Augmentation des dépenses de l’Élysée : le syndrome de l’aristocratie républicaine

Palais de l'Elysée-salle des fêtes by Nicolas Nova(CC BY-NC 2.0) — Nicolas Nova(, CC-BY

L’Élysée va (encore) voir son budget augmenter en 2020. Certes, l’augmentation est modeste. Mais est-elle utile ? Réponse ironique et grinçante.

Par Martin Giraud.

Or donc, nous apprenons, via un mince article paru dans ce qu’il reste de presse en France, coincé entre les derniers communiqués de presse du gouvernement et les derniers copier-coller de dépêches AFP – fautes d’orthographe comprises -, que l’Élysée va (encore) voir son budget augmenter en 2020.

Évidemment, s’agissant de 600 000 euros, on peut le dire tout de suite : ce n’est même pas l’équivalent d’une goutte de pluie dans l’océan Pacifique, si l’on se rapporte à la totalité des dépenses publiques françaises.

Et puis après des années de rigueur digne d’un intendant de l’armée prussienne, on a tout de même bien droit à un petit dépassement. Ce n’est pas comme si les années précédentes n’avaient pas été irréprochables, comme en 2018, par exemple.

Surtout qu’il s’agit de dépenses indispensables et en cohérence parfaite avec le Nouveau Monde, dont l’Élysée se fait un devoir d’être le porte-drapeau exemplaire. Jugez-en plutôt : ces 600 000 euros doivent servir entre autres, je cite, à « renouveler le parc automobile ».

Oui, vous avez bien lu, on parle bien de cette affreuse bagnole surtaxée, malussée et crit’airisée, qui tue les ours blancs et fait fondre la banquise, et que tous les Don Quichotte municipaux de France et de Navarre comptent bien bouter hors des centres-villes. Sauf bien entendu lorsqu’il s’agit du garage privé de l’Élysée et de ses 151 véhicules, qui a priori ne comptent pas déménager au-delà de l’A86, ni du huitième arrondissement.

C’est d’ailleurs cette même bagnole qui avait fait exploser le budget de 27 % en 2018, bagnole soit dit en passant parfaitement dans les « crit’air » administratifs du moment, avec pratiquement la moitié du parc en diesel et la grande majorité en bon vieux carburant fossile. Forcément, un Président tombant en rade au milieu de l’autoroute, ou bien obligé d’annuler son agenda pour cause de rechargement de batterie un peu longuet, ça ne fait pas très sérieux.

Telle la brioche de Marie-Antoinette (improprement attribuée à cette dernière, contrairement aux taxes et malus bien réels d’aujourd’hui), au bon peuple la trottinette, le vélib’ ou le métro 10 fois plus pollué que l’extérieur, aux grands commis de l’État les avancées somme toute bien pratiques apportées par MM. Henry Ford, Armand Peugeot ou André Citroën, pour n’en nommer que quelques-uns.

Il faut dire aussi que lorsque son Altesse républicaine daigne se déplacer à proximité (relative) de ses sujets, il faut au minimum une vingtaine de véhicules d’accompagnement pour la sécurité, en plus évidemment de transformer le centre du bled visité en no man’s land mieux contrôlé qu’une ville sous administration militaire en temps de guerre.

Quand on pense que ce dilettante de Général de Gaulle se déplaçait en DS standard (non blindée) avec seulement quatre gardes du corps, nous sommes rassurés d’avoir enfin un Président à la hauteur des enjeux, bien conscient des menaces pesant sur sa vie. Les Gilets Jaunes, c’est quand même un danger d’un autre calibre que l’OAS.

Alors forcément, tout cela, ça coûte.

Sachons donc être raisonnables et arrêtons de voir les choses par le petit bout de la lorgnette. On ne parle pas ici des notes de frais de Michel, représentant en aspirateurs. Il est clair qu’un budget conséquent est indispensable pour l’Élysée, afin qu’il puisse faire rayonner la magnificence française dans le monde entier.

Or, comment voulez-vous vous en sortir avec un chèque de moins de 100 millions ? Il suffit de voir par exemple la Chancellerie allemande (41 millions), la Maison Blanche (55 millions) ou le palais de Buckingham (31 millions), pour se convaincre du dénuement auquel des moyens plus modestes pourraient mener.

Imaginez un peu s’il fallait se rabaisser au niveau du président des États-Unis ou de la Reine d’Angleterre, dont chacune des apparitions fait peine à voir tant l’indigence des moyens à leur disposition est criante.

Le contribuable français a plutôt de quoi se réjouir : il finance un des chefs d’État les plus coûteux du monde, plus coûteux encore que celui de la première puissance mondiale, s’assurant ainsi un prestige sans égal dans le monde entier.

Grace à sa générosité, le contribuable français permet au chef de l’État d’être très efficacement assisté dans son quotidien par 822 salariés à temps plein, avec des salaires plafonnés à seulement 13 000 euros net/mois (preuve de bonne gestion des deniers publics) ; de manger dans une vaisselle impeccable payée au juste prix ; d’être aux petits soins pour sa femme ; de s’assurer que toute la famille est impeccablement coiffée, maquillée, décorée, sécurisée, logée confortablement dans 260 m2, et même photographiée.

Toute chose hors de portée des puissances secondaires, dont les dirigeants doivent se résigner à être moches, mal coiffés, mal nourris, mal logés, pris en photo avec un vieil iPhone 4 et en danger permanent de se faire assassiner.

Qu’on se le dise, à l’Élysée, on pense printemps tous les jours, et on le met en pratique. Il est tout de même étonnant que le bon peuple de France ne semble pas s’en réjouir et préfère se complaire dans une sinistrose bien déplacée face à tant de grandeur.

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