, mais c’est une expression publique légitime dans une démocratie libérale. Et bien sûr, comme toute expression publique, elle peut être en retour questionnée, critiquée ou condamnée publiquement.

L’islamisme est une réalité dangereuse pour la liberté et la paix, en France comme d’ailleurs dans de nombreux autres pays. Mais on ne pourra pas faire disparaître les islamistes d’un claquement de doigt légal, quand bien même cette réalité nous apparaît comme une excentricité exotique illégitime en France. Bien avant d’imaginer des mesures arbitraires liberticides ou anti-démocratiques, il s’agit de sortir de la complaisance, du « circulez, il n’y a rien à voir » confortable ou de la résignation face à l’intimidation gauchiste. Un combat culturel et politique doit être mené, il est d’ailleurs déjà en cours, en particulier par des citoyens français de culture musulmane. Que l’État assure la sécurité de ces citoyens, garantisse la liberté d’expression de tous et cesse de subventionner les islamistes, il aura fait sa partie essentielle dans ce combat.

« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. » est le slogan d’un des pires ennemis de la liberté de l’époque moderne : Saint-Just en 1793. Ce n’est pas par hasard. Sur ce sujet, comme sur d’autres, on peut lui préférer l’injonction de Victor Hugo :  « Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste. »

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