Notre-Dame de Paris : bien sûr que l’on reconstruira…

L’État reconstruira, même s’il n’a pas l’argent et que la grande majorité des fonds proviendront surtout de donations privées et internationales.

Par Olivier Maurice.

Elle avait survécu aux guerres entre Valois et Plantagenêt qui avaient ravagé la France pendant cent ans. Elle avait survécu aux guerres entre catholiques et huguenots. Elle avait survécu aux bombardements de la Grosse Bertha, aux raids Anglais et Américains, aux combats de la bataille de Paris. Elle avait même survécu à la Terreur et à la Commune et à leurs déchaînements de haine anticléricale, aux massacres de prêtres, de moines, de nonnes, de bedeaux, de diacres, aux burinages des statues, aux pillages des œuvres d’arts, aux profanations de tombeaux qui les avaient accompagnés.

Accident, malveillance ou faute à pas de chance, qu’importe : Notre-Dame a brûlé.

Le désastre s’affiche sous nos yeux sur toutes les chaînes d’information. On essaie de se consoler comme on peut : des œuvres d’arts ont été sauvées, la structure en pierre semble solide, tout n’a pas été détruit, on reconstruira…

Les édifices affectés au culte lors de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 et les meubles les garnissant deviendront la propriété des communes sur le territoire desquelles ils sont situés – loi du 9 décembre 1905

Bien sûr que l’on reconstruira. L’État reconstruira, même s’il n’a pas l’argent et que la grande majorité des fonds proviendront surtout de donations privées et internationales. Même si dans les couloirs des palais, l’anticléricalisme continuera de se mêler de ce que croient les autres et de susurrer qu’il y a mieux à faire avec l’argent public que de financer les lubies des religieux majoritairement réactionnaires et conservateurs. La religion n’est-elle pas la source de tous les maux de la société ? L’État n’a-t-il pas comme devoir de sauver les prolétaires de l’opium du Peuple qui asservit les classes opprimées ?

Gérer le parc d’attraction parisien

Bien sûr que l’on reconstruira. La ville de Paris a tellement investi dans ce rêve de Disneyland municipal dont les revenus touristiques permettent de financer toutes les lubies écolo-bobos, qu’elles soient électriques, cyclistes, théâtrales, postmodernistes ou associatives et non lucratives, qu’elle ne peut laisser un squelette calciné au centre même de son parc d’attraction.

Bien sûr que l’on reconstruira. Mais les choses ne seront jamais plus comme avant. La charpente ne proviendra plus de chênes plantés avant Charlemagne, les reliques du coq ne pourront pas être remplacées, la flèche ne symbolisera plus ce Moyen-Âge de contes de fées qu’avaient fantasmé Viollet-Le-Duc et Napoléon III.

L’État et la ville reconstruiront, même s’ils n’en ont pas l’obligation légale. Même s’ils avaient pourtant celle de veiller à la sécurité et à l’entretien du bâtiment, comme tout propriétaire. Même si cette propriété est le fruit de la confiscation massive des bâtiments religieux dont la grande majorité pourrit au centre des villages, faute de moyens pour les entretenir et qu’elle entre donc dans ce no man’s land de ce qui suit la loi mais fait aussi cette même loi.

Bien sûr que l’on reconstruira. Même si le principe de précaution célébré en grande pompe le matin même précédent l’incendie dans l’interdiction d’utiliser le colorant E171 dans les confiseries ne semble pas s’appliquer aux règles de sécurité des travaux d’entretien de la plus symbolique de toutes les cathédrales du monde. Même si l’accumulation de réglementations, de normes de sécurité, d’obligations légales était soit insuffisante, soit s’est révélée totalement inutile. Même si on trouvera bien un responsable qui n’en est pas un parce qu’il y aura bien parmi les 15 ouvriers présents sur le chantier, quelqu’un qui aura n’aura pas suivi à la lettre près l’une des multiples normes qu’une vie entière ne suffirait pas à consulter.

Bien sûr que l’on reconstruira. Même si la suppression de la propriété privée, que ce soit celle des congrégations religieuses, des entreprises privées ou des individus, dans le but principal de consolider la puissance politique de l’État, même si le monopole sur le patrimoine que détient l’État alors qu’il n’y consacre qu’un budget famélique, même si l’obésité d’un État qui a décrété s’occuper de tout pour le bien de chacun et qu’il empêche surtout chacun de s’occuper de ce qui lui tient à cœur, sont sans doute les premiers responsables d’un drame qui avait pu être évité pendant huit siècles.

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