Le style glamour de la nouvelle classe politique espagnole

Photo by Adrián Santalla on Unsplash,

La nouvelle classe politique espagnole, féminisée, cultive un goût pour le conformisme du paraître.

Par Marc Crapez.

Dans un album de Lucky Luke où les Indiens assiègent un fort, le sergent recommande aux soldats de corvée de patates de « faire semblant de faire des épluchures fines que le colonel fera semblant de vérifier ». Cette sorte d’effet obsidional, ou — simplifions — d’effet insulaire, consistant à jouer à se faire peur mais à parier sur l’esprit de transaction, tout en feignant de croire à une situation ne pouvant être sauvée qu’in extremis, caractérise bien la politique espagnole de recherche d’une majorité de gouvernement aussi bien que les retenez-moi-ou-je-fais-un-malheur d’une Catalogne ravie de danser le tango avec la Castille.

Aussi n’est-il point besoin d’aller chercher un « effet Moncloa ou un miracle » (du nom de l’équivalent espagnol du palais de Matignon). Au regard de la vie politique espagnole, le petit miracle c’est ce laps de temps fondé par l’intelligence politique de Felipe Gonzalez, de responsabilité des acteurs au service de la stabilité. Patatras ! Le zapaterismo et ses bébés Indignados et Podemos (conçu au département de science politique de l’université Complutense) ont tout saboté.

Un casting varié pour diriger l’Espagne

Après les dernières élections, le successeur de Mariano Rajoy à la tête de la droite espagnole, Pablo Casado, a annoncé qu’il nommera une femme comme porte-parole, emboîtant le pas aux autres porte-paroles des grands partis : Adriana Lastra (Parti socialiste), Inés Arrimadas (parti de centre-droit Ciudadanos) et Irene Montero (Podemos).

Que ce soit Cuca Gamarra ou Cayetana Álvarez de Toledo, ce choix illustre une féminisation et un conformisme du paraître. La plupart cultivant de surcroît une image européiste et centriste. Après les précédents de Kennedy et Tony Blair, l’Espagne promeut un personnel politique plus jeune, réformateur et réaliste mais surtout plus féminin, moderniste et europhile.

La ministre de l’Économie du socialiste Sanchez, Nadia María Calviño Santamaría, avait travaillé dans les instances européennes. Quant aux deux personnalités pressenties pour devenir porte-paroles de la droite, si Cuca Gamarra est davantage ancrée localement en tant que maire, Cayetana Alvarez de Toledo, elle, joue sur la corde du glamour.

Tête de liste de la droite à Barcelone, elle n’a recueilli que 5 % des suffrages, le plus mauvais résultat enregistré jusqu’à présent dans les annales étant de 10 %. Plus encore que la Française Nathalie Kociusko-Morizet, Toledo est de ces personnalités « post-modernes » qui privilégient la popularité médiatique au suffrage universel.

Investie par la droite en 2018, elle l’a délaissé en votant pour Ciudadanos (le parti de centre-droit). Un peu comme le socialiste Sanchez avait conclu un pacte avec ce même parti de centre-droit. Et de même que le chef centre-droit de Ciudadanos avait publié un livre contenant le mot Podemos, connoté à gauche, Toledo est un leader de droite qui arbore le mot Ciudadanos, connoté au centre.

Attaquée comme « marquise ultra-libérale », « dangereuse droitière », « libérée de ses complexes de droite », Toledo incarne une génération de femmes élégantes ou flamboyantes (Soraya Sáenz de Santamaría ou Marlène Schiappa en France). Une génération précoce (Cristina Cifuentes est élue députée de droite à 25 ans, la centriste Irene Montero à 27 ans) ; décomplexée (Cristina Cifuentes, Sanchez et Casado sont accusés de diplômes frauduleux). Le leader de la droite peut faire penser, en outre, à Sanchez, surnommé « le beau », ou à Rivera, qui avait posé torse nu. Quant à Inès Arrimadas, leader de Podemos, elle est critiquée pour sa villa de luxe.

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