Sarkozy a-t-il tué la droite ?

Nicolas Sarkozy arrives at the european Summit in brussels 2012 by Stefan de Vries(CC BY-ND 2.0)

La sortie du dernier livre de Nicolas Sarlozy est l’occasion de faire un point sur sa politique.

Par Jean-Baptiste Noé.

En 2007, Nicolas Sarkozy a été élu sur des promesses de sécurité, de défense du travail et de salubrité économique. Il a ainsi réussi à coaguler les voix des droites autour de sa personne et à siphonner les voix du Front national. N’ayant pas tenu ses promesses, non seulement son électorat s’est détourné de lui, mais il a surtout profondément abîmé et détruit l’image de la droite, qui après le désastreux mandat de Jacques Chirac a une nouvelle fois montré qu’elle n’appliquait pas au pouvoir les bonnes idées qu’elle pouvait avoir dans l’opposition. C’est lui qui est responsable de la faillite actuelle de ce courant politique et de sa déshérence intellectuelle.

Dans son nouveau livre, Passions, Nicolas Sarkozy s’arrête à l’année 2007, c’est-à-dire à sa victoire. On attend avec impatience la suite. Sarkozy est en effet l’homme des défaites. Durant son quinquennat, hormis les élections européennes de 2009, la droite a perdu toutes les élections locales. En 2012, il s’est fait battre par l’incompétent François Hollande et, en 2016, il a été très sévèrement battu aux primaires de la droite, c’est-à-dire par son propre électorat. C’est un perdant, qui a détruit sa famille politique.

Élu à droite, gouverne à gauche

En 2007, il a été élu sur une promesse de rupture. En réalité, il a poursuivi les demi-réformes du chiraquisme. La seule rupture qui a eu lieu est celle qu’il a opérée avec son électorat.

Élu sur un programme de droite, il s’est empressé de s’ouvrir à la gauche, faisant dire à l’époque à son fidèle Patrick Devedjian : « Je suis pour aller très loin dans l’ouverture, y compris jusqu’aux sarkozystes. » Il a été élu sur la promesse de « passer le karcher ».

Mais Brice Hortefeux est l’un des ministres de l’Intérieur qui a le plus naturalisé, et la violence et l’insécurité n’ont cessé de croître. Il a été élu sur la promesse de revaloriser le travail : les impôts n’ont cessé d’augmenter, le Code du travail a poursuivi sa cure d’obésité, les dépenses publiques se sont envolées. La crise de 2008 a bon dos. Alors qu’elle aurait dû être l’occasion de rompre une fois pour toutes avec le keynésianisme, Sarkozy a créé un grand emprunt et fait tourner la dette et la dépense publique.

Comme le faisait justement remarquer Emmanuelle Mignon, sa conseillère, le gouvernement d’Emmanuel Macron est plus à droite que celui de Nicolas Sarkozy. Il est donc logique que l’électorat de droite aille désormais vers lui.

Alors que tous les sondages le donnaient perdant, il a préféré se représenter en 2012, plutôt que de laisser son Premier ministre concourir. Se faisant, il a ouvert la porte à François Hollande. Puis il a savonné la planche de François Fillon en soutenant en sous-main Jean-François Copé lors de l’élection pour la présidence de l’UMP, s’assurant ainsi la possibilité d’un retour.  Ce qu’il a fait une fois que Copé ne lui était plus nécessaire.

Faire enfin

La plus grande charge contre Nicolas Sarkozy est venue de François Fillon. Non pas lors de sa phrase à Sablé-sur-Sarthe en août 2016 (« Qui imaginerait le Général de Gaulle mis en examen ? ») qui ne lui était pas destinée, mais dans son livre Faire et dans son slogan « Faire enfin, faire vraiment. »

François Fillon avait compris que la droite avait perdu toute crédibilité parce qu’elle n’avait pas fait les réformes nécessaires. Il lui fallait donc non seulement proposer des mesures justes, mais aussi convaincre l’électorat que lui, une fois au pouvoir, allait réellement faire. Raison pour laquelle il proposa d’organiser des référendums pour trancher les réformes importantes.

Implicitement, c’était dire que Nicolas Sarkozy n’avait pas fait. En effet, les principales mesures réformatrices de son quinquennat avaient été menées par François Fillon, souvent contre la volonté première de Nicolas Sarkozy. Il ne pouvait donc pas laisser son ancien Premier ministre remporter la présidentielle, d’où les coups bas tout au long de la campagne.

En douze ans, la droite a perdu ses idées et sa crédibilité. Le keynésianisme économique mêlé au laxisme sécuritaire l’ont décrédibilisé à la fois chez les entrepreneurs et dans les couches populaires. Certains ne retiennent que le Sarkozy de 2007, oubliant que celui-ci a ouvert la voie à la défaite intellectuelle et morale de sa famille politique. À la droite, il faut donc aujourd’hui rompre avec le chiraco-sarkozysme, c’est-à-dire en finir avec l’étatisme et, une fois au pouvoir, appliquer réellement les réformes promises durant la campagne.