Le choix du Wifi pour les voitures autonomes est-il vraiment pertinent ?

Va-t-on droit vers un nouveau cas tel que “Minitel VS internet”, mais à l’échelle européenne cette fois ?

Par Théophile Gacogne.

On a tous entendu parler de ces fameuses voitures autonomes, les moyens de transports de demain qui nous permettront de ne plus avoir à nous préoccuper de la conduite, puisqu’elles se chargeraient de nous transporter d’un point A à un point B seules, ou presque.

Afin d’être totalement opérationnelles, ces voitures auront besoin d’utiliser un standard de communication sans fil, afin de pouvoir communiquer entre elles mais aussi avec des infrastructures. Il fallait donc faire un choix, et l’Union européenne s’est décidée à utiliser la technologie Wifi, au détriment de la tant attendue 5G. Choix pertinent, ou erreur stratégique ? Essayons de faire le point.

Wifi VS 5G : quels sont les avantages et inconvénients de ces technologies ?

On ne va pas se le cacher, l’argument clé avancé par les partisans du Wifi dans les voitures autonomes est que cette technologie a fait ses preuves sur le long terme, contrairement à la 5G qui n’est à l’heure actuelle utilisée que dans une très petite partie de l’Asie et fait seulement ses débuts sur la scène des innovations technologiques, avec l’arrivée de smartphones compatibles en 2019.

De plus, comme toute nouvelle technologie, la 5G est onéreuse et l’installation des points de relais nécessaires à son bon fonctionnement coûtera une somme assez conséquente, ce qui peut bien sûr influencer la balance encore plus en faveur du Wifi déjà bien implanté en France comme dans toute l’Europe.

On pourrait donc dire que le Wifi est une technologie idéale pour les voitures autonomes car elle est connue, pas chère et déjà mise en place depuis de nombreuses années. Cependant, la 5G semble prometteuse et très attendue, notamment par les utilisateurs de smartphone compatible, mais aussi par plusieurs concepteurs automobiles qui comptaient sur cette technologie.

En effet, la 5G est une solution promettant une rapidité de réponse hors du commun, mais aussi permettant le traitement de plus de données simultanément, tout en améliorant le débit. Bien sûr, ces 3 axes ne peuvent pas être optimaux en même temps, mais la 5G compte bien optimiser leur association pour fournir les meilleurs résultats possibles, et dépasser de loin les performances de la 4G et du réseau Wifi.

Aussi, la 5G a un avantage supplémentaire : elle est accessible aux piétons. En effet, il n’y a pas qu’avec les autres véhicules et les infrastructures que les voitures autonomes devront communiquer, elles devront aussi le faire avec les piétons et cyclistes. Cependant, ces derniers n’ont pas un accès constant au Wifi, celui-ci n’étant pas encore gratuit et ouvert partout en Europe. Par conséquent, une fois que la 5G sera disponible en Europe, elle permettra aux piétons et cyclistes de communiquer avec ce type de véhicule aussi, contrairement au Wifi.

Le Wifi, une technologie bientôt dépassée ?

S’il est vrai que le Wifi est moins cher et a déjà à de multiples reprises fait ses preuves, cette technologie est-elle vraiment indiquée pour une innovation telle que celle des voitures autonomes ?

En effet, le Wifi ne sera-t-il pas obsolète, surtout lors de la sortie de ces véhicules ? Avec toutes les avancées qui pourront être faites jusqu’à la mise en circulation des voitures autonomes, mais aussi le temps laissé à la 5G pour faire ses preuves, l’Union européenne n’aurait-elle pas dû laisser une chance à cette nouvelle technologie ?

Pour les partisans de la 5G à bord des voitures autonomes, le vote de la technologie Wifi pour ce type de véhicule est une erreur, ou du moins l’obligation d’utiliser la technologie Wifi, car il s’agit pour eux d’un investissement supplémentaire pour s’adapter à une technologie bientôt dépassée.

En effet, après l’arrivée de la 3G puis de la 4G, la technologie Wifi a pris du plomb dans l’aile. D’ailleurs, bien qu’elle soit toujours largement utilisée et proposée par tous les opérateurs, il n’est pas rare de voir de plus en plus de ces derniers proposer des modems et routeurs 3G ou 4G. C’est avec de petites innovations de ce genre que l’on remarque que le Wifi est en effet une technologie qui perd du terrain, et qui sera donc très probablement bel et bien dépassée dans quelques années.

Par ailleurs, selon Harald Krueger, PDG de BMW, et Timotheus Hoettges, PDG de Deutsche Telekom, le fait d’avoir choisir une technologie ancienne tel que le Wifi va inévitablement entraîner des retards assez importants dans le développement et le déploiement de la communication V2V (voiture à voiture) et V2X (voiture à infrastructure).

Le choix de l’Union européenne est-il le bon ?

Il est peut-être trop tôt pour dire si le choix de l’Union européenne est le bon ou non, mais cette situation rappelle tout de même fortement le souci rencontré en France avec Minitel et internet.

Pour résumer, Minitel est le diminutif de Médium interactif par numérisation d’information téléphonique, mais il s’agit aussi du terme employé pour désigner l’ensemble des services Vidéotex et les éléments du réseau en France qui permettaient ce service. Ce réseau de télécommunication a été développé en France et était principalement utilisé dans les années 1980 à 1990.

Si le réseau était très populaire, l’arrivée d’Internet commença à le concurrencer. Petit à petit, Minitel perdait de plus en plus d’utilisateurs, et le réseau sur lequel la France avait misé et investi perdait de l’ampleur, jusqu’à fermer définitivement en 2012.

Si vous ne voyez pas vraiment la ressemblance entre ce cas et celui d’aujourd’hui, sachez que l’État avait annoncé qu’Internet n’avait pas d’avenir, et qu’un tel fonctionnement coopératif n’était pas conçu pour le développement de services commerciaux. Selon l’État toujours, il valait mieux compter sur une ressource connue et ayant fait ses preuves… Cela a ralenti le développement des nouvelles technologies pendant plusieurs années, et les efforts investis dans une technologie obsolète par rapport à Internet ont été vains.

Alors, peut-on dire que le choix de l’Union européenne est censé et pertinent, ou allons-nous droit vers un nouveau cas tel que Minitel VS Internet, mais à l’échelle européenne cette fois ? Nous le saurons peut-être bien assez tôt.