Nathalie Loiseau, de la fabrique du fascisme à celle du conformisme

Konferenzdiskussion zur `ZUKUNFT DER EU` By: Bundesministerium für Europa, Integration und Äußeres - CC BY 2.0

Nathalie Loiseau est passée d’un engagement de jeunesse très à droite à celui conformiste de la classe bureaucratique française.

Par Frédéric Mas.

L’information tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. La tête de liste LREM aux Européennes, Nathalie Loiseau, aurait été candidate pendant ses années d’études à sciences po, c’est-à-dire il y a 35 ans, pour un syndicat étudiant notoirement lié à l’extrême-droite la plus radicale. Certains s’indignent, d’autres se moquent.

Les premiers estiment que les idées de jeunesse de madame Loiseau forment une tache indélébile sur son C.V1. Celle-ci invalide d’office ses engagements postérieurs et ceux à venir, parce que c’est certain, en 35 ans, on ne change pas.

Les autres, plus raisonnablement, pointent la vacuité de la communication macronienne, qui souhaitait contenir le débat sur les élections européennes dans les limites du clivage progressisme contre conservatisme(s), avec dans le beau rôle européiste LREM et dans celui des méchants à peu près tout le reste du spectre politique.

Progressisme en toc ?

Le progressisme survendu par la communication politique de LREM se présentait aussi comme celui naturel des experts et des élites. Jusqu’à présent, Nathalie Loiseau cochait toutes cases de la « narration » proposée, comme disent les spin doctors dans le monde anglo-américain. Jusqu’à la caricature. Plus proche d’Angela Merkel que d’Eva Braun, elle incarnait à la perfection cette haute fonction publique qui dirige le pays depuis plus de 40 ans sans une once d’auto-critique ou d’imagination, et qui assigne à l’engagement politique un rôle essentiellement cosmétique.

C’est que les grandes écoles, sciences-po et surtout l’ENA ne fabriquent pas seulement des élites politiques et administratives. Elles tendent aussi à formater les esprits pour les rendre aptes à diriger le pays, c’est-à-dire une énorme machine politico-administrative à la culture monarchique devenue au fil des ans un maquis bureaucratique impénétrable pour le commun des mortels.

De la colonisation de la politique par la haute fonction publique a résulté 40 ans de politique social-démocrate, qu’elle soit portée par les partis de gauche ou les partis de droite. Qu’il s’agisse de réformer le droit du travail, de relancer l’emploi ou de combattre la délinquance, rien n’échappe au formatage de la classe intermédiaire bureaucratique qui limite le cercle de la raison à celui de la formation qu’elle a reçue en école : rien ne peut se faire en dehors de l’État et de sa bureaucratie qui connaît tout mieux que tout le monde.

La langue de la technocratie

Il est tout à fait probable que madame Loiseau, en subissant ce formatage, ait abandonné ses convictions de jeunesse pour adopter la langue de la technocratie, c’est-à-dire celle d’une expertise qui prétend se hisser en dehors du marigot politique des intérêts particuliers.

Ceci nous semble être le vrai problème, caché derrière la polémique : la fabrique des élites en France est aussi une fabrique du conformisme social, ce qui rend toute réforme d’envergure totalement improbable. Nos experts sont certes très intelligents, mais par leur formation, ils sont incités à écarter d’office les positions jugées trop radicales, trop extrémistes ou plus généralement trop éloignées de leurs habitudes. Si le système fonctionne pour écarter les idées nocives comme celles de la jeune madame Loiseau, comment faire pour que celles véritablement innovantes et libérales percent le cuir durci du Léviathan français ? La question reste ouverte.

  1. En général, les mêmes qui tolèrent tendrement les engagements des ex-soixante-huitards passés par les sectes d’extrême-gauche aussi violentes que les cogneurs du GUD et d’Occident.