Bitcoin est-il devenu un investissement raisonnable ?

Piggy bank with silver Bitcoin By: Marco Verch - CC BY 2.0

Le temps est-il venu de considérer Bitcoin comme un investissement risqué mais respectable ? Ou, voyant la volatilité de son cours, doit-on le considérer comme un casino ? (vidéo)

Par Brice Rothschild.

Bitcoin continue de faire son chemin. Si la masse des investisseurs continue de s’en éloigner autant que possible, les plus audacieux commencent à considérer cet actif pour l’intégrer à leur portefeuille. J’en veux pour preuve la nouvelle vidéo de Grand Angle sur le sujet :

Le temps est-il venu de considérer Bitcoin comme un investissement risqué mais respectable ? Ou, voyant la volatilité de son cours, doit-on le considérer comme un casino ?

La tendance à la baisse des taux d’intérêt par les principales banques centrales poursuit son cours, et déjà un quart des obligations mondiales sont à taux négatif. Nous assistons en direct à la destruction des monnaies fiat. Certes, les taux peuvent en théorie remonter, mais dans ce cas les banques seront en difficulté, et avec elles les économies des épargnants. Bref, l’or apparaît plus que jamais comme une valeur refuge. Pendant des milliers d’années, l’or s’est progressivement affirmé comme la monnaie mondiale avec un apogée à la Belle Époque. Mais le métal jaune n’est plus seul : Bitcoin reprend ce qui fait la force de l’or, en ajoutant la capacité de l’utiliser efficacement sans tiers de confiance.

Deux objections courantes

Mais deux objections courantes reviennent souvent et sont évoquées dans la vidéo : la concurrence avec d’autres cryptomonnaies et ce que l’État pourrait faire pour les contrer.

Peercoin, Ethereum, EOS… de multiples projets prétendent faire mieux que Bitcoin : plus complet, plus évolutif, plus efficace. Fondamentalement, Bitcoin bénéficie de multiples effets réseau : il a de très loin le plus d’utilisateurs, le plus de développeurs, le plus de matériels, de logiciels et de services associés. Et si Bitcoin en lui-même évolue lentement et sous contrainte, cela n’empêche pas l’augmentation exponentielle des usages du réseau, de la même façon que le protocole IP a donné naissance à des services extrêmement différents, de la messagerie à vidéo en ligne. Enfin, on peut noter que les experts techniques les plus réputés, tels Adam Back et Jimmy Song, ne voient dans aucune cryptomonnaie alternative une innovation fondamentale. Le marché semble donner raison à cette thèse, puisque Bitcoin représente maintenant 70 % de la capitalisation des cryptomonnaies, revenant d’un plus bas à 33 % en janvier 2018 suivant l’euphorie autour des
cryptomonnaies alternatives de 2017.

L’autre objection est que Bitcoin pourrait être interdit par les États qui verraient, avec raison, une concurrence à la monnaie de leur banque centrale, dont ils tirent tant d’avantages. D’abord, on conviendra que l’usage clandestin du Bitcoin est possible, contrairement à l’or qui nécessite en pratique des tiers de confiance qui ne peuvent se cacher.
On pourrait s’en tenir là et ce serait déjà beaucoup.

Mais l’usage du Bitcoin ne restera pas clandestin. Le pouvoir monétaire est une illustration du dilemme du prisonnier. Individuellement, les membres de la société civile ont intérêt à utiliser une monnaie forte pour disposer d’une réserve de valeur liquide et fiable. Mais ils sont impuissants à faire respecter leurs intérêts car l’État est une association d’individus qui font bloc pour organiser une prédation des richesses par l’inflation monétaire. Bitcoin doit être vu comme un moyen pour les membres de la société civile de coopérer entre eux pour contrer leur spoliation. D’une part, les États, en concurrence les uns avec les autres pour séduire les investisseurs, verront bien que le premier à favoriser l’adoption du Bitcoin en profitera le plus via le surcroît de croissance.

Par exemple, on a vu dernièrement Patrick McHenry, membre du Congrès américain, demander au législateur de laisser cette innovation se développer. Par ailleurs, les hommes de l’État vont comprendre qu’ils ont intérêt individuellement à être parmi les premiers à utiliser Bitcoin pour eux-mêmes. Comment pourraient-ils alors voter une législation hostile ?

Nous assistons à l’inversion du dilemme du prisonnier : au lieu que la société civile soit prisonnière de son incapacité à s’opposer à la politique spoliatrice de l’État, ce sont maintenant les États d’une part et les hommes de l’État d’autre part qui sont tentés de ne pas coopérer entre eux.

Les supports d’investissement « sans risque » d’hier sont plus hasardeux que jamais tandis que l’effet réseau autour du Bitcoin semble irrésistible. Par conséquent, la question n’est plus de savoir si l’investisseur audacieux peut accepter cet actif dans son portefeuille, mais plutôt de savoir si l’épargnant bon père de famille peut raisonnablement s’en passer.

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