Les réseaux sociaux sont-ils le nouveau tabagisme ?

Cigarette (Crédits : Dominik Morbitzer, licence CC BY NC ND 2.0), via Flickr.

Pour rester en bonne santé, il est prudent de visionner les écrans avec modération.

Par Theo Brando.

Désormais incontournables au sein de notre monde ultra-connecté, les réseaux sociaux réunissent en 2019 près de 3,4 milliards d’utilisateurs (soit 44 % de la population mondiale). Très prisés par les plus jeunes (les fameuses générations Y et Z), ces points de rencontre et d’échanges cybernétiques monopolisent, en outre, une part de plus en plus conséquente de notre temps libre.

Fatalement, une question finit par se poser : les Facebook, Twitter et autre Instagram génèrent-ils une nouvelle forme d’addiction ?

Un usage compulsif incontestable

Des utilisateurs de plus en plus dépendants

Utilisés de manière quotidienne par une grande part de la population mondiale, les réseaux sociaux occupent une place grandissante dans la journée de chaque consommateur.
Ainsi, en France, un internaute passe en moyenne 1 h 22 par jour sur un réseau social quelconque, tandis qu’en Chine cette durée s’élève à 2 h 00.

Un constat qui inquiète les utilisateurs eux-mêmes, puisque selon une étude menée par le Consumerlab d’Ericsson, 70 % des personnes sondées estiment « qu’une utilisation prolongée des réseaux sociaux n’est pas saine ».

Cette inquiétude est pleinement justifiée, si l’on en croit les enquêtes menées par différents organismes de recherche.

Selon l’Université de Caroline du sud, par exemple, « l’utilisation excessive de Facebook aurait les mêmes effets que la cocaïne », tandis qu’une enquête menée par des chercheurs de l’Université de Chicago révèle que pour la majorité des personnes sondées, « l’addiction aux réseaux sociaux est plus forte que celle pour les relations sexuelles ».

Pour autant, le terme d’addiction n’est pas encore employé par tous les cliniciens, dont certains diagnostiquent plutôt une utilisation compulsive des réseaux sociaux, par des individus hyper-connectés.

En effet, selon le psychologue et psychanalyste Michael Stora, le terme d’addiction présupposerait une rupture du lien social et un chamboulement du rythme de vie (comme une impossibilité de travailler, ou de vivre en communauté).

Ainsi, le terme d’usage compulsif semble plus approprié pour décrire cette tendance qu’ont certains internautes à consulter plus que de raison leurs comptes virtuels, leurs publications, celles de leurs contacts, etc.

Aux sources de la dépendance

L’usage frénétique des réseaux sociaux s’accompagne de plusieurs angoisses, lesquelles font office de véritables symptômes révélant le caractère maladif de la situation :

  • L’impossibilité de se séparer de son mobile ou de tout autre objet connecté
  • La naissance d’un sentiment de frustration lorsqu’il n’y a pas de réseau
  • Vérifier s’il y a de nouvelles publications ou notifications toutes les 5 ou 10 minutes
  • Passer son temps à remonter son fil d’actualité, sans but précis

Lorsqu’ils sont présents chez une personne, les comportements énumérés dans cette liste (non-exhaustive) témoignent d’une véritable dépendance de l’individu concerné aux réseaux sociaux.

Toutefois, au-delà du simple diagnostic, connaître les origines du phénomène s’avère fondamental.

Tout d’abord, selon Michael Stora, l’engouement croissant pour les réseaux sociaux s’expliquerait en partie par la tradition voyeuriste qui existerait dans bon nombre de sociétés humaines (dont la population française fait partie).

Avide de consulter l’actualité de ses contacts, l’individu connecté se complairait alors dans sa position de spectateur (particulièrement renforcée par des décennies de règne télévisuel) et consommerait goulûment les textes et les images jetés en pâture sur internet.

Réciproquement, un certain goût pour l’exhibitionnisme pousserait les internautes, notamment les plus jeunes, à publier de plus en plus de contenu concernant leur vie privé, afin de rechercher la validation de leurs pairs et ainsi rassasier leur appétit narcissique.

Par ailleurs, Internet étant un flux d’actualités permanent, se déconnecter des réseaux sociaux équivaut presque à se déconnecter du monde.
Beaucoup d’utilisateurs éprouvent donc le besoin compulsif de rester connectés afin de ne rien manquer de qui se passe, une situation qui leur donnerait la sensation de rester en marge de leurs semblables.
Cette peur s’apparente à la nomophobie, également appelée FOMO (Fear Of Missing Out) dans le monde anglophone.

Quels sont les effets ?

Une utilisation compulsive des réseaux sociaux engendre une multitude d’effets néfastes, dont certains peuvent vraiment être incapacitants.

Stress et dépression

Consommer frénétiquement le contenu publié par vos contacts peut littéralement vous rendre malade ; c’est la conclusion de plusieurs études menées sur l’utilisation du réseau social Facebook.

En effet, Mai-Ly Steers et plusieurs autres chercheurs de l’Université de Houston ont observé le comportement de 150 utilisateurs du réseau social de Mark Zuckerberg.
Arrivée à son terme, l’étude a finalement démontré que les sentiments de jalousie et de frustration prédominaient à mesure que les utilisateurs du réseau social contemplaient la vie de leurs contacts.

Les photos publiées n’étant sélectionnées que pour mettre le quotidien de leurs propriétaires en valeur, des réseaux comme Facebook ou Instagram font ainsi office de miroir déformant, dépréciant par là-même l’estime que les « spectateurs » portent à leur propre existence.

Le même phénomène s’observe chez de nombreuses femmes souffrant de troubles alimentaires (cf. une étude menée à l’Université de Pittsburg et publiée dans le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics), suite aux visionnages répétés de photos mettant en valeur une minceur irréaliste.

Des écrans plutôt néfastes

Qu’elles soient consultées sur ordinateur, sur tablette et le plus souvent sur smartphone, les notifications de réseaux en tout genre obligent les utilisateurs à fixer un écran de manière régulière.

Il s’agit là d’une bien mauvaise habitude, puisque visionner un périphérique émettant de la lumière bleue affecte durablement les globes oculaires de même que l’organisme dans sa globalité.

En effet, les rayons de lumière bleu-violet, émis par la plupart des écrans, bouleversent le rythme circadien des utilisateurs et les empêchent de trouver le sommeil, en entravant la sécrétion de mélatonine, indispensable pour dormir sereinement.
C’est la raison pour laquelle il est fortement déconseillé de consulter son smartphone avant de dormir, sous peine d’avoir un sommeil de mauvaise qualité.

L’abus d’écran nuirait également à la sécrétion de cortisol (cf. une étude menée à l’Université de Swansea), ce qui impliquerait une érosion du système immunitaire, entraînant par là-même une hausse de la contraction de maladies chez les utilisateurs les plus chevronnés.

Pour rester en bonne santé, il est donc prudent de visionner les écrans avec modération.

Quelles peuvent être les solutions ?

Pour les internautes accros aux réseaux sociaux, il existe désormais quelques programmes de désintoxication digitale (digital detox en version originale) qui peuvent les aider à prendre de la distance avec le monde virtuel.

Plusieurs bonnes résolutions font partie du lot :

  • Limiter les applications (notamment les réseaux sociaux)
  • Bannir les appareils électroniques à partir d’une certaine heure (par exemple, en fin de soirée) et dans certains lieux (la chambre à coucher)
  • S’investir pleinement dans des activités en plein-air (le plus simple étant le sport)
  • Remettre profondément en question son rapport au monde virtuel (en comprenant ses propres motivations et, par conséquent, les raisons de l’addiction)

Ces programmes, loin de constituer une recette miracle, permettent tout de même de prendre du recul sur le monde virtuel et les habitudes néfastes qui en découlent.
De ce fait, ils peuvent représenter une bonne opportunité pour faire un premier pas dans une nouvelle vie.

Le mot de la fin…

Présents depuis une petite dizaine d’années dans la vie de tous les internautes, les réseaux sociaux ont des effets encore mal connus des spécialistes de la santé.
Malgré le peu de recul possible, il est néanmoins certain qu’ils peuvent revêtir un caractère addictif particulièrement néfaste pour la vie sociale et la santé de leurs utilisateurs.
Baignées depuis leur plus jeune âge dans cet univers virtuel, les nouvelles générations doivent donc rester particulièrement vigilantes, sous peine d’ajouter de nouveaux fléaux à ceux dont elles héritent de l’ancien monde.