Plafonner les prix des médicaments entraîne la pénurie

One a day by Andy Melton(CC BY-SA 2.0) — Andy Melton, CC-BY

L’un des enseignements élémentaires de la science économique est que le plafonnement des prix provoque des pénuries.

Par Mathieu Bédard.

Les malades pourraient payer cher la réforme d’Ottawa – qui veut réduire jusqu’à 70 % le prix maximum auquel les nouveaux médicaments peuvent être vendus – en voyant leur accès aux nouveaux médicaments ralenti ou même compromis, montre une publication lancée aujourd’hui par l’IEDM.

Alors que les Canadiens ont toujours été parmi les premiers à avoir accès aux innovations pharmaceutiques, une forte baisse des prix maximum pourrait hausser les délais et les catapulter à la fin de la séquence de lancement.

« Les fabricants seront portés à lancer les médicaments en premier là où les prix sont plus élevés, afin de financer les importants coûts de recherche et de recouper leurs investissements. En revanche, ils retarderont les lancements là où les prix sont faibles. Ce phénomène a été documenté entre autres en Belgique, où les médicaments sont souvent lancés tardivement, puisque les prix y sont moins élevés », explique Mathieu Bédard, auteur de la publication.

Au Canada, le prix auquel les médicaments peuvent être vendus est fixé par le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB), un organisme fédéral qui tient compte des prix en vigueur dans une liste de pays choisis.

Le gouvernement fédéral a proposé en 2016 une réforme du CEPMB qui vise à changer la liste de pays pour la faire passer de sept à douze. On enlèvera de la liste actuelle les États-Unis et la Suisse, où les prix des médicaments sont élevés (et où plus de médicaments sont accessibles), pour les remplacer par l’Australie, la Belgique, la Corée du Sud, l’Espagne, le Japon, la Norvège, et les Pays-Bas, où les prix sont généralement plus bas et où, en moyenne, moins de nouveaux médicaments sont lancés.

« De plus, la réforme qu’espère adopter Santé Canada ouvrirait la porte à des effets « boule de neige », par lesquels l’adoption d’un prix faible dans l’un des pays servant de référence pourrait entraîner une baisse de prix ici, ce qui ferait baisser les prix dans un autre pays où le Canada sert de référence, et ainsi de suite. Or, une chute soudaine des prix compromettrait l’accès aux médicaments. Cela a été le cas en Bulgarie, où le mécanisme de prix de référence a provoqué le retrait du marché de 200 produits en 2012 », souligne Mathieu Bédard.

« L’un des enseignements élémentaires de la science économique est que le plafonnement des prix provoque des pénuries. Les nouveaux médicaments contribuent de façon importante à l’allongement de longévité et à notre qualité de vie et le CEPMB ne devrait pas pouvoir retarder l’accès des Canadiens aux innovations pharmaceutiques, encore moins les en priver », conclut M. Bédard.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.