Les inégalités vont-elles tuer la démocratie ?

Mon gilet jaune (photo Radia Nova) By: Hervé Germain - CC BY 2.0

Non, le socialisme ne sauvera pas la démocratie des inégalités.

Par Frédéric Mas.

La crise des Gilets jaunes est sans doute la plus grosse crise sociale que le gouvernement d’Emmanuel Macron doit endurer depuis le début de son mandat. Au cours du temps, la signification du mouvement a évolué d’une révolte populaire contre l’inégalité fiscale en matière d’écologie à une sorte de colère brutale plus classiquement orientée contre les élites et les « inégalités ».

La question des inégalités sociales, des différences plus ou moins grandes entre les revenus, des statuts comme de l’accès au pouvoir politique n’est pas neuve. Elle réapparaît aujourd’hui au sein du débat public avec la montée en puissance des populismes, à droite comme à gauche. Le capitalisme qui enrichit les uns mais pas les autres est-il vraiment compatible avec une démocratie qui place l’exigence d’égalité au cœur de sa définition ?

François Facchini

Pour le professeur François Facchini, qui intervenait mardi à l’université d’été de l’IES-Europe, ce n’est pas le capitalisme qui menace le bon fonctionnement démocratique, mais le socialisme. En effet, les penseurs anti-capitalistes, à l’image de Karl Polanyi ou des marxistes, imaginent que le capitalisme sacrifiera toujours la démocratie sur l’autel des intérêts de classe. Le régime évoluera nécessairement vers le fascisme pour protéger les puissants, et seule une bonne dose d’égalitarisme idéologique peut en ralentir le déclin. Historiquement, c’est plutôt le contraire qui s’est produit, et les totalitarismes ont surtout cherché à rompre avec le capitalisme en adoptant des formes plus ou moins proches du socialisme ou du corporatisme.

La passion qui anime les idéologues socialistes tend à valoriser l’égalité avant tout, avant la démocratie elle-même. Plusieurs études empiriques présentées par François Facchini ont montré que les citoyens qui font de l’égalitarisme leur idéal numéro 1 étaient prêts à sacrifier la démocratie pour que triomphe l’égalité. On trouve ici le noyau commun aux socialismes et aux radicalismes plébéiens de type nazisme ou fascisme : pour se faire entendre, l’homme-masse dont parlait Ortega y Gasset est prêt à détruire les formes du droit démocratique.

Une égalité qui coûte cher

La demande d’égalité coûte beaucoup plus cher que vous ne le pensez, et risque tout autant de tuer la démocratie. Si la demande d’égalité est si importante, c’est que les citoyens ne voient pas à quel point elle coûte cher et rapporte peu. La classe politique, dont les revenus sont conditionnés à l’existence d’un État fort, vend toujours plus d’intervention étatique au nom de la justice sociale.

Pour éviter que les gouvernés ne comprennent à quel point ils se font gruger, les politiciens entretiennent ce que les économistes appellent l’illusion fiscale, c’est-à-dire une suite de stratagèmes visant à rendre l’impôt indolore afin de maximiser les rentrées fiscales. Pour l’économiste Emmanuel Martin, c’est aussi parce que l’illusion fiscale s’est en partie dissipée que les Gilets jaunes sont descendus dans la rue : les citoyens ont compris que les justifications données pour lever les impôts sur le diesel ou les modifications de vitesse sur les routes étaient fausses, et l’impôt s’est fait sentir très durement pour les plus modestes.

Emmanuel Martin

Plus que les inégalités, ce sont les remèdes égalitaristes qui ont généré le déclin des démocraties au XXe siècle. La démocratie représentative réglée par le droit, au sens où l’entendait James Madison, est le régime qui épouse le plus naturellement du monde l’économie capitaliste.

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