Nos cafés campagnards disparaissent ? Vite, aidons-les !

Par h16.

Triste constat : les campagnes françaises se vident. En plus d’une population diminuant d’année en année, les petits villages perdent progressivement leur attractivité à mesure que leurs commerces ferment, à commencer par le plus central et le plus important d’entre eux : le café, celui sur la place de la mairie, pas loin de l’église… Mais grâce à l’initiative d’une association, la donne va peut-être enfin changer.

C’est par quelques articles de presse qu’on découvre l’idée du groupe associatif d’économie sociale et solidaire « SOS » dont le projet, lancé jeudi dernier, vise à l’ouverture (ou empêcher la fermeture) de mille cafés dans les communes rurales de moins de 3500 habitants.

En substance, le groupe associatif qui a tout de même reçu le soutien du gouvernement via l’Agenda Rural (fortiche, non ?) va tenter de revitaliser les campagnes avec cette initiative et grâce aux quelques fonds qu’ils ont réussi à rassembler. Entre 150 et 200 millions d’euros.

Ah oui, tout de même, avec 200 millions d’euros, on peut en faire des choses, et notamment tenter de revitaliser les campagnes françaises…

Mais au fait, quelles sont donc les raisons qui font ainsi disparaître ces lieux de vie campagnards ? Si la presse n’est guère diserte sur la question qui a pourtant son importance — on ne combat jamais mieux un mal qu’en connaissant ses causes profondes — on peut néanmoins dresser un portrait globalement complet des raisons qui aboutissent à ces fermetures en fouillant un peu les articles consacrés au sujet.

Comme l’explique un article du Télégramme avec une phrase lapidaire (« Baisse de la clientèle, coût des produits, contraintes administratives, à commencer par celles des normes »), les raisons sont simples à comprendre : c’est ainsi qu’au-delà de l’évidente baisse d’activité consécutive à la diminution de la clientèle, cette dernière au mieux partant s’installer en ville, au pire s’éteignant avec les générations les plus âgées, on comprend que (ô surprise) les autres raisons des fermetures des cafés et des bars des campagnes tiennent essentiellement à l’accroissement des normes, des règlements et des contraintes de l’ensemble des services de l’État : eh oui, à force de bureaucratie, d’un déluge ininterrompu de contraintes administratives idiotes, de contrôles sanitaires et fiscaux, d’inspections du travail répétées, agressives, débiles et intransigeantes, et bien sûr de la créativité comptable des différentes caisses d’assurance étatiques, les patrons de bars et de cafés finissent par jeter l’éponge, rendre leur tablier et fermer boutique.

De ce point de vue, l’association aux poches bien remplie qui souhaite aider ces bars et ces cafés a bien compris le problème puisqu’elle se propose d’aider par exemple dans « la levée des freins réglementaires pour l’attribution des licences IV permettant de servir de l’alcool. »

Tout ceci est objectivement charmant puisqu’une solution se dégage peut-être…

Cependant, on ne pourra s’empêcher de noter que cette généreuse association, en intervenant ainsi, essayera donc concrètement de contrebalancer le travail de sape entrepris par l’État en premier lieu. Ainsi, si ce dernier ne s’échinait pas avec application à punir les artisans concernés, les poursuivre de ses assiduités à base de cerfas toujours plus nombreux, à considérer (fisc et inspection du travail en premier) qu’ils sont, par défaut, fraudeurs et délinquants, à créer un nuage de complexité administrative aussi grotesque qu’opaque, bref, si l’État ne sabotait pas le travail des cafetiers et des propriétaires de bars, l’intervention de l’association serait inutile.

Enfin bon, réjouissons-nous puisque le problème, enfin remarqué, déclenche à présent ce projet qui sera le bienvenu dans nos campagnes (de moins en moins) riantes, et ce d’autant plus que, de nos jours, trouver 200 millions d’euros n’est pas une mince affaire.

À ce propos, on est tout de même en droit de s’interroger sur la provenance des fonds en question. Bien évidemment, écartons tout de suite le trafic de drogue, d’armes ou le vol pur et simple puisque le projet est, rassurez-vous, financé par le « Groupe SOS » dont… vous n’avez probablement jamais entendu parler (ou très peu).

Et c’est dommage : c’est un groupe fort discret mais qui s’est fait fort d’agir dans le social et l’économie solidaire, et qui n’a jusqu’à présent pas réellement occupé la Une des journaux. C’est étonnant compte tenu de la croissance de ce groupe d’associations non lucratives : eh oui, en France, on peut être une association ou un groupe d’association, être non lucratif, mais employer 18 000 personnes (non, pas bénévoles, hein) et réaliser un chiffre d’affaires de 950 millions d’euros.

Quasiment un milliard d’euros pour un groupe d’associations, dans le domaine du social, dont on n’entend quasiment jamais parler au niveau national (par comparaison, les Restos du Cœur, très visibles, fonctionnent avec moins de 200 millions d’euros) — sauf peut-être lorsqu’il remporte l’appel d’offre du ministère de la Justice pour le programme de déradicalisation qui avait fait parler de lui jadis — voilà qui est un fort joli chiffre qui ne saurait être résumé ainsi : la fiche Wikipedia du groupe est fort courte mais donne une petite idée de l’ampleur de ce groupe fort pudique financé essentiellement par les fonds publics (donc le contribuable, ici) dont le patrimoine immobilier se monte tout de même à 500 millions d’euros, et qui se positionne tout de même comme le leader européen de l’action sociale et en tout cas, première entreprise française dans le secteur (ce qui lui vaudra une étude détaillée de la Harvard Business School).

En tout cas, son patron a fait fort puisqu’il est parvenu à accroître la taille de ce groupe de 2200 salariés (et 155 millions de chiffre d’affaires) en 2009 au mastodonte actuel, dix ans plus tard : belle croissance grâce à ce patron, Jean-Marc Borello, qui a peut-être bénéficié d’un peu de chance, ce dernier ayant été — ô surprise — le professeur d’un certain Emmanuel Macron quand il était à Science Po.

Chance qui ne s’est pas arrêtée là puisque le sémillant patron du groupe SOS a aussi eu la bonne fortune, après avoir co-fondé En Marche, de découvrir une certaine Murielle Pénicaud fortuitement devenue ministre du Travail depuis.

On le comprend, tout se goupille fort bien pour qu’enfin, des mesures soient prises (par une association subventionnée par l’argent du contribuable) afin de contrer les méfaits de l’État (financé par l’argent du contribuable). L’argent dépensé par les uns n’ira pas ailleurs que dans la poche des autres, par de multiples et jolies tubulures chromées de ce qui pourrait ressembler à du capitalisme de connivence si tout ça n’était même pas du capitalisme du tout.

Décidément, au vu de ces éléments, il n’y a plus trop de mouron à se faire pour nos campagnes : leurs bars et leurs cafés sont sauvés.


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