Tourisme : bienvenue en Arabie saoudite… mais pas à Paris !

Les élus parisiens n’aiment pas le tourisme en Arabie saoudite. Mais ils ne l’aiment pas non plus à Paris.

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Tourisme : bienvenue en Arabie saoudite… mais pas à Paris !

Publié le 21 octobre 2019
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Par Patrick Coquart.

L’invitation a de quoi surprendre. Laquelle ? Celle consistant à visiter le royaume wahhabite. Des publicités vantant la vallée d’Alula dans laquelle les temples nabatéens sont, paraît-il, splendides, ou mettant en valeur les eaux cristallines de la mer Rouge se sont affichées ces jours derniers dans la presse, dans le métro parisien et sur les panneaux des grandes agglomérations.

Des visas de tourisme pour l’Arabie Saoudite

L’Arabie saoudite n’était jusqu’à présent pas réputée pour son ouverture. D’ailleurs, les publicités encouragent les lecteurs à en être les premiers touristes. Le pays n’accordait jusqu’à présent que des visas aux pèlerins musulmans, aux expatriés et, depuis récemment, aux spectateurs de rencontres sportives ou d’évènements culturels. Désormais, il délivrera aussi des visas de tourisme.

On ne peut que se réjouir qu’un pays aussi fermé s’ouvre au tourisme. C’est presque une révolution. En tout cas, c’est une réforme de plus à mettre au crédit de Mohammed ben Salmane (MBS).

Le prince héritier a multiplié les actes réformateurs depuis qu’il s’est emparé du pouvoir. Citons le droit de conduire octroyé aux femmes, l’allégement du « tutorat » qui permet aux Saoudiennes majeures d’obtenir un passeport et de voyager à l’étranger sans l’accord préalable de leur « tuteur » (mari, père, fils…). Les Saoudiennes peuvent aussi accéder aux métiers de la police, ou créer une entreprise. Elles peuvent se rendre dans les stades (certes, dans des tribunes séparées des hommes). Maria Carey a même pu se donner en spectacle dans le pays le 31 janvier dernier.

Bien sûr, tout n’est pas parfait aux pays des Saoud. Si le système du « tutorat » est allégé, il ne disparaît pas. La charia est toujours la loi du pays. Et on n’oublie pas l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi en Turquie il y a un an. Ni la rétention contre son gré du Premier ministre libanais Hariri en 2017. Le régime reste une dictature. Les arrestations arbitraires ont toujours lieu. Et le pays multiplie les attaques larvées ou franchement guerrières contre ses voisins qatari, yéménite et iranien.

Les bien-pensants ont saisi l’occasion pour polémiquer

Sans oublier la face sombre de l’Arabie saoudite, on peut tout de même se réjouir que le pays s’ouvre davantage aux étrangers. En espérant que cet événement puisse contribuer à changer le régime.

Tout le monde n’est pas cet avis. Une association d’étudiants de Sciences Po a lancé la polémique à la suite de l’apparition d’une immense bâche publicitaire sur un immeuble en travaux du 9ème arrondissement parisien. Les jeunes, forcément bien-pensants, ont interpellé Anne Hidalgo sur twitter en demandant « une explication sur cette promotion gigantesque […] qui semble avoir oublié de mentionner ses décapitations d’opposants et lapidations de femmes ».

Le maire du 2ème arrondissement, Jacques Boutault (EELV), a apporté son soutien aux étudiants en twittant : « La pub, vraiment, ça pue. Cette promotion d’une monarchie totalitaire est inique et… interdite car une bâche n’est autorisée […] que si elle posée sur un bâtiment inscrit au patrimoine ». Et Danielle Simonnet, élue de la France insoumise, a ajouté son grain de sel sur le même réseau social : « Un pays qui lapide les femmes, décapite ses opposants, meurtrier au Yémen, l’Arabie Saoudite, peut faire sa pub en immense au cœur de Paris mais les féministes qui dénoncent les féminicides sur les murs des quartiers elles, prennent des amendes ? ».

Sans doute aurait-il fallu imiter Transport for London (TfL), le gestionnaire du métro londonien, qui refuse depuis mai 2019, sous l’impulsion d’une élue locale soutenue par le maire Sadiq Khan, les publicités émanant de pays homophobes. Onze États sont donc interdits de Tube : Afghanistan, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Pakistan, Qatar, Somalie, Soudan, Yémen.

La polémique était facile. Nous préférons, comme nous l’avons déjà écrit, souligner une ouverture qui ne pourra pas être néfaste aux Saoudiens.

Pendant ce temps-là, les élus parisiens veulent diminuer le nombre de touristes

Les élus parisiens n’aiment pas le tourisme en Arabie saoudite. Mais ils ne l’aiment pas non plus à Paris.

La mairie n’a-t-elle pas organisé, au mois de juillet, un colloque intitulé « Y a-t-il trop de touristes à Paris ? ». Emmanuel Grégoire, adjoint au maire, explique que la ville veut bannir les bus touristiques du centre de Paris. Il ajoute : « Les touristes, comme tout le monde, devraient passer aux transports publics ou aux moyens de transport respectueux de l’environnement, tels que le vélo ».

Une proposition que reprend Gaspard Gantzer, candidat à la mairie de Paris, et qu’il agrémente d’une réduction à 30 du nombre de nuitées Airbnb autorisées par an et par logement (aujourd’hui 120).

Avec 50 millions de visiteurs dans la capitale et sa région en 2018, on aurait atteint les limites si l’on en croit les élus parisiens. D’ailleurs toutes les grandes villes touristiques – Barcelone, Venise, Madrid, Londres, Amsterdam… – se plaignent de l’afflux de visiteurs et envisagent des quotas, des taxes, des fermetures de plages, des déviations pour les paquebots de croisière, etc.

Le touriste, voilà désormais l’ennemi. On peut d’ailleurs se demander si la mairie de Paris ne fait pas tout pour décourager les visiteurs étrangers à séjourner dans la capitale. La ville est, en effet, régulièrement pointée du doigt pour son insécurité, sa saleté, ses embouteillages, l’anarchie sur les trottoirs, les vendeurs à la sauvette sur tous les lieux touristiques…

La France, un géant touristique aux pieds d’argile

Plutôt que de vilipender les visiteurs étrangers, ne devrait-on pas se mettre en quatre pour les accueillir en invités ?

La France se targue d’être la première destination touristique mondiale. En 2018, le pays a reçu plus de 89 millions de touristes (+ 3 % par rapport à 2017). Si l’on se fie aux chiffres fournis par le ministère des Affaires étrangères (qui en a la responsabilité), le secteur représente 7,2 % du PIB, 56,2 milliards d’euros de recettes (+ 5 %), et deux millions d’emplois directs et indirects.

Mais ces chiffres impressionnants cachent une réalité moins rose. Comme l’indiquent les députés Marguerite Deprez-Audebert et Didier Martin dans un rapport d’information, présenté le 24 juillet 2019, « les bons résultats français en matière de tourisme doivent toutefois être nuancés. Les recettes sont largement en deçà de leur potentiel, la France perd globalement des parts de marché et souffre de difficultés structurelles qui nuisent au développement de l’économie touristique. »

Le rapport indique qu’en matière de recettes touristiques totales, la France ne se situe plus qu’à la troisième marche du podium, derrière les États-Unis et l’Espagne. Une moindre performance due au fait que les visiteurs ne dépensent, en moyenne, que 260 euros chacun, ce qui placerait la France en soixante-troisième position s’agissant des dépenses journalières des touristes étrangers sur le sol national.

Les députés citent également des chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme, selon laquelle la France, qui représentait 8 % du tourisme en 1978, n’en représenterait plus que 3,5 % aujourd’hui.

Dans un article de La Tribune en juin 2019, l’économiste Alexandre Milicourtois soutenait qu’en prenant en considération trois indicateurs – le nombre de touristes par habitant, la part des recettes touristiques dans le PIB et le chiffre d’affaires moyen par touristes – la France perd son leadership.

C’est alors le Portugal qui se hausse sur la première place du podium européen, devant la Croatie et l’Espagne, puis l’Autriche et la Grèce. « La France, dit Milicourtois, tombe de son piédestal et se retrouve en septième position et renvoie l’image d’un pays qui sous-exploite son potentiel touristique, tout comme l’Italie reléguée à la dixième place. Deux pays qui partagent pourtant l’un des plus beaux patrimoines culturels, mais qui vivent en bonne partie sur leurs acquis »1. Et le classement ne porte que sur l’Europe. S’il était mondial, la position française serait davantage encore dégradée.

Donnons deux exemples d’un pays qui vit sur ses acquis touristiques.

Premier exemple, le classement Airhelp des aéroports mondiaux. Les deux principales portes d’entrée en France que sont Roissy et Orly ne se positionnent qu’aux 121ème et 126ème places sur 132. Et que dire de la liaison ferroviaire CDG Express entre Paris et l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle reportée à fin 2025 au lieu d’être disponible dès les Jeux olympiques de 2024 comme prévu initialement ?

Deuxième exemple, la baisse du seuil de détaxe décidée par le gouvernement. Il devrait passer de 175 à 100 euros d’ici 2021. Cette mesure, selon Édouard Philippe, devrait stimuler la consommation des touristes extra-européens. Mais elle ne devrait pas suffire à éviter que les visiteurs étrangers se plaignent du rapport qualité-prix français. En effet, comment imaginer que la compétitivité française s’améliore sans la réduction des dépenses publiques et des impôts dont les taux élevés renchérissent les prestations touristiques françaises ?

Alors si l’ouverture au tourisme de l’Arabie saoudite est une mauvaise nouvelle, c’est surtout parce qu’elle annonce l’arrivée d’un nouveau concurrent. Et il n’est pas le seul, le Canada et le Royaume-Uni viennent tous deux de publier une stratégie en faveur du tourisme. De quoi faire un peu plus chuter la France dans les classements ?

  1. Alexandre Milicourtois, « Tourisme : quels sont les vrais pays performants ? », La Tribune, 20 juin 2019.
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  • Le problème se reglera tout seul quand Sainte Greta et son armée de zélote Kmher Verts fera interdire l’avion et fermer les aéroports.

    Au 12eme siècle (mode de vie de référence des fous verts), il n’y avait de tourisme et tout le monde s’en portait très bien….

    • En fait, il y a quand même eu quelques (3) mouvements touristiques vers la Terre Sainte au 12ème siècle.

      On en a ramené quelques colifichets enchâssés dans des coffrets précieux autour desquels on a construit ces cathédrales qui font le tourisme d’aujourd’hui…

    • la référence des fous verts est sans doute plutôt 1940-1944 : période où la France a testé en vraie grandeur la décroissance.

  • Ce n’est pas le nombre de touristes qui compte, mais leurs dépenses. Il faut leur faire payer une taxe, vous aurons ainsi les plus riches sans les inconvénients du nombre.

    • euh, regardez mieux dans votre navigateur, vous êtes sur Contrepoints ici…

    • les plus riches ne viennent pas dans un pays sale, aux services médiocres, qui est incapable de garantir la sécurité…

    • Mais oui. Voire les rats à Paris, c’est une attraction irrésistible, qui va attirer les millionnaires 😉

    • – TVA (la « détaxe » n’est qu’un remboursement partiel sur un nombre limité d’achats, avec une bonne dose de paperasse comme notre très très chère administration en a le secret, et un taux de remise inférieure si on choisit un remboursement immédiat (en liquide) par opposition à un remboursement différé (sur compte bancaire)).
      – taxe de séjour dans les hôtels
      – diverses taxes d’aéroport (non, ce ne sont pas les compagnies qui les paient, elles le prennent sur le prix des billets qu’elles vendent)

      Vous n’avez pas l’impression qu’ils en paient déjà pas mal, des taxes, les touristes ?

  • L’adjoint au Maire estime que les touristes devraient prendre les transports en commun et le vélo. On voit déjà beaucoup de touristes dans le métro mais il est évident qu’après avoir marché de longues heures dans Paris et fait la queue partout (car c’est évidemment le bazar à l’entrée des musées), c’est un mode de transport réservé aux personnes en très bonne santé puisqu’il faut souvent voyager debout et serrés les uns contre les autres. Beaucoup d’entre eux sont logés en banlieue (et ce sont souvent eux qui arrivent en bus), et là, il faut composer avec les grèves, la délinquance etc (j’ai personnellement assisté deux fois à à des vols de sacs de touristes dans le RER). Chaque fois que je prends le RER B à Roissy, je fais le guide pour expliquer aux touristes que l’un des RER est direct, que l’autre s’arrête dans toutes les villes de banlieue, que Paris Nord ça veut dire « gare du Nord » etc. Aucune explication en Anglais, aucun agent sur le quai et on voudrait que les touristes débarquant du bout du monde empruntent le RER pour rejoindre la capitale. Quant au vélo ! Monsieur l’adjoint au Maire devrait venir voir la sortie des Galeries Lafayette et imaginer ces hordes de Chinois chargés de sacs Chanel (heureusement qu’ils sont là pour les acheter), transporter leur chargement sur leur bicyclette au milieu du carrefour de l’Opéra et des avenues parisiennes, tout ça sous la pluie et le froid (car c’est quand même l’hiver 10 mois par an à Paris). Je ne parle même pas d’admirer la capitale tout en se concentrant sur sa conduite dans une ville inconnue. Bref, il nous reste un trésor, les étrangers qui visitent et font leurs courses à Paris, et bien évidemment, l’Etat fait tout pour qu’ils aillent ailleurs.

    • Est-ce que l’adjoint au Maire fait du vélo quand il est touriste ailleurs, ça nous ne le saurons jamais…

    • Prendre le vélo à 70 ans à paris ❓ Cela tient de la mission suicide … ❗
      Autant se faire euthanasier d’abord, ce sera moins douloureux…
      Quant à celui qui a un problème de hanche ou autre, eh bien, tant pis pour lui.
      Il n’aura qu’à aller à Londres…

      Quand je dis que les écologistes sont des eugénistes qui parfois s’ignorent…

  • On est bien dans la veine du parisien bobo-écolo qui veut tous les avantages de la ville sans aucun de ses inconvénients. Mais dans le « même temps » il n’hésite pas à être un touriste exigeant chez les autres et ne rechigne pas aux transports carbonés qu’il abhorre sur son territoire. Ou comment l’Etat parisien fabrique un citoyen enf

  • La mère de Paris s’est battue comme une chiffonnière pour avoir les JO en 2024, mais elle voudrait limiter le nombre de touristes à Paris… Ces gens sont fous. Les mêmes qui s’offusquent de bâtiments bâchés ne le sont pas quand ce sont des femmes qui le sont, bâchées. Ce pays est …

    • Ce qui caractérise la gauche est justement son hypocrisie révélée par son incohérence extrême, due à son immense bêtise, et son égoïsme forcené.

    • Oui, mais ces gens ne sont pas fous, ils sont pervers….
      Le socialisme c’est un cancer de la pensée, une maladie de l’esprit, le socialisme c’est le mal absolu…

  • Et le pélerinage à la Mecque ????

  • Pas de polémique concernant l’Arabie Saoudite? C’est l’ouverture qui compte !! Avec (MBS)
    Je vous invite à lire le livre d’alexandre Del valle …extrait de son livre : les vrais ennemis de l’occident. J’ajoute qu’il y en a autant pour le Qatar, le Koweit etc

    « L’inconséquence des dirigeants occidentaux vis-à-vis de la menace saoudienne wahhabite
    Lorsque Salman ibn Abd el-Aziz accéda au trône d’Arabie saoudite, fin janvier 2014, tout le gratin de l’establishment politique occidental – à commencer par le président Barack Obama (qui écourta pour cela sa visite en Inde afin de pouvoir saluer le nouveau roi), ou François Hollande, qui mise beaucoup sur Riyad en termes stratégiques et géoéconomiques, ou encore le prince Charles – accourut pour venir féliciter le nouveau monarque présenté comme « modéré ». Les responsables américains exprimèrent alors leur « confiance » envers le roi Salman et son pays, dont ils savent pertinemment le double jeu, mais dont ils convoitent le marché, les pétrodollars et où le coût d’extraction et de raffinage des hydrocarbures y demeure le plus rentable pour les compagnies pétrolières occidentales.
    Toutefois, en vantant les mérites d’une dynastie saoudienne qui prétend depuis le 11 septembre 2001 être « déterminée » à combattre le fanatisme et le terrorisme islamiste, la presse occidentale occulta au public le pedigrée contradictoire du roi Salman, qui, comme tous les détenteurs de portefeuilles régaliens du pays, a une longue histoire de flirt avec les djihadistes.
    Comme l’a confirmé le terroriste d’Al-Qaïda Zacarias Moussaoui53 dans le cadre du procès intenté contre l’Arabie saoudite par des parents de citoyens américains tués le 11 septembre 2001, on sait qu’aux côtés du prince Turki al-Fayçal et du prince Bandar, qui ont obtenu des financements importants pour Al-Qaïda dans les années 1990, l’actuel roi Salman, alors gouverneur de Riyad, a participé à l’aide financière et logistique aux groupes djihadistes salafistes depuis les années 1980, lorsque le Pakistan et les États-Unis coordonnaient avec l’Arabie saoudite l’approvisionnement en armes, la formation et le financement des moudjahidine d’Afghanistan face à l’Union soviétique. Salman géra notamment l’aide aux djihadistes de Bosnie, du Kosovo, de Tchétchénie et d’Afrique du Nord. Un ancien responsable de la CIA, Bruce Riedel, a ainsi rappelé que l’ex-prince Salman « a supervisé la collecte de fonds privés pour soutenir les moudjahidine afghans dans les années 1980. […]. Salman apportait 25 millions de dollars par mois aux moudjahidine54 ». Après la fin de la guerre froide, Salman réunit des fonds pour les combattants islamistes de Bosnie face aux Serbes. Riedel ajoute que cela lui valut d’être nommé en 1992, par l’ex-roi Fahd, responsable de la création du Haut-Commissariat saoudien pour l’aide à la Bosnie (SHC) qui distribua un milliard de dollars d’aides aux moudjahidine bosno-musulmans et kosovars anti-yougoslaves opposés au pouvoir serbo-communiste de Milosevic. Peu après les attentats du 11 septembre 2001, et deux ans après la guerre du Kosovo, les forces de l’OTAN trouvèrent dans les bureaux de SHC à Sarajevo des documents compromettants attestant de l’aide saoudienne aux djihadistes d’Al-Qaïda implantés en ex-Yougoslavie (Bosnie, Sandjak et Kosovo), dont des comptes-rendus de réunions avec Oussama Ben Laden lui-même. D’après les documents judiciaires déposés à New York pour les avocats des familles des victimes du 11-Septembre, le rôle de la SHC dans l’armement et la formation en Bosnie était « particulièrement important pour qu’Al-Qaïda acquière les capacités de frappe employées pour attaquer les États-Unis55 ». La SHC, dirigée alors par Salman, aurait ainsi contribué à financer « ces mêmes camps d’Al-Qaïda où les pirates de l’air des attaques du 11-Septembre ont reçu leur formation », et aurait également financé « des refuges et installations en Afghanistan d’où les hauts responsables d’Al-Qaïda – dont Oussama Ben Laden et Khalid Cheikh Mohammed – ont planifié les attentats56 ». Rappelons, par exemple, que deux des principaux pirates de l’air ayant participé aux attentats du 11-Septembre, Khalid al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi, avaient combattu en Bosnie et y avaient été formés avec des djihadistes d’Al-Qaïda au début des années 1990. Leur présence et leur armement furent alors encouragés par la CIA et le Pentagone dans le cadre de la violation de l’embargo sur les armes face aux Serbes. En 1996, au moment de la montée en puissance d’Al-Qaïda, un rapport de la CIA portant sur le financement du terrorisme par les « ONG d’Allah » conclut que « même des membres haut placés d’organismes de collecte ou de surveillance en Arabie saoudite, au Koweït et au Pakistan, comme le Haut-commissariat saoudien étaient impliqués dans le soutien aux terroristes57 ».

    • Le livre de del Valle date d’avant Trump, lequel a depuis qu’il est président mis fortement la pression sur les pays musulmans, en particulier à l’occasion du sommet de Riyad, en 2017.
      Bien des mesures de libéralisation du royaume saoudien partent de là, y compris un vrai rapprochement avec Israël, ce qui est inédit en 70 ans d’histoire de l’État hébreu et signe à l’évidence des changements plus profonds qu’on pourrait le croire.
      Évidemment, le royaume saoudien reste un régime dictatorial, mais de tels changements ne peuvent se faire en un mois, ni sans rencontrer de fortes oppositions en interne – d’où d’ailleurs la répression menée par MBS à l’encontre des durs du régime, comme contre ceux proches des Frères Musulmans.

      J’allais même écrire une critique de l’auteur du présent article quand il accuse l’AS d’ « attaques larvées ou franchement guerrières contre ses voisins qatari, yéménite et iranien », sans parler du caractère très agressif de l’Iran des mollahs (voir les menées de ce régime en Irak, en Syrie, au Liban qui est quasiment sous contrôle iranien via le Hezbollah, mais aussi au Yémen, en vue justement de déstabiliser l’ennemi héréditaire, l’Arabie saoudite ; ou encore ses menaces récurrentes de rayer de la carte la seule démocratie de la région, Israël), du mauvais coton filé par le Qatar – pourtant, ce ne sont pas les témoignages qui manquent sur le financement de l’islam conquérant par ce pays, la corruption qui y règne, etc.

      Sur le contexte régional, qu’on peut difficilement passer sous silence, un point de vue intéressant (écrit par un Égyptien) : https://www.dreuz.info/2019/10/21/la-doctrine-trump-ou-comment-y-voir-clair-par-helios-dalexandrie/

      Un autre paru sur Contrepoints il y a quelques jours : https://www.contrepoints.org/2019/10/19/356046-turquie-russie-retour-au-choc-des-empires

    • Bravo pour la complétude et les références +1

  • Vous avez oublié l’état des routes, ainsi en vacances dans les Alpes maritimes, j’ai été balloté par des ralentisseurs à une fréquence inouïe (ne respectant pas les normes !) ainsi qu’un état des routes déplorable entre Cannes et Menton, sans oublier les tarifs exorbitants des parkings 3.60 € /h . Politique d’expulsion des touristes avez-vous dit !

  • J’ai une proposition : on peut envoyer en « tourisme » nos chers « Français de papier » qui adore l’islam, et qui font tout comme en Arabie Saoudite ? Là bas, ils verraient la charia « en vrai », et ils seraient comme des coqs en pâte !!

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