Les « camps climat », cet embrigadement vers la dictature heureuse

Climate Change Protest By: Michael Gwyther-Jones - CC BY 2.0

Une forme d’embrigadement bon enfant pouvant mener vers la « dictature heureuse ». Au nom du climat.

Par Michel Negynas.

Les « camps climat » sont une forme de colonie de vacances pour adultes où l’on vient se « renseigner » et se former pour « sauver le climat ». Les enfants ne sont pas oubliés. Ils sont conviés à des jeux éducatifs qui, sans aucun doute, en feront un jour des combattants hystérisés pour la cause.

Au départ, c’étaient de joyeuses assemblées où l’on se confortait mutuellement dans l’idée de la catastrophe imminente, où l’on s’auto-congratulait de figurer parmi « ceux qui savent », ceux qui « sont du bon côté »… Puis le phénomène prit de l’ampleur, au point de devenir un bon sujet pour les médias.

En France, les organisateurs sont « Les amis de la terre », ANV COP 21, et Alternatiba.

Les derniers camps ont changé de tournure. En particulier en France, sous la mainmise d’Alternatiba, une association activiste basque qui connaît très bien les méthodes de subversion : son fondateur est un ancien nationaliste basque, rompu aux techniques de la clandestinité. Au départ purement basque (« Bixi »), cette association essaime un peu partout en France.

En avril 2015, Txetx Etcheverry donnait une interview dans laquelle ses réponses de « repenti de la violence » pour le moins ambiguës font un peu frémir :

« Comment réunir des gens avec des niveaux de conscience et de politisation très différents ?

Il faut un concept éminemment pratique, afin que le maximum de gens puisse y trouver leur place, y compris des gens qui ne supportent pas les réunions ou qui ne vont jamais suivre un débat sur le changement climatique. Mais ces gens-là trouveront leur rôle en tant que cuisinier, électricien ou autre. C’est une manière d’organiser les choses : il ne faut surtout pas commencer par une discussion sur une charte pour le projet, parce que c’est le meilleur moyen de passer deux mois à s’écharper sur des point-virgules…

… Et puis, il faut démarcher selon des thématiques particulières. Si vous faites un espace recyclage par exemple, vous allez inviter des associations de couture ou de réparation qui n’ont a priori rien à voir avec l’écologie et le climat. Mais vous allez leur expliquer que leur activité est très bonne pour le climat. Et du coup, ils s’intègrent dans un événement dont l’enjeu central est le changement climatique, et les gens comprennent que leur pratique peut être liée à quelque chose qui lui donne plus de sens.

Certains reprochent à Alternatiba que son ouverture dilue sa substance radicale.

Il faut assumer les conséquences de l’ouverture aux autres ! Quand on fait un processus très large, avec beaucoup de personnes qui n’ont jamais milité, et avec des niveaux de conscience très inégaux, il peut y avoir beaucoup de contradictions. Cela va se gérer petit à petit, par la pratique de débat collectif.

Tout ne sera pas politiquement correct, et d’autres militants peuvent trouver qu’on ne va pas assez loin. Les polémiques autour d’Alternatiba nous reprochent de ne pas être assez anticapitaliste, d’avoir demandé des subventions à une mairie ou de frayer avec telle personne qui n’est pas recommandable…

Vous vous dites « radicalo-pragmatique ».  À Grenoble, Éric Piolle utilise la même formule. Est-ce la nouvelle ligne politique des écologistes ?

On se considère comme radicaux car on croit vraiment au slogan « changer le système pour ne pas changer le climat ». Il faut mettre autre chose en place que le capitalisme, la croissance et le productivisme si on veut rester dans les limites possibles de la Terre.

Mais on est pragmatiques car on a conscience du rapport de force. On ne parle pas de révolution, pour l’instant, on est incapables de la faire. Donc on lance des dynamiques qui permettent de créer des rapports de force favorables, d’être demain en capacité de gagner, même des petites batailles. »

Quelle frontière entre radicalisation et fanatisme ?

Les méthodes d’Alternatiba sont largement inspirées des travaux de Saul Alinsky, qui a théorisé sur les méthodes d’organisation communautaires.

L’un des points forts pour organiser une communauté, selon Wikipedia, mais facile à retrouver dans l’ouvrage cité :

« Être radical aborde des thèmes variés. Parmi eux, la construction symbolique, utilisé pour renforcer l’unité au sein d’une organisation. Il s’appuierait par exemple sur la fidélité à une appartenance religieuse afin de créer une organisation structurée et opérative. La raison étant que les symboles par lesquels les collectivités peuvent s’identifier créent des organisations structurées qui étaient plus faciles à mobiliser dans la mise en œuvre de l’action directe. Une fois que la communauté est unie derrière un symbole commun, il suffisait à Alinsky de lui trouver un ennemi commun, pour l’unir face à lui. 

L’utilisation de « l’ennemi commun »est l’un des thèmes majeurs de l’ouvrage. »

Aleski établit 13 règles, dont :

« La menace est plus terrifiante que la chose elle-même. L’imagination a plus de pouvoir que n’importe quel militant ».

« Choisir la cible, verrouillez-la, personnalisez-la et polarisez-la. Coupez le réseau de soutien et empêchez votre adversaire d’obtenir de la sympathie. Allez chercher des gens et non des institutions ; les gens sont plus facilement blessés que les institutions. »

Curieusement, même si l’efficacité des méthodes d’Aleski ont été contestées, elles sont utilisées par des entités très diverses. On ne peut s’empêcher de penser aux insidieuses méthodes sectaires. Mais le Tea Party les utilise aussi, ainsi que certains cadres de la France insoumise… On pourrait rattacher aussi ces méthodes à  l’empowerment, utilisé en politique et parfois en entreprise par les ressources humaines…

Ici, l’ennemi commun symbolique est bien entendu le CO2.

Mais il y a un paradoxe dans le cas du climat : « L’ennemi commun » pour renforcer le sentiment d’appartenance, en l’occurrence le CO2, n’est-il pas aussi utilisé par les politiques en place, en quête d’un sens qu’elles ont perdu ?

En réalité, les institutions politiques et entrepreneuriales jouent aux arroseurs arrosés.

Des anticapitalistes bien capitalisés

Les communautés s’organisent sous l’influence de personnes expérimentées disposant de moyens financiers, comme le « Climate Reality project » d’Al Gore, maison-mère de « On est prêt », ou Rentszog, le « créateur » du phénomène Greta Thunberg.

Comme démontré dans Chroniques d’un monde éco fantasmé, en écologie nous assistons à une inter-instrumentalisation des acteurs : certains reprennent le combat anticapitaliste (les Insoumis), d’autres rêvent d’une destitution des États-nations au profit de communautés culturelles (les indépendantistes basques), s’en servent d’argument électoral ou géopolitique, pour souder leurs communautés religieuses (le Pape François). D’autres, enfin, en font tout simplement du fric.

Il n’y a pas de complot, mais l’ennemi commun CO2 est de toutes les parties. C’est ce qui fait la force de cette dérive collective ahurissante.

À ce jeu-là, ce seront les plus pervers qui gagneront. Et les plus radicaux, surtout chez les générations montantes. Mais ce ne seront certainement pas les démocrates.  

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Michel Negynas est l’auteur de Chroniques d’un monde éco fantasmé.

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