Murray Rothbard : l’éducation gratuite et obligatoire

Le but masqué ou avoué de l’éducation obligatoire est de mettre en place l’égalité, telle que l’imaginent les socialistes totalitaires.

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Murray Rothbard

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Murray Rothbard : l’éducation gratuite et obligatoire

Publié le 17 août 2019
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Par Marius-Joseph Marchetti.

L’éducation gratuite et obligatoire est une traduction de 2016 de Education: Free and Compulsory, de Murray Rothbard, publié initialement en 1979. Cette traduction, commanditée par l’Institut Coppet et réalisée par Nathanael Lavaly, Claude Balança, et Marius-Joseph Marchetti, reste largement dans l’ère du temps, et le lecteur a tout intérêt à s’y intéresser pour comprendre les fondations du système actuel de l’Éducation nationale et de tout système d’éducation publique et obligatoire. Nous laissons au lecteur le soin de découvrir la première partie de notre synthèse en aval.

Dès le début de son ouvrage, Murray Rothbard rappelle un fait plus qu’important : la croissance du bambin ne se caractérise pas simplement par son développement physique, mais aussi par l’éveil et le plein développement de ses facultés cognitives et intellectuelles.

L’éducation ne s’arrête pas à la stricte instruction formelle de l’enfant, mais intègre aussi l’apprentissage qu’il reçoit via son milieu, ses proches, etc. Un individu est en constant apprentissage, et est en quelque sorte un autodidacte, puisque personne ne détermine ses idées. Cependant, une instruction formelle reste nécessaire car les potentialités de l’enfant restent sous-développées et facultatives. L’enfant a besoin d’expérience. L’instruction formelle ne lui est pas nécessaire pour apprendre à se vêtir, cependant elle l’est dans le domaine de la connaissance intellectuelle, pour laquelle il a besoin d’aide afin de tirer des conclusions de ses observations.

Le rôle de l’enseignant

C’est le rôle de l’enseignant et des outils à sa disposition1 peut apprendre ces sujets grâce aux explications orales d’un instructeur, grâce à la lecture, ou par le biais des deux méthodes. L’avantage du livre est qu’il peut énoncer le sujet pleinement et méthodiquement ; l’avantage de l’enseignant est que, en plus de connaître préalablement le livre, il connaît l’enfant et se charge directement de lui ; il peut lui expliquer les points importants ou imprécis. De manière générale, on a pu constater que l’alliance des livres et de l’enseignant est la meilleure technique pour tout enseignement formel. »]. Les trois R (Reading, Writing and Arithmetics ; en français, lecture, écriture, et arithmétique) sont tournés en dérision (déjà à l’époque où Murray Rothbard écrit, alors que dire de notre époque), mais ils sont, pour citer Rothbard, « les clés qui permettent d’ouvrir les portes de la connaissance humaine ».

Murray Rothbard rappelle un autre fait important : la grande diversité qui caractérise le genre humain. C’est une des caractéristiques de la civilisation, qu’à mesure qu’elle s’étend, on trouve des individus toujours plus différents, à l’inverse des sauvages qui ont très peu de signes distinctifs permettant de les différencier2 Le stade supérieur suivant, le barbarisme, est marqué par la variété croissante des fonctions […] Le stade le plus élevé, la civilisation, manifeste le plus grand degré de spécialisation. Le nombre de fonctions distinctes s’est accru. »]. Du fait de cette différenciation croissante, il se trouve que l’éducation de l’enfant ne peut se satisfaire de l’uniformité.

C’est pour cela que la tentation pour l’égalité est fondamentalement anti-humaine et primitiviste. Il ne faut cependant pas confondre ce type d’égalité avec l’égalité en droit, qui vise à défendre également tout individu contre la violence, car ce n’est que protégé de la contrainte externe que l’individu peut pleinement se développer.

À la lumière de cela, Murray Rothbard relève que l’enseignement d’un élève par un précepteur, donc une éducation strictement individuelle, est la plus à même de développer toutes les potentialités de sa personnalité unique. L’école traditionnelle est donc un système infiniment plus mauvais que l’instruction individuelle ou à la maison (homeschooling), car le professeur est dans l’obligation d’imposer le même rythme, cours, et travail à chaque élève ; il y a certes aujourd’hui, ce que nous appelons des pédagogies différenciées, mais le problème n’en est pas plus réglé pour autant.

L’école traditionnelle contre l’individu

L’école traditionnelle fait donc du mal à l’individualité de chaque élève. Les normes éducatives dans les pays occidentaux n’aident en rien, car l’élève brillant s’ennuie en classe lorsque le mauvais élève se retrouve dépassé et perdu. Elles empêchent la formation de différentes écoles privées qui se spécialiseraient pour accueillir tel ou tel type d’enfant dans les cas où les parents n’auraient pas les compétences pour instruire leur enfant, ou pas les moyens pour lui offrir un précepteur.

Les lois sur l’éducation obligatoire sont donc néfastes sur plusieurs points : elles empêchent et réprimandent le développement d’écoles spécialisées, mais elles portent atteinte à de nombreux des droits des parents, en plus de contraindre les enfants à fréquenter potentiellement des voyous.

La question se pose donc de savoir qui doit être le gardien des enfants : les parents ou l’État ? Il n’y a fondamentalement que ces deux options. Soit les parents sont les gardiens, soit l’État s’arroge entièrement la « propriété » des enfants. Le second cas est profondément attentatoire aux droits de l’enfant, car il vivra, non pas dans un climat de liberté, mais de contrainte, car c’est la nature même de l’État qui découle de la contrainte. En plus d’une éducation uniforme, l’enfant se verra potentiellement inculquer le respect pour le despotisme et l’obéissance absolue.

Le but masqué ou avoué de l’éducation obligatoire est de mettre en place l’égalité, telle que l’imaginent les socialistes totalitaires. Elle vise à l’instauration du despotisme, car c’est l’État qui se retrouve seul à éduquer le peuple. Comme le fait remarquer Isabel Paterson3, « À un certain moment, le savoir scientifique le plus exact et le plus susceptible de démonstration deviendra certainement la source de protestation de la part de l’autorité politique, parce qu’il exposera la folie d’une telle autorité et ses effets pervers ».

Murray Rothbard soulève l’analogie, presque identique, existant entre l’éducation et la presse. Que se passerait-il si demain, l’État créait un journal public, financé par vos impôts, et que tout le monde serait obligé de lire ? Et que dirions-nous si l’État réglementait les propos des journaux privés, voire les interdisait carrément ? Et pourtant, c’est bien ce qui se passe dans le domaine éducatif. La liberté scolaire n’est-elle pas, demande Rothbard, au moins aussi importante que la liberté de la presse ?

À suivre…

  1. Murray Rothbard, « L’éducation gratuite et obligatoire », Institut Coppet, p.13 : « Il [L’enfant
  2. George Harris, Inequality and Progress (Boston : Houghton Mifflin, 1898), p.74-75, 88 et passim : « La sauvagerie c’est l’uniformité. Les distinctions principales, c’est le sexe, l’âge, la taille et la force. Les sauvages… pensent de la même façon ou ne pensent pas du tout et leur conversation repose sur l’usage de monosyllabes […
  3. Isabelle Paterson, The God of the Machine (Caldwell, Idaho, Caxton Printers, 1943), pp.271-272.
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  • D’une manière générale, tout type de gestion des affaires privées par des organismes financés d’une manière ou une autre par l’impôt est inacceptable, parce qu’il interdit ou influence arbitrairement les choix individuels.
    Cela va du niveau national avec les monopoles d’état, jusqu’aux multiples petits services locaux qui sont gérés directement ou sponsorisés par l’intermédiaire des associations ou des subventions.

  • Le Père Peillon, et ses curés rouges :
    « Dans notre tradition républicaine, il appartient à l’école non seulement de produire un individu libre, émancipé de toutes les tutelles – politiques, religieuses, familiales, sociales – capable de construire ses choix par lui-même, autonome, épanoui et heureux, mais aussi d’éduquer le citoyen éclairé d’une République démocratique, juste et fraternelle »

  • Encore un article bien Français, ne voyant que les échecs d’un système adapté à une vaste majorité ( cfr courbe de Gauss de la distribution des QI ) pour rejeter le système. Et en y ajoutant des présupposés non-étayés comme « l’école traditionnelle est un système infiniment plus mauvais que l’instruction individuelle »- qui veut dire, en fait, « seuls quelques-uns doivent recevoir un enseignement », ce qui est infiniment plus mauvais que l’enseignement obligatoire. Que de lourdes dérives vers l’autoritarisme soient constatées, ce n’est guère étonnant dans un pays dont le droit est encore largement imprégné de napoléonisme autoritaire et qui a accepté, par exemple, le monopole de l’information d’état ( ORTF ) pendant des décennies.

  • Je fais remarquer que lorsque que les parents sont « les gardiens de l’enfant », c’est aussi profondément attentatoire à la liberté de l’enfant. Ils n’en sont pas les gardiens, mais ont l’autorité. Par exemple, l’endoctrinent religieux (l’enfant ne peux refuser d’aller dans une école confessionnelle), le vol (l’enfant n’a pas le droit de propriété), la mutilation (sous couvert religieux bien sûr), l’impossible émancipation (c’est les parents qui doivent la demander!).
    Pour revenir au sujet de l’école, l’enfant n’a pas le droit de choisir sa filière en 2nd par exemple (et sa signature est nulle et non avenue). En France, les droits de l’enfant, il n’y en a pas, de toute façon ce n’est qu’un mineur… L’instauration d’une pré majorité, et l’acquisition progressive des droits changerait des choses.
    L’enfant est pris entre l’enclume des parents et le marteau de l’état, que préférer.

    • C’est bien vrai que l’enfant devrait pouvoir demander sa majorité, elle ne devrait pas lui être octroyée à un age arbitraire, j’ai toujours trouvé ca injuste.

        • D’un autre coté les parents sont bien les propriétaires de l’enfant au sens autoritaire (ou pas) du terme, c’est la responsabilité qui va avec cette propriété, qui fait qu’on va le nourrir physiquement et intellectuellement.
          Donc la privation de propriété à la base me semble juste elle par contre.

    • Que préférer ? Simple. Principe de subsidiarité et recherche plus grand intérêt.

      Un couple peut-il suffire, sans besoin de l’Etat, à élever un enfant ? A priori, oui. Un couple a-t-il intérêt à ce que son enfant devienne plus beau, fort et intelligent que lui ? A priori, oui.

      L’Etat est-il donc nécessaire ? Seulement en cas de défaillance des parents. L’Etat a-t-il intérêt à ce que l’enfant devienne plus beau, fort et intelligent que lui ? A priori, non.

      La question n’est pas de savoir si l’enfant est libre mais, partant de la réalité, à savoir qu’il est un incapable, de savoir où se situe son plus grand intérêt.

      Et si la crainte est l’endoctrinement religieux, je pense que le problème n’est pas l’autorité parentale en tant que telle mais pourquoi a-t-on laissé rentrer des intégristes religieux dans notre pays.

      • « à savoir qu’il est un incapable ». C’est bien ce point là que je discute. Sa capacité progresse avec l’âge, ce n’est pas instantané à 18 ans (âge plus ou moins arbitraire).
        J’ai bien compris l’article, et je suis d’accord qu’à priori, les parents seront mieux que l’état. Mais je considère qu’en grandissant, le mineur devrait avoir plus de droits. Remarquez que si vous considérez tout mineur comme incapable, alors il ne devrait y avoir aucune condamnation en justice des mineurs…

  • L’éducation gratuite et obligatoire? Oui, mais pourquoi est-ce l’Etat qui s’en charge? Le rôle de l’Etat est d’assurer la sécurité des personnes et des biens et de protéger les libertés. L’éducation devrait être du ressort de la société civile, même si la collectivité prend en charge les frais.

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