L’État victime de la doxa libérale ou socialiste ?

Est-il juste d’affirmer comme l’a fait le vice-président du Conseil d’État que « la capacité de projection de l’État a été victime de la doxa libérale, qui a conduit à réduire, voire à sacrifier, des services d’études, de prospective, de stratégie » ?

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L’État victime de la doxa libérale ou socialiste ?

Publié le 13 juillet 2019
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Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Dans un entretien du 5 juillet avec Le Monde, le vice-président honoraire du Conseil d’État, Jean-Marc Sauvé, a fait part de ses inquiétudes sur la réforme du recrutement des élites de l’État. Sa parole compte : la fonction qu’il occupait est clé dans la République et on dit souvent que celui qui l’occupe est le « premier fonctionnaire » de France.

Son constat est accablant : « Depuis une quarantaine d’années, l’État s’est affaibli » en raison de « la réduction de ses capacités et de ses ressources en matière de conception et de stratégie ». Ce jugement est assez largement partagé au sein de l’administration et de ses partenaires : la puissance publique a perdu une expertise de haut niveau dans de nombreux domaines et s’en retrouve aujourd’hui souvent appauvrie intellectuellement.

Est-il pour autant juste d’affirmer que « la capacité de projection de l’État a été victime de la doxa libérale, qui a conduit à réduire, voire à sacrifier, des services d’études, de prospective, de stratégie » ?

Cette remarque appelle deux répliques.

La première amène à considérer l’évolution du poids de la puissance publique en France : la dépense publique représentait approximativement un tiers du PIB en 1960, contre plus de la moitié aujourd’hui ; la dette publique était à peine de 20 % en 1978, contre presque 100 % désormais ; les prélèvements obligatoires atteignaient 30 % du PIB la même année, mais 15 points de plus aujourd’hui. La sphère publique n’a cessé de croître : elle a collecté plus, emprunté plus, dépensé plus. Même avec une imagination fertile, ces indicateurs peuvent difficilement être interprétés comme les signaux d’un diktat libéral…

Trop souvent, le débat public est construit comme si l’administration pouvait, de sa position mystérieusement extérieure et supérieure, déterminer de quoi l’avenir sera fait

Incurie de la gestion publique

La conclusion évidente de cette dérive des comptes publics et de sa concomitance avec une dégradation du service aux citoyens pointe plutôt l’incurie de la gestion publique ! Pour comprendre ses difficultés contemporaines, l’administration doit d’abord regarder en son sein : c’est là que se trouvent ceux qui, par déficit de clairvoyance et de courage ou par intérêt corporatiste, freinent et ruinent le crédit de l’État.

La seconde réponse prend la forme d’une double perplexité.

Dans son entretien, Monsieur Sauvé dénonce le recours à des « consultants ». En affirmant implicitement que leur intervention est regrettable, voire illégitime, il semble considérer que la puissance publique devrait accueillir toutes les compétences. Cette remarque interroge évidemment en filigrane non seulement la dimension mais également le rôle de l’État en France : est-ce vraiment sa mission que de produire des analyses, même brillantes, quand le privé peut le faire ?

Cette question en ouvre une autre, fondamentale, sur la capacité de prospective de la puissance publique, qui aurait disparu. Trop souvent, le débat public est construit comme si l’administration pouvait, de sa position mystérieusement extérieure et supérieure, déterminer de quoi l’avenir sera fait. Ce n’est évidemment pas le cas. Le privé ne le peut pas non plus. La différence entre les deux est que là où la première prend des risques avec l’argent du contribuable, le second le fait avec le sien propre. Les incitations à se tromper en sont considérablement affectées.

Dans un environnement incertain, comme l’avait montré Hayek, seul le marché permet de faire émerger l’information pertinente. C’est pour cela qu’il faut faire reculer l’État. Vivement que la doxa libérale y parvienne !

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  • quand 70% des élus viennent de l’administration que peut on attendre comme politique libérale?

  • « La différence entre les deux est que là où la première prend des risques avec l’argent du contribuable, le second le fait avec le sien propre. »
    Il me semble que ce n’est pas si simple: il y a déjà eu (c’est de moins en moins vrai) des hommes de l’Etat dévoués à l’intérêt commun (je préfère cette expression à celle d’intérêt général). Ce n’est pas en soi, la vocation du privé de servir l’intérêt commun.
    Dans le domaine de la recherche par exemple, celle qui est financée par une entreprise est orientée en fonction de ses intérêts et c’est parfaitement normal. Une recherche publique peut avoir d’autres objectifs, mais… tout dépend de la vertu des hommes d’Etat.

    • Et en quoi soutenir une recherche sans application prévue à échéance raisonnable (dans le cas contraire il se trouve forcément un entrepreneur pour y aller) servirait il l’intérêt commun ? Autrefois la recherche n’existait qu’au service d’entreprises (dont les militaires !), en sous-produit de l’enseignement ou en tant qu’activité quasi-artistique soutenue par des mécènes. Et cela n’a pas empêché les grandes avancées de la science.
      Même si le privé est motivé principalement par le profit, cela passe par la création de valeur ajoutée et cela finit par profiter à l’ensemble de la société.

  • Je pense que l’Etat a surtout été victime de la dérive politique bananière de nos gouvernants successifs permis par notre constitution. Le président c’est l’Etat, l’Etat c’est le président !

  • Vu les excellents résultats de l’état il vaut mieux qu’il s’en tienne au régalien.
    La liste des échecs lamentables et coûteux est longue, que Olivier Maurice détaille dans Contrepoint.
    1960 : destiné à traverser l’Atlantique en un temps record de 5 jours, le paquebot France fut inauguré en grande pompe après 3 ans de chantier. Dommage, cela faisait déjà deux ans que les Boeing 707 de la Pan-Am relient Paris à New York en 8 heures.
    1963 : bien décidés à montrer aux entreprises aéronautiques privées en plein boom la suprématie de la puissance publique, les États français et britanniques font la course avec l’URSS pour la fabrication d’une aile volante supersonique. Le hic ? Un Concorde consommait 6 fois plus de kérosène par passager qu’un Boeing 747.
    1966 : Plan Calcul de 300 millions de Francs de l’époque chaque année, finalement abandonné en 1974.
    1978 : Le plus drôle, les avions renifleurs, suprême grotesque de nos politiciens.
    1980 : Conçu pour réduire la gigantesque consommation de papier des annuaires téléphoniques, le Minitel est vite devenu rose. On s’interrogeait quand même à l’époque pour comprendre pourquoi son système 100 % fermé et n’offrant aucune confidentialité ne recueillait aucun enthousiasme à l’étranger.
    1985 : Le Nanoréseau, fer de lance du plan informatique pour tous destiné à faire entrer les écoliers dans l’ère numérique, le temps que ce réseau pédagogique à base de calculettes Thomson connectées soit mis en place, 3Com avait développé le réseau Ethernet, Arpanet devenait Internet, Apple lançait Macintosh et Microsoft Windows.
    1990 : Pas plus que le D2 Mac Paquet, censé nous offrir la haute définition télévisuelle, que la France a réussi à imposer à l’Europe (mêmes énarques), qui a nécessité le lancement de plusieurs satellites dédiés ainsi que des premiers réseaux câblés. Abandonné en 2000, les Américains ayant inventé le numérique entre temps…
    On remarque que l’État génial du peuple le plus intelligent de la planète se fait systématiquement devancer par les start-up privées américaines !
    On pourrait allonger la liste déjà peu reluisante de ces fleurons de la mauvaise foi patriotique à nombre de pseudo-réussites technologiques autoproclamées et aux entreprises qui ont depuis sombré à cause de l’État stratège : Bull, Thomson-CSF, Usinor, Alsthom, etc…

    • Je rajoute un autre gros flop dans le nucléaire. Alors que l’enrichissement par centrifugeuse était la solution évidente (le progrès des matériaux et le contrôle électronique des paliers magnétiques permettaient de faire tourner les bols de plus en plus vite) , la France s’est obstinée dans la voie (restée au laboratoire bien sur !) de l’enrichissement par laser.

    • La ligne Maginot est en tête de cette liste, tant par l’ampleur de l’investissement que par l’étendue de l’échec. Et pourtant, on est au cœur du régalien, démontrant que, dès lors que l’Etat se disperse hors de son domaine naturel, il devient incompétent partout, mauvais en tout, bon à rien. L’Etat obèse est un vaurien.

  • « vice-président honoraire du Conseil d’État »

    Rien que le titre fait rire, tellement ça sonne au choix, emploi fictif ou stalinien

    « État a été victime de la doxa libérale »
    Là j’ai ris à gorge déployée, la doxa libérale dans le pays le plus socialiste d’Europe

    « Depuis une quarantaine d’années, l’État s’est affaibli  »
    Là je suis juste tombé de ma chaise, depuis 40 ans, l’état contrôle, interdit et taxe tout (normal pour un régime socialo-marxiste)

    Bref, une bonne tranche de rigolade.

    • Oui, mais il se révèle incapable d’assurer ses fonctions régaliennes

    • Je crois que c’est plus complexe que ça.
      L’État aujourd’hui dépense (et s’endette) beaucoup pour financer du social : santé, chômage, retraites…
      Il a par ailleurs beaucoup privatisé et libéralisé, à la fois pour des raisons financières et sous la pression de l’Europe.
      Il s’est aussi désengagé de certaines de ses missions abandonnées a d’autres ou abandonnées tout court (entretien des routes…) et ne met pas les moyens qu’il faudrait sur certaines actions régaliennes comme la Justice.
      Dans le même temps, il tend à régenter (une façon de se prouver qu’il a encore un peu de pouvoir sur les choses ? ) de plus en plus la vie quotidienne du citoyen…
      Donc, selon le domaine abordé, l’Etat pourra apparaître plutôt « libéral » ou plutôt « socialiste ».

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