Davantage d’État, c’est moins de GAFA français

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Davantage d’État, c’est moins de GAFA français

Publié le 28 août 2019
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Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Pendant que la taxe Gafa est en train de faire pschitt chez Amazon qui la refacture à ses partenaires français, le mois d’août a été propice pour liquider en catimini le projet désastreux de l’État dans la création d’un cloud souverain français. Face à la domination des géants américains dans le cloud, l’État français avait décidé en 2012 d’investir 150 millions d’euros pour créer un service numérique dans les « nuages » à la française.

Plusieurs groupes s’étaient lancés dans ce projet avec l’État, dont Orange et Thalès qui avaient créé Cloudwatt et SFR et Bull promoteurs de Numergy bientôt cédé à celui-là. Le chiffre d’affaires de l’un et l’autre n’a jamais dépassé quelques millions d’euros et Orange, qui avait racheté le tout entre temps, vient d’en annoncer la fermeture définitive en écrivant à ses clients le 1er août : « À compter du 1er février 2020, la plateforme Cloudwatt sera définitivement effacée et sans action de votre part vos données seront définitivement effacées et non récupérables. »

Que d’argent public dépensé en vain ! Une nouvelle affaire Bull en quelque sorte qui prouve que l’État, encore actionnaire de référence d’Orange, n’a pas compris qu’il n’a pas à se faire entrepreneur à la place des entrepreneurs.

Mieux, il réitère avec son projet de Netflix à la française en impliquant une fois encore un acteur public, France Télévisions, associé à des acteurs privés, TF1 et M6. Le projet Salto doit permettre la création d’une plate-forme vidéo commune entre les trois plus grands opérateurs français de télévision en clair. Mais en France, quand l’État ne freine pas directement les ardeurs entrepreneuriales, il le fait au travers de la réglementation contraignante et tatillonne qu’il a tissée depuis des lustres.

Pendant que Netflix gagnait des millions de clients français et que Disney préparait le lancement de son service Disney + de vidéo à la demande, le projet Salto engagé en juin 2018 a dû être passé au crible d’abord par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, CSA, puis par l’Autorité de la Concurrence. Celle-ci a donné son accord rapidement, mais avec tant de conditions que le projet n’en ressort pas indemne.

L’Autorité de la Concurrence a exigé des trois partenaires du projet SALTO :

qu’ils limitent leurs possibilités d’achats couplés de droits de diffusion linéaire (la télévision classique offerte au public) et non linéaire (les services de télévision à la demande), notamment auprès de chacun d’eux ;
• que les conditions d’approvisionnement de Salto soient encadrées à plusieurs titres, de sorte que la capacité d’approvisionnement en contenus exclusifs de Salto auprès de ses sociétés-mères sera limitée ;
• qu’en outre, les possibilités pour Salto de bénéficier des clauses contractuelles figurant dans les contrats d’achat de droits de diffusion linéaire conclus par TF1, France Télévisions et M6 soient strictement encadrées ;
• que Salto ne puisse pas, sauf temporairement pour des services et fonctionnalités dont elle serait elle-même à l’initiative, contracter d’exclusivité de distribution de chaînes de la TNT en clair et de leurs services et fonctionnalités associés ;
• qu’ils proposent directement, c’est-à-dire sans l’intermédiaire de Salto, à tout distributeur tiers, la distribution de leurs chaînes de la TNT en clair et de leurs services et fonctionnalités associés, à des conditions objectives et non discriminatoires. Pour ce faire, les engagements prévoient en particulier un mécanisme de fixation de la rémunération due par Salto à ses sociétés-mères par deux experts indépendants ;
• qu’ils limitent leurs possibilités de promotion croisée entre leurs chaînes et la plateforme Salto ;
• qu’ils ne commercialisent auprès de Salto des espaces publicitaires que sur la base de conditions générales de vente, et dans des conditions objectives et non discriminatoires.
• qu’ils mettent en place un ensemble de garanties, individuelles et collectives, destinées à limiter au strict nécessaire et dans un cadre précis les échanges d’informations entre Salto et ses sociétés-mères.

Il leur est donné l’autorisation d’exister en leur demandant de respecter des contraintes qui les empêcheront d’être concurrentiels ! Déjà l’idée même qu’il faille une autorisation de deux autorités publiques pour ouvrir un service de vidéo à la demande relève d’une forme de collectivisme avancé.

Le nombre de restrictions apportées à la mise en œuvre de ce projet est la preuve d’un dirigisme incompétent et nocif. Car comment ce projet à peine né dans la douleur pourra-t-il concurrencer les Netflix en ayant les mains liées derrière le dos ? Entraîne-t-on un champion olympique en lui interdisant de travailler avec son équipe plus que quelques heures par jour, en l’obligeant à échanger ses pratiques avec ses compétiteurs et à respecter des conditions d’entraînement et un régime alimentaire fixés par une autorité étatique ?

Le meilleur moyen de favoriser la concurrence n’est ni de gorger certains projets d’argent public ni d’entraver les initiatives des plus grands, surtout quand ils sont encore des nains au niveau mondial, mais plutôt de libérer les énergies et la volonté d’entreprendre des meilleurs, et de les laisser faire.

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  • claude henry de chasne
    28 août 2019 at 7 h 13 min

    en france on fabrique un produit puis on voit comment et a qui le vendre… et si il ne se vend pas , c’est le contribuable qui payera les salariés avec le chantage a l’emploi///
    ailleurs on regarde ce qui pourrait se vendre puis on élabore le produit parce que si il ne s vend pas la société coule

  • Ben c’est encore un truc qui ne marchera pas et qui va couter un pognon de dingue au contribuable. C’est pas pour rien que le budget de la « culture » est supérieur au budget de la justice, sans compter tous les « à coté » du genre intermittents du spectacle…

  • A vouloir faire comme les autres, on finit par ne plus être soi-même.
    Dans le cas présent, nous ne faisons pas le poids et pas seulement en terme de technologie, à ceci si on ajoute l’état…

    Nous ferions mieux de laisser des sociétés privées développer la recherche et l’extraction du pétrole et gaz de schiste.

    Faudrait-il encore que l’état laisse la propriété du sous-sol aux français…

    • Exact
      Quand j’ai monté ma boite, je ne me suis pas dit :
      Je dois faire comme les zautres, mais que suis-je capable de proposer comme produit/service différencié et non comparable.

  • conclusion : il faut supprimer le CSA et l’autorité de la concurrence !

  • Il ne peut y avoir de géant du numérique concurrent des GAFAM qu’européen. Vouloir faire du franco-français est déjà une ânerie de première grandeur.
    Y mettre en plus des conditions qui revienennt à écrire: « Article 1: cela ne marchera pas » relève du crétinisme le plus avancé.
    En France, c’est normal.

  • Sigisbert de Motafiume
    28 août 2019 at 13 h 26 min

    Moi je pense qu’il s’agit d’une démonstration supplémentaire qu’il ne faut surtout pas que l’Etat mette son groin dans les créations d’entreprises ; notre Nomenklatura est d’une incompétence absolument ahurissante, et ils n’ont toujours pas compris que leur job est juste de faire de la régulation, surtout pas d’essayer de créer des choses… Ils sont justes nuls, mais ce qui est malheureux, c’est qu’ils sont nuls avec NOTRE argent.

  • Si des entreprises privées (sfr, thalès, orange…) sautent à pieds joints dans les opérations foireuses de l’état sans imaginer que ce même état va tout faire pour leur mettre des bâtons dans les roues, c’est en effet desespérant d’incompétence

    • Je ne pense pas.
      Ces boites sont rodées au fonctionnement de nos zélites. Elles ont mis en place une structure qui a récupéré les subventions. Cela a payé la mise en place d’un « cloud » certes médiocre mais je suis sûr qu’elles savaient pertinemment que cela ne pouvait être que médiocre par rapport à la concurrence internationale.
      Par contre, cela a permis de payer quelques études et recherches dans le domaine (ou dans d’autres domaines proches, nos technocrates n’ayant pas les compétences techniques pour différencier des études de R&D).
      Une façon de faire payer certains travaux de R&D par l’Etat en laissant nos gouvernants se gargariser de « projets » dont ils ne maitrisent aucune connaissance de base.

  • « l’idée même qu’il faille une autorisation de deux autorités publiques pour ouvrir un service de vidéo à la demande relève d’une forme de collectivisme avancé. »
    Mais nous sommes en France, voyons!

  • Le Maire est typiquement l’énarque, intelligent, pétrit de certitudes, et certain d’agir pour le bien du pays et de ses habitants, comme tous ses prédécesseurs. Je ne peux n’empêcher à son livre-programme de 2017 « ne vous résignez pas ». Lui-m^me n’a pas pu résister à la tentation de rentrer dans le moule.

  • Les commentaires sont fermés.

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