Notre-Dame de Paris incendiée : un éclair d’éternité

La cathédrale, comme symbole, nous inscrit à la fois dans une histoire, celle de l’homme, et dans une communauté, celle de l’humanité, pour laquelle ce qui est d’ordre biologique ne constitue pas le tout de la réalité.

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Cathédrale Notre Dame de Paris By : Daniel Dudek - CC BY 2.0

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Notre-Dame de Paris incendiée : un éclair d’éternité

Publié le 20 avril 2019
- A +

Par Charles Hadji.
Un article de The Conversation

L’incendie de Notre-Dame de Paris a profondément touché des millions de personnes. Peut-on, et comment, rendre compte de cette résonance universelle ? L’événement aurait-il le même sens pour toutes ces personnes ? Ne faut-il pas interroger plutôt le fait que tant de personnes se soient senties touchées, en même temps, par le même événement ? L’écho universel rencontré par ce qui n’est, d’un point de vue froidement objectif, qu’un incendie, ne nous dévoile-t-il pas quelque chose d’essentiel ?

L’expérience paradoxale de l’éternité

Spinoza a écrit que « chacun d’entre nous est capable de sentir et d’expérimenter qu’il est éternel ».

At nihilominus, sentimus, experimurque, nos aeternos esse  (Ethique, V, p. 23, scolie).

Il me semble que l’incendie met en pleine lumière la vérité de cette affirmation. Si le fait de voir cette cathédrale tant aimée se réduire en partie en cendres sous notre regard sidéré d’impuissance nous touche tant, c’est qu’il est reçu comme un rappel à l’ordre. Il réveille, de façon flamboyante, la conscience de notre rapport à l’éternité. C’est-à-dire à quelque chose qui n’est pas de l’ordre des choses, et qui s’inscrirait dans une tout autre temporalité que celle de notre pauvre durée, dont la mort est l’horizon.

Ce message est paradoxal. Car bien sûr on peut entendre, en premier lieu, que rien n’est éternel, puisque brûle ce que l’on croyait le plus solide. Même les cathédrales peuvent partir en fumée ! Chacun est poussière, et retournera en poussière. Il faut bien s’en faire une raison. Mais en allant, comme le « pauvre Martin » de Brassens, jusqu’à ne pas trouver ça tout naturel ! Autrement dit, en comprenant que la nature, en tout cas de l’homme, ne se réduit pas à ce qui, en lui, est immédiatement naturel.

Pour le chrétien : l’espérance, plus forte que la mort

Car à quel titre est-on aussi profondément touché ? On peut apporter au moins trois réponses. Je suis touché, tout d’abord, en tant que chrétien. Parce que, comme l’écrit Descartes, Dieu m’ayant fait la grâce d’être élevé dans la religion chrétienne, ce dont il m’est resté quelques traces, je ne peux qu’être profondément attristé par le funeste événement frappant l’une de nos plus belles cathédrales, qui plus est (Dieu viendrait-il nous narguer ?) pendant la Semaine sainte.

Mais précisément, l’horizon de cette Semaine sainte est la perspective de la résurrection, c’est-à-dire de la vie éternelle. La croix de Notre-Dame n’a-t-elle pas été comme miraculeusement préservée ? Ne sommes-nous pas sommés de comprendre, enfin, que le Royaume n’est pas de ce monde ? La cathédrale n’aurait-elle pas brûlé que pour mieux renaître, comme symbole du Christ ressuscité, qui nous a donné l’espérance de l’éternité ?

Pour le Français : l’histoire et la résilience

En second lieu, je suis touché en tant que Français. Notre-Dame appartient à notre patrimoine commun. Beaucoup plus qu’un simple édifice religieux, elle témoigne de, et pour notre histoire. Elle est un symbole de l’existence, et plus encore de la résilience, du peuple français. Peuple qui, après chaque accident de l’Histoire, après chaque coup dur, après chaque défaite, a su se relever, et « persévérer dans son être », comme l’aurait dit encore Spinoza.

Mais cela souligne qu’en tant que Français, j’appartiens à une communauté qui déborde mon horizon individuel, et qui s’est construite à travers l’Histoire. Je suis toujours autre chose, quelque chose de plus que ce que je suis dans mes appartenances individuelles concrètes (comme Parisien, Breton, Basque, citadin ou campagnard, etc.) ; appartenances dont je peux aussi, par ailleurs, et comme en surplus, être fier !

Notre-Dame, devenue symbole de la République française, témoigne de l’existence d’un peuple, c’est-à-dire d’une communauté nationale qui dépasse, il faudrait dire qui transcende, les individus qui la composent.

Pour l’homme : plus que le fils de son temps

Enfin, en tant qu’homme, la disparition possible de la cathédrale de Paris vient me rappeler qu’aucun être humain ne se réduit jamais à ce qu’il est dans sa particularité spatio-temporelle, toujours borné, dans le temps comme dans l’espace.

Certes, comme l’a fort bien dit Hegel, chacun est le fils de son temps. Il ne faut pas croire que l’on puisse s’en échapper, pour être comme de tous les temps, et considérer les choses d’un point de vue à qui son intemporalité conférerait l’universalité.

L’Homme de Vitruve de Léonard De Vinci, Gallerie dell’Accademia, Venise.
Wikimédia, CC BY-SA 

Mais personne n’est jamais simplement le fils de son temps, pas plus que le prisonnier de sa nature. La cathédrale, comme symbole, nous inscrit à la fois dans une histoire, celle de l’Homme, et dans une communauté, celle de l’humanité, pour laquelle ce qui est d’ordre biologique ne constitue pas le tout de la réalité. Si je suis autant touché, en tant qu’homme, c’est parce que cet incendie me rappelle que ma naissance et ma mort ne sont pas simplement des événements naturels, et m’inscrivent dans le rapport à une éternité qui n’a rien à voir avec une temporalité indéfinie.

C’est parce que le fait d’être conscient de vivre dans le temps m’impose d’affronter une question qui me dépasse, celle de l’éternité.

Ainsi, si je suis touché, aussi bien en tant que chrétien, ou que Français, ou qu’être humain, c’est parce que l’incendie de Notre-Dame me rappelle, d’une manière fulgurante, le mystère de l’éternité.

Charles Hadji, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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  • Bon, quitte à décevoir, je dois dire que, meme si l’incendie de Notre Dame m’a choqué et attristé, je ne vais pas aussi loin que l’auteur sur le role que joue cette cathédrale en tant que symbole d’éternité. Pas plus qu’elle n’est un symbole de l’humanité. C’est surtout le symbole d’un état Français impuissant qui est incapable d’assumer financièrement les responsabilités qu’il s’est arrogé en 1905 en s’attribuant la propriété des lieux de culte de notre pays.

    • j’ajouterai que l’exploitation éhontée de cet  » accident » a des fins politiques a été ecueurant

    • L’Etat n’est propriétaire que des cathédrales de l’ancien régime, en gros une sur deux.

    • Pire, la France paye, Paris en profite. Pourquoi la ville n’entretient pas ces bâtiments ❓ Ou file le pognon de dingue payé par les Parisiens et les Français ❓
      Ah oui, dans les moulins à vents de la transitude écocologique et solitaire.

  • Des cathedrales des dizaines plus laides les unes que les autres , toutes tape a l’oeil dehors et noires a l’intérieur.si elles representent un symbole c’est celui de l’orgeuil comme versailles est le symbole de la richesse du roi de france . C’est aussi le symbole de la puissance politique de l’eglise…de nos jours nos rois sont moins grandioses ils batissent des pyramides de verre des bibliotheques des musees voir des usines culturelles avec des tuyaux de poele.
    Beaucoup de fumees politique pour un banal incendie de charpente ….totalement invraisemblable.

    • Euh, le bâtiment n’était pas entretenu. Il fallait même l’aide donateurs étrangers.
      Ou part ce pognon de dingue au point que les caisses sont vides et le sol dessus ressemble à un puits sans fond ❓

  • Que les lecteurs ne soient pas choquer, mes propos ne se veulent nullement irrévérencieux.
    Notre-Dame de Paris que j’ai visité il y a longtemps, ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, contrairement à La Sainte Chapelle qui est d’une beauté sublime, ou la cathédrale de Reims haut lieu de la monarchie française, ou encore celle de Chartes dont les vitraux sont une pure merveille, pour ne citer que celles-ci.
    Sans frôler le mysticisme de l’auteur, les bâtisseurs de cathédrales, hommes de foi, ont construit ces édifices pour l’éternité et pour la gloire de Dieu. Durant les guerres certaines ont été saccagées (sous la Révolution) endommagées par des bombardements ou détruites par des incendies, puis reconstruites.
    Il est très regrettable, mais pas surprenant, que l’entretient d’un tel monument ait été négligé, l’Etat (propriétaire depuis 1905) n’ayant d’argent que pour promouvoir son idéologie…
    Qu’il faille reconstruire Notre-Dame de Paris est une évidence, c’est un monument historique qui fait parti du patrimoine du pays. Il est à espérer, que cette restauration se fasse dans le calme et non dans l’agitation et la « récupération  » politique ; qu’elle s’effectue dans la fidélité de l’édifice disparu et non dans des phantasmes « d’artistes dégénérés » à la mode et applaudis du monde socialo-parisien !!!

  • A Paris, le point 0 kilométrique, c’est-à-dire le point à partir duquel les distances des autres villes sont déterminées par rapport à Paris, est sur le parvis de Notre-Dame. Signe de son importance, cette situation est toujours la même (n’en déplaise à Mappy)

  • pensez ce que vous voulez sur cette cathédrale, mais j’accepte avec difficulté ce récit , c’est un monument historique, religieux sans aucun doute et si vous voulez un symbole d’éternité, mais le débat central reste le rôle de l’etat… il ne devrait sans doute pas se mêler de culture et prendre de l’argent aux gens pour ça.

    diversion..

    sinon pourquoi pas écrire cet article écrire il y a 4 semaines? Il a clairement à voir avec le « nécessite » de contribuer pour sa reconstruction.

    je ne me réjouis en rien de cette ruine, mais je ne contribuerais sans doute pas volontairement si on le demandait..
    je vais la faire forcé et contraint…

    en outre cet édifice causa des souffrances lors de sa construction et m^me si une majorité du peuple d’alors accepta de contribuer, je n’oublie pas ceux qui furent forcés..

    accepteriez vous qu’on tue un homme pour reconstruire la cathédrale? je pense que non…les récits qui tentent de subjuguer les foules conduisent toujours à cela…

    la seule chose à dire est que l’etat cesse de gérer ce genre de truc, car il le fait au final à la pointe de la baïonnette.

    c’est comme le discours d’un ministre de la culture doué…ne pas oublier qu’au final, des gens finiront en prison, pour fraude fiscale.

    • Un truc, quel truc ?

      Erigée sur un ancien temple de Jupiter lui-même érigé sur un précédent sanctuaire, la cathédrale nous relie aux premiers hommes comme à la première divinité. Elle est le lieu de notre naissance ; elle matérialise le vide de notre origine. Sans elle nous n’avons ni passé ni avenir, ni conscience ni existence. Elle est La cathédrale par excellence qui contient toutes les autres. Quand Elle brûle, c’est notre âme qui brûle et nous souffrons.

      Nous allons guérir de cette blessure, la réparer, prendre le temps de la restauration. Nous allons écouter ce qu’Elle a à nous dire car les murs parlent et ils appellent l’ouvrage à faire. Elle est le maître-sanctuaire construit pour nous enseigner et nous pouvons lui faire confiance : Elle saura inspirer l’architecte qui se chargera de l’œuvre à accomplir pour qu’elle continue de nous édifier. De toute façon, sa réalité est immatérielle et indestructible. Pour toujours souveraine, Elle réside en nos cœurs qu’elle remplit de gratitude car, comme tout lieu sacré, elle témoigne du mystère de l’incarnation. Son édification répond à notre besoin d’exprimer cette gratitude inépuisable pour la partager.

      Quant au Président de l’a-culture qui osa affirmer que la culture française n’existait pas, ni l’art français puisqu’il ne l’avait jamais rencontré, puisse la honte le faire taire et disparaître. Puisse ce fat misérable partir en pèlerinage sur cette terre de sanctuaires qui est la nôtre pour faire pénitence ; pour rendre grâce à la culture d’un pays dont les hommes ne sont pas faits du bois dont on fait les flûtes et dont les charpentes d’un patrimoine vénérable ne sont pas faites de petits bois prompts à brûler.

      Sur l’origine du sinistre, informulable, un silence s’est imposé d’autant plus facilement que la puissance de ce maître-sanctuaire rend insignifiants ceux qui ont pu savamment provoquer un incendie aussi improbable. Que ce soit l’un ou l’autre camp des ennemis qui nous font la guerre, est pour nous sans importance, ils sont interchangeables. Ce qui nous importe aujourd’hui, c’est de faire des dons pour reconstruire Notre-Dame, et cela nous réconforte de nous voir donner spontanément, aussi naturellement que nous respirons. Pour chaque jour renaître en Elle, au matin, quand nous nous réveillons.

      En ce temps de guerre que nous vivons, nous n’allons pas nous éterniser sur la bataille que notre culture attaquée de tous côtés, y compris de la part de ceux chargés en principe de la défendre, vient de perdre, nous sommes déjà dans la préparation de gagner la suivante, celle de la reconstruction.

      Il faut avoir la foi pour être créatif. Que peut bien faire un libéral s’il en est dépourvu ? Ce sanctuaire est aussi le sien, celui de la liberté jamais acquise qui reste toujours à conquérir. Il peut donner lui aussi pour le rebâtir.

      Cela dit pour équilibrer l’excès de froideur affectée sur le site à propos de ce sinistre.

      • alors pourquoi ne pas reconstruire l temple de jupiter?
        non..désolé, ça ne prend pas avec moi…que ça vous parle ok..mais ça n’est pas universel..

    • « que l’etat cesse de gérer ce genre de truc »

      Ce genre trucs, il n’a qu’à le rendre à ceux à qui il l’a volé, en 1905.

    • Ben, fallait pas le voler à l’élise française. Il fallait le rendre, et en bon état.

    • Selon les historiens, toutes les cathédrales furent construites avec du personnel hautement qualifiés et très bien payés. Quoi que l’on pense du moyen age (1100, 1450), c’est une période qui a vue charrier plus de pierres que pendant toute la civilisation égyptienne, bien ou pas bien c’est un fait. Et cela sans aucune contrainte auprès des populations, cela a même était le poumon économique de cette période, m^me si comme aujourd’hui et de tous temps et dans toutes les civilisations il y a des exploiteurs . Sommes-nous sur que nos monuments actuels seront debout en 2870?

  • budget du patrimoine 2019 :356 millions d’euros pour 6000 projets , une moyenne de 54000 euros ..9millards d’euros et quelques centimes pour gaver une catégorie de branleurs mais qui sont des électeurs ?

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