La révolution digitale va-t-elle détruire le monde ?

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Faut-il craindre la révolution technologique qui vient ?

Par Frédéric Mas.

Le progrès technologique a cessé de susciter l’enthousiasme populaire en Occident. À l’ère des fake news relayées par les réseaux sociaux, de l’écologisme radical, du complotisme et de la panique morale tribale sur les campus, il est même devenu l’un des sujets d’inquiétude préféré des éditorialistes. La révolution numérique s’accélère, et charrie avec elle son lot de transformations sociales, économiques et politiques dont les implications ne sont pas nécessairement perçues comme satisfaisantes.

Dans le domaine de l’information, l’accroissement sans précédent des données a fait exploser les fake news. Pour l’économiste Pierre Bentata, le triomphe des algorithmes a participé à la formation de ces « bulles de filtres » qui enferment les citoyens dans leurs pratiques de consommation de l’information : l’intelligence artificielle sélectionne les données qui peuvent intéresser le consommateur, et exclut de son champ tout le reste.

Une telle réorganisation du monde médiatique favorise de facto la formation des théories complotistes tout comme la pérennisation du style de pensée paranoïaque. Pire encore, le phénomène se prête à la manipulation politique : le pouvoir chinois cherche par exemple à orienter l’information sur le net pour discréditer l’action des démocrates révoltés à Hong Kong.

Algorithmes et automation

Avec le règne des algorithmes se posent de nouveaux problèmes liés à l’automation. L’explosion du Big data ne fait pas que révolutionner les marchés en réduisant radicalement le coût de l’information1, il va transformer l’ensemble des institutions politiques et légales.

Quand la voiture autonome se déplacera sur les routes de France, qui sera responsable en cas d’accident ? Celui qui possède la voiture ou celui qui l’a programmée pour rouler ? La question n’est pas anodine, les constructeurs pourraient réfléchir à deux fois avant de s’engager dans la production de tels véhicules si leur responsabilité juridique est engagée.

Plus anxiogène encore, le perfectionnement de l’intelligence artificielle pourrait signer la fin de la liberté individuelle. C’est en tout cas ce que soutient l’essayiste Yuval Noah Harari dans son livre Homo Deus. La capacité prédictive des algorithmes éliminerait le libre-arbitre et transférerait la responsabilité des actions des hommes aux machines, ce qui, pour l’auteur, serait une excellente nouvelle.

Davantage de régulation n’est pas la solution

Face à ces menaces technologiques, la tentation est grande de vouloir tout arrêter ou de demander au régulateur d’intervenir pour encadrer les pratiques jugées potentiellement dangereuses. Mais les remèdes pourraient être pire que les maux. Plutôt que de demander davantage d’intervention publique pour combattre les fake news, Pierre Bentata préconise l’éducation : la culture scientifique et l’apprentissage des bases de la rationalité pourraient atténuer l’effet de filtrage de l’information.

Si l’automation transforme le droit et dilue la responsabilité individuelle, le législateur devra également réfléchir en termes d’incitations économiques afin de ne pas décourager l’innovation de marché. Enfin, la fin de la liberté, tout comme les différents scénarios catastrophe liés à l’Intelligence artificielle générale, pourrait reposer sur une vision exagérément dystopique du règne des algorithmes.

La Chine pourrait nous donner un avant-goût de la société de surveillance que la technologie pourrait créer demain. Il est donc grand temps d’inventer le contre-modèle libéral du futur pour l’éviter.

  1. Viktor Mayer-Schonberger et Thomas Range, Reinventing Capitalism in the Age of Big Data, John Murray, 2018.
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