La solitude des maires de France

Crédits : Ron de Boom, CC-BY-NC-SA 2.0

Le décès de Jean-Mathieu Michel, maire de Signes, révèle l’impuissance des responsables de collectivités locales face au centralisme de l’État français.

Par Ludovic Delory.

C’est plus qu’un fait-divers. Jean-Mathieu Michel, maire de Signes (Var), a été mortellement percuté lundi par une camionnette. Il souhaitait verbaliser ses occupants, pris en flagrant délit de dépôt sauvage de gravats. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce décès est accidentel. Le jeune maçon qui conduisait le véhicule a été mis en examen pour « homicide involontaire ».

L’Association des Maires ruraux de France est aussitôt montée au créneau pour dénoncer l’insécurité et « la dégradation au fil du temps » de l’image et du métier de maire. Sur RMC, Christophe Bouillon, président de l’Association des petites villes de France (APVF), a souhaité que l’on traite des questions de « l’accompagnement » des maires, de leur « formation », de leur « responsabilité pénale », et de « la montée de la violence verbale ». L’accident a ému le président de la République, qui a souligné le « dévouement inlassable » de la victime de 76 ans.

Les motifs d’indignation

Cette triste histoire, disions-nous, constitue plus qu’un fait divers. Elle montre le quotidien banal du dysfonctionnement des fonctions régaliennes de l’État français. Qui, aujourd’hui, peut se targuer de faire respecter l’esprit civique qui prévaut dans toute vie en communauté ? Pourquoi un maire doit-il donner de sa personne pour verbaliser des contrevenants ? Ce n’est pas qu’une question de civisme. C’est une question de respect fondamental de la propriété, des règles de vie en société.

Abandonnés par l’État, sous-financés pour assurer l’essentiel de leurs tâches de maintien de l’ordre, isolés par la géographie et par la politique « mille-feuilles » pratiquée par le système centralisé qui prévaut en France, les maires doivent en outre faire face au je-m’en-foutisme grandissant de leurs concitoyens.

La simplification administrative n’y changera rien. 75 % des communes françaises comptent moins de mille habitants. Les quelque 35 000 maires qui les dirigent, souvent à coup de mandats renouvelés, se sentent seuls.

Quelle est la réaction de l’État central face à ce désastre ? Il compte accélérer la mise en place d’un « statut de l’élu« , qui ne constitue rien d’autre qu’une adaptation du principe de protection de l’individu. Un rôle que l’État se devrait d’assurer auprès de tout citoyen, qu’il porte une écharpe tricolore ou pas.

Le quotidien d’une petite commune du Var fait aujourd’hui la Une de l’actualité. Mais Signes aurait pu être située dans l’Eure, dans le Gers ou l’Indre-et-Loire : le constat d’abandon sera le même.

Bien malgré lui, Jean-Mathieu Michel est devenu le symbole de la dégradation des services régaliens de l’État qu’il servait depuis 36 ans.

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