Banque centrale européenne : la tentation du Like

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
I like Facebook (Crédits : Charis Tsevis, licence CC BY-NC-ND 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Banque centrale européenne : la tentation du Like

Publié le 20 septembre 2019
- A +

Par Karl Eychenne.

Jusqu’où ira la BCE ? Encore de nouvelles mesures toujours plus extravagantes. Mais à trop vouloir plaire, elle se retrouve dans la peau de celui que tout le monde Like, et qui doit toujours oser davantage pour garder ses Followers. Un problème bien connu des réseaux sociaux, et qui les a récemment poussés à intervenir…

Si c’était ultra-accommodant avant, ce sera donc encore plus ultra-accommodant demain. Surenchère est bien devenu le mot le plus important du vocabulaire de la BCE :

  • 20 milliards d’achats d’actifs par mois, aussi longtemps que nécessaire
  • un taux de dépôt encore plus négatif à -0,5 %, aussi longtemps que nécessaire
  • ce même taux de dépôt modulé en fonction du profil de la banque qui « dépose » (tiering)
  • un TLTRO relooké afin de toujours mieux correspondre aux besoins du client
  • le tout justifié par un scénario économique bien plus pessimiste qu’auparavant

Un peu plus, un peu moins qu’attendu, finalement qu’importe. Ce qui saute aux yeux, c’est que la BCE doit toujours faire davantage pour plaire ; car faire la même chose serait déplaire. Cette fuite en avant pose deux questions majeures bien connues des réseaux sociaux :

  • jusqu’où la BCE doit-elle aller pour réveiller les foules, sans se mettre en risque ? Version internaute : comment garder un nombre de likes élevés de la part de ses followers ?
  • jusqu’où ces foules doivent-elles suivre la BCE sans plonger dans l’addiction ? Version internaute : comment maintenir l’attention des followers sans dégrader leur santé mentale ?

La BCE doit toujours oser davantage pour plaire

La concurrence est rude entre influenceurs, ces personnes ayant réussi à s’extirper de la masse des réseaux sociaux en produisant photos ou tweets sortant du lot.

D’ailleurs, une fois réussi le plus difficile commence : il faut durer. La tentation est alors de produire des tweets ou photos toujours plus accrocheurs, au risque de basculer dans le mensonge ou le morbide… Ainsi, le selfie tue aujourd’hui cinq fois plus que le requin, et le tweet ment  infiniment plus que le journal du coin.

La BCE elle aussi doit prendre soin de ses followers. Elle doit faire en sorte de produire régulièrement des mesures ou commentaires suscitant l’attention puis l’adhésion des agents économiques.

En poussant l’analogie, on pourrait alors imaginer que l’efficacité de la politique monétaire se juge à l’aune du nombre de likes des investisseurs. Ces likes sont les baisses de taux d’intérêt : si les taux baissent beaucoup à l’annonce des mesures accommodantes de la BCE, cela doit signifier que les investisseurs apprécient la nouvelle, donc que le nombre de likes est important. Sinon, il faut faire encore plus accommodant.

Mais alors, nous avons un problème. Depuis quelques mois maintenant, les annonces de la BCE sont toujours plus extravagantes, mais semblent de moins en moins influentes. La journée d’hier en est un parfait exemple :

  • suite à l’annonce de la BCE, les investisseurs ont d’abord semblé comblés, rachetant des emprunts d’État qu’ils avaient quelque peu délaissé depuis quelques jours : les taux d’intérêt baissèrent alors fortement, l’euro se déprécia contre dollar, et les marchés d’actions s’apprécièrent. Bref, l’effet attendu par la BCE semblait réalisé.
  • puis la journée avançant, les investisseurs ont finalement décidé que cela n’était peut-être pas une bonne idée : les taux d’intérêt sont alors remontés, terminant même la séance plus haut (sauf l’Italie).

Certes, les investisseurs ont peut-être au moins deux excuses : une intervention de Mario Draghi jugée moins emballante ; l’annonce d’un report probable des hausses de tarifs des États-Unis envers la Chine, détournant l’attention des investisseurs.

Ainsi, les mesures toujours plus extravagantes de la BCE ne suffisent pas ou plus. La BCE va-t-elle succomber à la tentation du like ? Celle d’en faire toujours davantage au risque de se mettre en difficulté ?

C’est en tout cas ce que semblent penser en son sein quelques voix dissidentes plus nombreuses, dont la discordance sonne comme un « trop c’est trop ». D’après eux, la BCE aurait fait bien plus que ce qu’on lui demandait, place aux gouvernements de prendre leurs responsabilités.

Christine Lagarde parviendra-t-elle en terrain hostile le 1er novembre en succédant à Mario Draghi ? Tout récemment, elle a fait passer le message que la politique actuelle de la BCE était bien celle qu’il fallait suivre. À suivre alors.

Et puis de toute façon, la BCE a-t-elle le choix ? « Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer » (W. Churchill). D’aucuns répondront alors que ce n’est pas en marchant plus vite que l’on va davantage dans la bonne direction.

Jusqu’où l’économie et les marchés suivront-ils la BCE ?

Au départ, cela semble relativement anodin : « si j’aime, je le dis ».

Ainsi naquit le like sur la plupart des réseaux sociaux, où le follower adoube l’influenceur. Mais la subtilité fait toute la différence : tout le monde voit les likes, et là commence l’effet taille du réseau.

Un message contenant un nombre de likes importants a deux effets sur le lecteur :

  • il l’incite à accorder une certaine valeur à l’expéditeur du message, peut-être au détriment de la qualité, la véracité, voire le seul contenu du message en question
  • il l’incite à accorder une moindre valeur à ses propres messages, puisqu’il n’est pas capable de générer autant de likes que la personne qui a envoyé le message

Avec la force du temps, la santé mentale de celui qui n’est devenu qu’un follower serait alors menacée. D’ailleurs, les likes ne seraient même plus responsables de son malheur, puisqu’il s’agirait alors davantage du nombre d’heures passées à seulement faire défiler l’écran : des notions bien connues des réseaux sociaux telles que la confiscation de l’attention ; mais avec quelques externalités négatives telles que l’addiction au flux d’informations, et infine le risque d’un petit désordre mental. Un sujet très à la mode.

Et dans le cas de notre BCE cela donnerait quoi ? En caricaturant à l’extrême, les investisseurs seraient des followers de la BCE, devenus addicts des communiqués, et exigeant désormais un flux quasi-continu de messages accommodants, extravagants, etc.

En ont-ils vraiment besoin ? On aborde alors le cœur du problème : on ne sait toujours pas à l’heure d’aujourd’hui si toutes ces mesures sont vraiment nécessaires et efficaces ; d’ailleurs on ne le saura jamais puisqu’il faudrait imaginer un monde parallèle où la BCE n’ait pas accompli tout ce qu’elle a fait.

Qu’importe. Le fait est que les investisseurs exigent que leur bol de croquettes ne soit jamais vide, qu’il soit régulièrement remplacé par un bol plus gros encore, avec des croquettes de meilleures qualités, puisqu’apparemment ils ont très faim, même si on ne sait pas vraiment s’ils en ont vraiment besoin. Il paraîtrait que les investisseurs ne sont pas les seuls à souffrir de ce dérèglement du cerveau…

Une solution radicale ?

Que faire ? Il semblerait que les réseaux sociaux aient trouvé la parade : interdire aux participants de voir le nombre likes des personnes qu’ils suivent. D’ailleurs, ces méthodes ont déjà été plus ou moins mises en place dans certains pays. Tout récemment, le géant Facebook envisageait d’ailleurs sérieusement de passer à l’offensive.

Ainsi, les internautes ne subiraient plus de pression néfaste. Toutefois, la méthode n’est pas si radicale que cela puisque celui qui envoie le message conserverait lui la possibilité de voir le nombre de likes qu’il génère.

Dans notre cas cela donnerait quoi ? Une situation improbable où l’on interdirait aux investisseurs de voir la réaction du marché, et de seulement agir selon leur propre lecture du message de la BCE : impossible a priori. D’un autre côté, la BCE garderait la possibilité de voir la réaction du marché, ce qui donc ne changerait rien pour elle, et l’exposerait donc toujours au risque d’en faire trop.

Voir les commentaires (6)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • au risque de basculer dans le mensonge ou le morbide…

    Que Lagarde s’en garde 😉
    Du haut de building à Frankfort, elle pourrait chuter de 200 m en faisant son selfie.
    Le problème est qu’il pourrait y avoir des victimes collatérales.
    Attention aux pas trop grands… ou au pas de trop.

  • Ce serait bien que la BCE se contente d’assurer la liquidité du système bancaire et qu’elle laisse au marché le soin de trouver le niveau des taux d’intérêt, comme n’importe quel prix. C’est sans doute trop demander aux élites financières qui veulent toujours se substituer au marché.

    • Ce serait la moins pire des situations. Mais parce qu’elle a trop injecté d’argent, la BCE est incapable de distinguer entre liquidité et solvabilité. C’est bien pourquoi la défiance règne sur le marché interbancaire.

      L’idéal serait l’absence de BCE, ou plusieurs BCE en concurrence, ce qui revient au même.

  • 20 milliards d’achats d’actifs supplémentaires par mois, auxquels s’ajoutent 20 milliards supplémentaires pour compenser les taux négatifs déflationnistes, auxquels s’ajoutent 20 autres milliards pour renouveler les titres arrivant à échéance, montant qui progressera encore plus, jusqu’à la maturité moyenne des titres achetés.

    Le QE global réel représente donc au minimum 60 milliards par mois, 720 milliards par an, sans compter les TLTRO et autres joyeusetés plus ponctuelles. Au total, ce sont plus ou moins 1000 milliards par an qui sont actuellement injectés par la BCE. Par comparaison, la croissance en valeur de la zone représente 320 milliards par an, y compris l’inflation des biens de consommation. Hors inflation, c’est encore pire. C’est dire l’ampleur de l’échec de cette politique monétaire insane, échec d’ores et déjà acté.

    Au rythme actuel de dilution de la valeur de l’euro, il faudra moins d’une génération pour que cette monnaie perde l’essentiel de sa valeur. Gageons que les Allemands auront quitté l’euro bien avant, suivis par les autres pays bien gérés, pour trouver refuge dans une monnaie stable, pour ne pas dire forte, fondation d’une croissance saine, solide et régulière. Quant à la France, si rien ne change, la dette publique représentera entre deux et trois fois son PIB d’ici deux décennies.

    Le prochain départ de SuperMariole est un bienfait pour l’Europe. Avec ses complices, il aura démontré la capacité de nuisance d’une BC. Autant de pouvoir concentrés en si peu de mains, de surcroît incompétentes par destination, conduit inéluctablement à la catastrophe.

    A Lagarde désormais de faire mentir les sombres pronostics la concernant. Allez Titine ! Il va lui falloir du courage pour inverser cette politique monétaire désastreuse, contraindre les Etats mal gérés à se réformer ou à sortir, crever rapidement les bulles astronomiques des marchés drogués à l’argent gratuit, rebâtir un euro assaini indispensable à la construction d’un avenir prospère pour tous les Européens.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Matt Hampton. Un article de la Foundation for Economic Education

 

Depuis des années, certaines personnes qui s'opposent à la censure sur les médias sociaux affirment que c'est à l'État d'y mettre fin. D'autres ont fait valoir que le marché libre est une meilleure solution que l'État, malgré le problème posé par des entreprises qui déforment le discours public.

La semaine dernière, l'achat de Twitter par le PDG de Tesla, Elon Musk, est l'exemple parfait pour illustrer que des acteurs privés peuvent apporter des c... Poursuivre la lecture

"Mon premier souhait est de voir ce fléau de l'humanité banni de la Terre".

George Washington écrit cela à propos de la guerre dans une lettre de 1785, et malheureusement, plus de 200 ans plus tard, ce souhait que tant de personnes ont ardemment formulé ne s'est toujours pas réalisé.

La guerre est un événement épouvantable, banal et horrible. Cette réalité est si traumatisante et inhumaine que l'on a du mal à croire que des hommes et des femmes continuent à s'engager pour y participer.

Mais, comme l'a récemment dit Ron Pa... Poursuivre la lecture

Lorsqu’on pose la question, la réponse semble évidente : le dirigeant définit la vision et celle-ci est ensuite mise en œuvre par l’organisation. Le problème est que derrière la logique apparente se cache un modèle mental aux conséquences catastrophiques.

« Le Président fixe le cap et déploie sa vision avec volontarisme et énergie. Je suis là pour rendre possible ce qui est souhaitable : ce n’est pas à lui de s’occuper de la tuyauterie »

C’est ainsi qu’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, définissait son rôle dans un e... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles