La solitude des maires de France

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La solitude des maires de France

Publié le 8 août 2019
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Par Ludovic Delory.

C’est plus qu’un fait-divers. Jean-Mathieu Michel, maire de Signes (Var), a été mortellement percuté lundi par une camionnette. Il souhaitait verbaliser ses occupants, pris en flagrant délit de dépôt sauvage de gravats. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce décès est accidentel. Le jeune maçon qui conduisait le véhicule a été mis en examen pour « homicide involontaire ».

L’Association des Maires ruraux de France est aussitôt montée au créneau pour dénoncer l’insécurité et « la dégradation au fil du temps » de l’image et du métier de maire. Sur RMC, Christophe Bouillon, président de l’Association des petites villes de France (APVF), a souhaité que l’on traite des questions de « l’accompagnement » des maires, de leur « formation », de leur « responsabilité pénale », et de « la montée de la violence verbale ». L’accident a ému le président de la République, qui a souligné le « dévouement inlassable » de la victime de 76 ans.

Les motifs d’indignation

Cette triste histoire, disions-nous, constitue plus qu’un fait divers. Elle montre le quotidien banal du dysfonctionnement des fonctions régaliennes de l’État français. Qui, aujourd’hui, peut se targuer de faire respecter l’esprit civique qui prévaut dans toute vie en communauté ? Pourquoi un maire doit-il donner de sa personne pour verbaliser des contrevenants ? Ce n’est pas qu’une question de civisme. C’est une question de respect fondamental de la propriété, des règles de vie en société.

Abandonnés par l’État, sous-financés pour assurer l’essentiel de leurs tâches de maintien de l’ordre, isolés par la géographie et par la politique « mille-feuilles » pratiquée par le système centralisé qui prévaut en France, les maires doivent en outre faire face au je-m’en-foutisme grandissant de leurs concitoyens.

La simplification administrative n’y changera rien. 75 % des communes françaises comptent moins de mille habitants. Les quelque 35 000 maires qui les dirigent, souvent à coup de mandats renouvelés, se sentent seuls.

Quelle est la réaction de l’État central face à ce désastre ? Il compte accélérer la mise en place d’un « statut de l’élu« , qui ne constitue rien d’autre qu’une adaptation du principe de protection de l’individu. Un rôle que l’État se devrait d’assurer auprès de tout citoyen, qu’il porte une écharpe tricolore ou pas.

Le quotidien d’une petite commune du Var fait aujourd’hui la Une de l’actualité. Mais Signes aurait pu être située dans l’Eure, dans le Gers ou l’Indre-et-Loire : le constat d’abandon sera le même.

Bien malgré lui, Jean-Mathieu Michel est devenu le symbole de la dégradation des services régaliens de l’État qu’il servait depuis 36 ans.

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  • insécurité , crimes , violences ….16% d’augmentation lors du dernier trimestre….ainsi vont les pays dirigés par des pleutres depuis des décennies….

  • claude henry de chasne
    8 août 2019 at 7 h 40 min

    Les maires de France si ils avaient fait preuve de responsabilité dans l’augmentation des effectifs par clientélismes , et les projets pharaoniques pourvoyeurs de subventions..
    on pourrait peut etre leur faire confiance.. mais çà n’est plus le cas

  • C’est une tendance mondiale dans les systèmes « sociaux-démocrates » (et pire dans les systèmes communistes comme en France). L’élu devrait craindre le peuple. L’autisme actuel de la politique dénoncée par Fillon est reel. L’appauvrissement des gens augmente, la pression fiscale et législative également. C’est une tête dans un étau que l’on supporte actuellement. Certains essayent encore de se débattre et de crier pour sauver leur existence. Toute action est vaine et inutile. Nous en sommes comme dans « la grève » à construire des canons à son. Nous en sommes aux piposophes et aux scientifiques bobos socialistes. Il nous faudra crucifier un messie ! La violence sera de notre faute et sera accompagnée de frustration et de souffrance. Les élus nous sauveront de nous-mêmes ! C’est super génial…

  • Désolant cet article de plus à faire pleurer dans les chaumières, cette fois, sur la fonction de maire. Oui un maire, comme tout responsable d’entreprise ou de la fonction publique, est souvent en situation de « solitude », mais seul juge à lui de ne pas l’être dans les situations à risque et de ne pas y aller seul. Ne parlons donc pas de la dégradation des services régaliens de l’Etat.

  • Les maires ne sont jamais seuls , il y a les conseillers …et toute un ribambelle de fonctionnaires elus ou d’etat.

  • Quand un maire, en l’occurrence le mien, traite un de ses administrés de « tête de con ». Comment réagir? Peut-on lui donner raison?

  • Accusation pour « homicide involontaire »…
    « Mais lorsque le maire leur a demandé d’attendre la police municipale, le conducteur a effectué une manœuvre en marche arrière et a roulé sur l’élu, qui se trouvait derrière le fourgon. »
    (extrait de cet article : https://www.francetvinfo.fr/france/provence-alpes-cote-d-azur/ce-que-l-on-sait-de-la-mort-du-maire-de-signes-jean-michel_3567711.html)
    … Flagrant délit de pollution d’un site naturel, délit de fuite, homicide. Je ne vois rien d’involontaire.

  • Bon, et dans l’affaire, s’il n’y a pas assez de décharges officielles et contrôlées à des tarifs raisonnables, est-ce la faute des élus locaux ou de l’état ?

  • Ce drame est la conséquence du pointillisme légal à l’œuvre dans ce pays, où chaque acte, chaque pas, chaque respiration, est désormais soumis à une avalanche de normes, tellement nombreuses que nul ne peut plus les connaître mais en subit les conséquences insupportables au quotidien.

    Lorsqu’il y avait des décharges ouvertes, de simples trous dans le sol à l’écart qu’on bouchait de temps en temps pour y planter des arbres ensuite, cela ne posait de problème à personne et il n’y avait pas de décharges sauvages. Aujourd’hui, on exige un tri d’une précision absurde pour un coût démentiel et les décharges sauvages pullulent. Des salariés écrasés de taxes et de réglementations cherchent à faire quelques économies de temps et d’argent dès qu’ils le peuvent. N’est-il pas curieux d’observer que plus les règles sont nombreuses, plus les interdits se multiplient, plus les rues et les routes sont sales, jusqu’aux rats s’ébattant joyeusement dans les rues des grandes villes ?

    L’incivisme dont certains se gobergent pour le dénoncer naît d’un civisme désormais impossible à atteindre, trop complexe, trop exigeant, trop réglementé. A avoir voulu tout encadrer, inciter, induire des comportements, plus rien ne sera respecté. Trop, c’est trop ! Le pays réel n’en peut plus du pays légal.

    L’anarchie ne naît pas de l’absence de lois. L’anarchie naît de l’excès de lois.

    • jacques lemiere
      9 août 2019 at 7 h 25 min

      oui un maçon de 23 ans, pourquoi on ne lui demande pas pourquoi il mettait ses gravats à cet endroit?

      là ou j’habite la déchetterie vient de décréter qu’il faudrait peser les gravats et ne pas dépasser telle quantité .. quitte à faire deux voyages..quitte à demander à un voisin de le faire pour vous..

      résultat…des tas de gravats sauvages…

  • Si les maires veulent être respectés qu’ils commencent par respecter les contribuables en ne dépensant pas l’argent en projets pharaoniques inutiles et qui flattent juste leur égo,et qui fait bosser les copains du BTP local.Quant à cet élu ce drame est bien sur condamnable mais il a soulevé un problème bien franco français à l’origine de bien des maux de notre soi disant démocratie,il est élu depuis …………..1983 .
    Le système des petites communes éparpillées est à bout de souffle,regroupement obligatoire et économies d’échelle mais des vraies cette fois pas comme pour les régions,on a plus besoin de 36 000 entités communales et encore moins de 620 000 mandats électifs .

    • @PCC
      Bonjour,
      « Le système des petites communes éparpillées est à bout de souffle »
      Comme vous l’expliquez dans votre paragraphe précédant cette phrase, le système est à bout de souffle à cause des dépenses pharaoniques des maires et de vraies économies de l’argent des contribuables.
      36 000 maires + 577 députés + 348 sénateurs + 1 président = 36 926 élus. Il y a 583 094 élus en trop.

    • Il y a aussi les contribuables qui veulent, dans leur village, le cadre de vie d’une ville de plus de 100’000 habitants.
      Crèche, piscine, salle d’activités, stade éclairé avec tribune, etc…

    • Je rajoute: on vote pour celui qui promet tout ça…

    • On nous rabâche ce chiffre de 36000 (en plus, 36000 a plus ou moins la signification de bien trop dans la langue populaire), mais le problème est dans l’organisation des tâches et la délégation des responsabilités. Prenez une mini-commune rurale, une personne alerte de 90 ans mais ne conduisant plus et souffrant d’une arthrite qui l’exclut d’internet (à supposer qu’elle n’habite pas dans une zone blanche, d’ailleurs). Comment peut-elle satisfaire à ses obligations administratives si la mairie déménage à 5 km ? Les voisins peuvent aider pour la vie courante, mais pas pour les obligations courantes administratives, en tout cas pas dans le respect de l’intimité souhaitable. Délégation des responsabilités, répartition des rôles, allègement des obligations, voilà ce dont nous avons besoin, et qui n’accompagne jamais les regroupements de communes.

  • Ce qui est malheureux c’est que les médias s’empressent de tirer des conséquences générales sur un cas particulier malheureux.Il faut se rappeler que les violences ne touchent pas que les élus.

  • La petite bête
    8 août 2019 at 14 h 47 min

    Instaurer un statut de l’élu: voilà bien une réponse technocratique. C,est comme la déradicalisation des islamistes: une vue de l’esprit qui n’a pas d’impact sur la réalité.
    Le jour où nos irresponsables politiques feront le lien entre leur interdiction de la fessée et ce genre de fait divers, on avancera peut-être.
    A force de saboter l’éducation, « nationale » et familiale… ils ont oublié que le respect de l’autorité des parents est la meilleure préparation â la vie en société. On ne peut saper l’une et préserver l’autre.

  • Un statut ils en ont déjà un et en profitent bien (combien de petits Fillon locaux ????jamais inquiétés!!),pas de responsabilités financières contrairement à un chef d’entreprise.
    Ils pleurent tous l’ancien statut de député/maire comme par hasard, beaucoup se sont largement rattrapé en se nommant président de commissions d’agglo…quant aux maires de petites communes qui n’y arrivent pas ,qu’ils arrêtent et si pas de candidats que la commune passe sous tutelle du préfet (avec renfort de préfets sans poste c’est pas ce qui manque non plus et ça nous coûte un bras) en attendant un regroupement ,à 2 000 milliards de dettes il est temps de taper fort.Les pleureuses aux frais du contribuable ça suffit.

  • Deux remarques, pas forcément très politiquement correctes…
    1. Est-ce vraiment le job d’un maire d’aller jouer tout seul au shérif à proximité d’un engin de plusieurs tonnes ?
    2. Dès le décès du maire, que n’a-t-on entendu dans la bouche des politiciens nationaux… L’auditeur avait l’impression d’être face à un crime de sang-froid d’un odieux pollueur face à un gentil maire… Alors qu’assez rapidement, il est apparu qu’il s’agissait plutôt d’un tragique fait divers opposant un conducteur maladroit à un maire imprudent.
    J’ai trouvé en outre particulièrement détestable que toute la Macronie, qui a méprisé, comme jamais avant, les élus locaux (taxe d’habitation, 80 km/h…) vienne à cette occasion verser ses larmes de crocodile face caméra !

    • Jean Nepafini
      Bonsoir,
      1 Un maire est aussi Officier de Police Judiciaire. C’est aussi pour cela qu’on nomme ceux à cette fonction « premier flics de commune ». Il peut donc dresser des P.V et faire des arrestations au besoin. Apparament les maires n’ont pas de carnets à souches. (et encore moins de menottes.)
      2) « meurtre de sang-froid » peut-être pas. Mais flag’ de pollution de site naturel, + délit de fuite + mort d’homme, je trouve la qualification d’involontaire de l’homicide inadéquate pour ce cas.

    • jacques lemiere
      9 août 2019 at 7 h 29 min

      cette histoire colle au story telling actuel justement, il y a des gens qui polluent car ils sont méchants, et le service public c’est « bien »…

  • Nouvelle attristante qui ne va créer des vocations. Homicide involontaire ?..!!!?
    Le problème numéro un est de diviser par 10 le nombre de commune en France et réorganiser le millefeuille administratif….. mais bien en veulent

    • Comme si diviser par 10 le nombre de communes réduisait la complexité administrative ! Le problème numéro un est de réduire la complexité administrative et le domaine où elle prospère. Ensuite, on verra bien que les effectifs territoriaux sont excessifs, mais fusionner les communes se fait aujourd’hui avec une augmentation du personnel administratifs et de la flotte de véhicules municipaux, ce qui n’est guère constructif.

  • RIP pour lui.
    Cependant:
    – Si la place d’un maire est si peu enviable, pourquoi y a-t-il encore des candidats?
    – Si les maires n’arrivent pas à faire respecter les règles que n’utilisent-ils pas les multiples instances très françaises telles que l’association des maires ou autre pour remonter les griefs autrement qu’une lettre perso au gouvernement qui s’en fichera?
    – Etant donné qu’un maire est affilié à un parti, de gré ou de force dans le cadre des élections, peut-être que celui-ci peut se demander si son parti n’a pas merdé depuis un bon 40 ans dans l’empilement des règles avec lesquelles il se débat (et nous avec).

    • jacques lemiere
      9 août 2019 at 7 h 33 min

      oui j’ai entendu la triste histoire d’un maire qui a été molesté pour vouloir empêcher des gens du voyage de s’installer sur un terrain… mais je connais un voisin qui lui a pris son fusil pour faire partir les gens du voyages de chez lui car les gendarmes n’y vont pas;..

      et avant on trouvait des voisins pour vous aider à le faire…

      • jacques lemiere
        9 août 2019 at 7 h 34 min

        d’un autre coté on mettait les gravats dans les chemin communaux pour les renforcer…et boucher les nids de poules..

  • « Pourquoi un maire doit-il donner de sa personne pour verbaliser des contrevenants ». comme si c’était son boulot…a quand macron au bord de la route pour mettre des prunes?
    cette triste affaire montre surtout que nos élus se prennent pour zorro alors qu’on leur demande juste de faire le minimum et de dépenser le moins possible, pas de jouer les redresseur de tords ou les justiciers du dimanche, ça c’est le role de la police et de la justice.

    • jacques lemiere
      9 août 2019 at 7 h 34 min

      c’est on boulot..je me demande si ce n’est pas le devoir de tout citoyen de s’y opposer…

  • Que fait cet article désolant sur Contrepoints !
    L’impuissance des collectivités locales ne serait-il pas lié à leur volonté de s’occuper de tout – interventionnisme et réglementation – combinée à leur morcellement : il reste 35 000 communes en France.

  • Avant d’incriminer l’état même si il n’est surtout pas exempt de responsabilité, les politiques de tout bord ont bien contribué depuis des décennies à la déliquescence de la morale des citoyens, à grand renfort de démagogie et de populisme, regardons les comportements individuels. Ce ne sont que égoïsme, absence de respect des règles, pertes de repères car ceux ci sont gênants et empêchent de vivre pleinement ses envies, éducation des enfants totalement absente (les petites têtes blondes, à claques, exigent et obtiennent) et on comprend cieux ce qui arrive : la déc

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