De Hong Kong aux Gilets jaunes, le contraste des révoltes

Gilets jaunes à Paris - 10 août 2019 — Source : Twitter et www.gj-magazine.com, CC by-sa

Les Gilets jaunes lancent des messages de soutien aux militants pro-démocratie de Hong Kong. Mais qui a le plus besoin de liberté ?

Par Ludovic Delory.

De part et d’autre, ils ne lâchent rien. Des milliers d’habitants de Hong Kong sont encore descendus dans la rue, hier, pour marquer leur hostilité aux réformes proposées par le gouvernement chinois. En France, les Gilets jaunes (acte 39) ont battu le pavé dans tout le pays, associant même leur combat à ceux des militants hostiles au pouvoir chinois :

Parmi les autres images qui resteront de ce week-end, on retiendra celle de ces militants réunis dans la salle des embarquements de l’aéroport international de Hong Kong. Ils ont interprété Do you hear the people sing ?, la version anglophone d’une chanson-phare de la comédie musicale Les Misérables (1980) :

France-Hong Kong : les appels à la révolte se rejoignent. Mais c’est bien là leur seul point commun. Qui, de Jérôme Rodrigues ou de Joshua Wong, mérite le plus, aujourd’hui, d’enfiler le costume de Jean Valjean ?

Hong Kong : le désir (d’encore plus) de liberté

Les revendications des #HKers sont au nombre de cinq :

  • retrait complet du projet de loi sur les extraditions
  • arrêt des poursuites contre les manifestants arrêtés
  • retrait de la déclaration selon laquelle les manifestations sont des « émeutes »
  • une enquête indépendante sur les violences policières
  • l’instauration du suffrage universel

Les manifestants de Hong Kong risquent bien plus que leurs homologues Gilets jaunes. Les parapluies brandis dans les cortèges doivent les protéger des gaz lacrymogènes et des systèmes de reconnaissance faciale. Les stylos-laser, les cônes de chantier et même le film plastique font partie de l’arsenal des militants pro-démocratie. Mais que se passera-t-il quand la patience des autorités chinoises aura atteint ses limites ?

Considéré comme une « démocratie imparfaite » dans les index internationaux, Hong Kong ne souffre pourtant pas d’un manque de liberté économique. L’esprit entrepreneurial de ses habitants, le faible niveau de taxes et le contexte propice aux affaires en ont fait, en quelques décennies, l’un des endroits les plus prospères du monde — numéro un, même, selon le dernier index de l’Heritage Foundation.

La France anti-tout

Les Hongkongais bénéficient déjà des bienfaits de la liberté économique. Leur nouveau combat vise à en regagner d’autres.

Quid de la France ?

D’un combat légitime contre la sur-taxation des carburants, le mouvement des Gilets jaunes s’est mué en fourre-tout servant de défouloir aux revendications infinies de la France en colère. Après les commerçants, les banques et les forces de l’ordre, les cibles prennent le visage du parti présidentiel. Une quinzaine de locaux ou de permanences d’élus LREM ont été tagués ou emmurés depuis le mois dernier et la ratification du CETA. Les Gilets jaunes prennent le relais des agriculteurs.

Considérée elle aussi comme une « démocratie imparfaite », la France n’a rien à envier à la situation de Hong Kong. Sur le plan économique, elle est même considérée comme un État « modérément libre ». L’obsession anticapitaliste, la haine du riche, le centralisme administratif et le poids de la fiscalité tendent à rendre toute réforme impossible. Ce faisant, les Gilets jaunes se battent contre des moulins à vent.

S’ils pouvaient mener des actions respectueuses de la démocratie — c’est-à-dire sans s’attaquer aux biens d’autrui —, s’ils pouvaient porter un message de liberté économique qui viserait à sortir les Français du giron de leur État-nounou1, alors peut-être gagneraient-ils le respect de la majorité de la population et — qui sait ? — de la communauté internationale.

De Paris ou de Hong Kong, qui est le plus digne, aujourd’hui, d’incarner un vrai combat pour la liberté ?

  1. Rappelons que, parmi les revendications des Gilets jaunes, figurent le rétablissement de l’ISF, la revalorisation des minima sociaux ou… l’interdiction du glyphosate.
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