Une théorie libertarienne de l’immigration libre

immigration libre (Crédits : cicilief, licence Creative Commons)

Lorsque l’État plante des obstacles à l’immigration, il ne faut pas s’étonner de voir apparaître des effets secondaires indésirables.

Par Jesús Huerta de Soto.

Les problèmes posés par la liberté de circulation des individus prêtent souvent à confusion au sein des théories libérales et des amoureux de la liberté. En premier lieu, la doctrine libérale classique se déclare en faveur d’une libre circulation de tous, sans réserve ni condition. Cette position est fondée sur le principe que toute frontière politique est perçue comme un acte flagrant d’interventionnisme et de coercition institutionnelle de la part des États, qui tendent davantage à entraver ou même empêcher la libre circulation des individus. De plus, un grand nombre de contrôles aux frontières et de décrets anti-immigration découlent de mesures politiques de quelques groupes de pression privilégiés qui, comme les syndicats, cherchent à limiter l’offre en main-d’œuvre afin d’augmenter artificiellement les salaires. Dans la mesure où ces stratégies interventionnistes entravent, voire empêchent des accords volontaires entre deux parties (natifs et étrangers), il ne fait aucun doute qu’elles violent les principes de base qui gouverneraient toute société libérale. De plus, ces règles nuisent tout particulièrement aux ressortissants des pays étrangers, puisque la libre circulation des individus à l’intérieur des différents États a été acceptée en général.

Cependant, bien que cela semble paradoxal, l’intervention subversive de l’État ne se réduit pas uniquement par la limitation de la libre circulation, mais est aussi en parallèle conçue pour forcer l’intégration de certains groupes d’individus contre la volonté des natifs d’une certaine région ou d’un certain État. Cette action coercitive de l’État survient à la fois sur un plan régional et international. Ainsi, dans chaque pays, les mesures d’intégration de certains groupes ou minorités sont souvent imposées par force, par exemple avec les lois anti-discrimination, de discrimination positive ou de changement d’itinéraires des bus scolaires. Sur le plan international plusieurs États ont, de jure ou de facto, ouvert leurs frontières à tous les étrangers, sans discrimination, et leur ont donné accès à leurs biens publics (routes, rues, places publiques, parcs, plages, services de santé et d’éducation etc..) en passagers clandestins, générant un coût significatif pour les résidents du pays, obligés d’accepter l’intégration forcée des étrangers contre leur volonté ou sous des conditions qu’ils n’ont pas souhaitées1.

Derrière leur nature apparemment contradictoire, ces problèmes montrent à quel point il est important d’isoler leur origine réelle et de constituer une théorie libérale de l’immigration, théorie qui clarifie les principes qui devraient sous-tendre les procédures de circulation dans une société libre.

La théorie des mouvements individuels dans un cadre libéral

Comme Murray Rothbard, nous commencerons notre analyse en considérant le véritable modèle anarcho-capitaliste, c’est-à-dire le modèle dans lequel

Aucune zone terrestre, aucune superficie dans le monde, ne doit rester publique ; chaque mètre carré de terre, que ce soit une rue, une place ou un quartier, est privatisé2.

Il est évident qu’aucun des problèmes liés à l’émigration diagnostiqués plus haut ne pourrait émerger. Les conditions, le nombre et la durée des déplacements personnels peuvent être ceux acceptés ou décidés par les parties concernées. Ainsi, même les mouvements de masse liés au monde du travail sont concevables si les employeurs concernés sont prêts à donner du travail aux migrants, en leur fournissant la possibilité de trouver un logement, d’organiser et même de payer leur voyage, etc. Bref, les contrats possibles entre les parties seront très variés et auront toute la richesse et la diversité que les circonstances et les caractéristiques particulières que chaque cas permet.

Évidemment, sous ces conditions, les flux migratoires, loin d’être néfastes au développement social et économique, sont largement bénéfiques et conduisent au progrès de la civilisation. L’argument selon lequel l’abondance de main-d’œuvre est préjudiciable aux classes ouvrières est indéfendable : les êtres humains ne sont pas des facteurs de production homogènes ou interchangeables et ne se comportent pas, vis-à-vis de ressources limitées, comme les rats ou tout autre animal, dont la hausse de population tend à diminuer les ressources disponibles pour chacun des membres. Au contraire, l’homme est doté d’une capacité innée de création et d’innovation et par conséquent, une augmentation du nombre de personnes permet, dans un environnement dynamique, une croissance exponentielle, sans limites, dans la perpétuelle découverte et l’exploitation de nouvelles opportunités permettant d’améliorer le niveau et la qualité de vie sous tous ses aspects.

La capacité de l’esprit humain pour assimiler des informations et des connaissances étant limitée, les quantités d’informations mobilisées lors du processus social et entrepreneurial croissant, le progrès de la civilisation requiert une extension et intensification continue de la division du travail ou, si vous préférez, de la connaissance. Cette idée signifie simplement que tout processus de développement implique des connaissances de plus en plus profondes, détaillées et spécialisées, ce qui demande de plus en plus d’êtres humains, à savoir une croissance démographique continue. Cette croissance mondiale provient à long terme du taux de natalité plus élevé que celui de la mortalité. Mais à court et moyen termes, la seule réponse rapide et efficace aux ajustements continuels requis par les changements économiques et sociaux sont les flux migratoires. Ils permettent une intensification rapide de la division du travail (en acquérant ou en trouvant de plus en plus de connaissances dans des domaines spécifiques), permettant ainsi de surmonter l’obstacle impliqué par la capacité limitée d’assimilation de chaque esprit humain tout en augmentant rapidement le nombre de personnes impliquées dans les processus sociaux. Comme le disait très justement Hayek,

Nous sommes devenus civilisés par notre augmentation numérique tout comme la civilisation a rendue possible cette augmentation : nous pouvons être peu et sauvages, ou beaucoup et civilisés3.

Le développement des villes en tant que pôles de richesses économiques est une illustration parfaite du processus de développement des connaissances rendu possible par l’immigration que nous venons d’expliquer. La désertification continue des zones rurales et les mouvements de masse des travailleurs vers les centres urbains, loin de les appauvrir, favorisent leur essor et leur richesse dans un mouvement d’accumulation devenu l’une des manifestations les plus caractéristiques du développement humain depuis la révolution industrielle. De plus, les migrations, dans l’environnement libéral considéré, tendent à multiplier la quantité et la diversité des solutions possibles aux différents problèmes qui surgissent. Tout cela favorise la sélection culturelle et le développement économique et social, puisque tous les mouvements ont lieu à la suite d’accords volontaires et, chaque fois que les circonstances changent ou si les peuples impliqués ne les considèrent pas appropriées, ceux-ci ont la possibilité d’émigrer ou de déménager dans d’autres entreprises dans d’autres lieux géographiques.

Enfin, nous devrions noter le fait que, dans un environnement libéral dans lequel toutes les ressources et tous les biens aujourd’hui considérés comme publics ont été privatisés, aucun des deux effets négatifs que nous avons identifié plus haut et qui concernent les cas d’intégration forcée soutenus par beaucoup de gouvernements ne se produiraient. Les lois anti discrimination, de discrimination positive ou simplement les foules de migrants dans les rues ou autre lieu seraient réduits au minimum. Les déplacements seraient toujours effectués par le biais de transports privés, répondant aux conditions contractuelles fixées par leurs propriétaires et payés au prix de marché correspondant. Différents organismes se spécialiseraient dans l’organisation des itinéraires et garantiraient a priori la liberté d’accès nécessaire à chaque moyen de transport. Aussi, et dans leurs propres intérêts, les propriétaires respectifs veilleraient à ce que les voyageurs utilisent les moyens de transport appropriés et ne deviennent pas des hôtes indésirables et permanents. Cela se poursuivrait dans une variété et une richesse de dispositions sociales et d’institutions juridiques et économiques que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui, puisque le marché et la créativité d’entreprise ne sont pas en ce moment autorisés à agir par rapport aux services considérés comme publics.

Nous pouvons ainsi conclure que l’émigration et l’immigration en soi, sous réserve des principes généraux de la Loi dans un environnement où toutes les ressources sont privées, ne posent non seulement pas de problème de coût externe ou d’intégration forcée mais deviennent, au contraire, des facteurs moteurs importants du développement économique et social, ainsi que de la richesse et de la variété de la culture et de la civilisation.

Problèmes posés par l’intervention coercitive de l’État

Notre analyse nous permet d’isoler ou d’identifier l’origine réelle des différents problèmes diagnostiqués au début de cet article concernant l’émigration et l’immigration. Ceux-ci proviennent de l’intervention coercitive de l’État à différents niveaux qui, d’un côté, tend à créer des barrières et des frontières pour prévenir ou entraver, de manière plus ou moins importante, les mouvements ayant été volontairement validés et acceptés par les différentes parties. D’un autre côté, simultanément, les États insistent pour imposer différentes mesures d’intégrations forcées, soit explicitement (au travers des prétendues lois anti-discriminations et autre politique de discrimination positive, etc..) ou indirectement, en décrétant d’importants domaines territoriaux (rues, squares, parcs, plages, etc.) comme étant publics et, par conséquent, librement accessibles. Parce qu’il ne définit pas convenablement les droits de propriété des étrangers et des natifs, l’intervention de l’État est à l’origine de tous les problèmes et conflits qui surviennent aujourd’hui en ce qui concerne l’émigration et l’immigration.

L’action subversive de l’État dans ce champ apparaît à deux niveaux. Tout d’abord, au niveau infra-national, c’est-à-dire à l’intérieur des frontières de chaque État-nation. Ici, les problèmes rencontrés liés à l’intégration forcée et aux conséquences négatives qui se posent inévitablement chaque fois que la privatisation des ressources considérées comme publiques et, par conséquent, en accès libre pour tous sont empêchés d’apparaître sous leur forme la plus virulente. En second lieu, l’interventionnisme étatique apparaît également à l’échelle internationale, c’est-à-dire entre les différents États et nations, par la régulation des flux migratoires à chaque frontière. La façon dont cela se produit est double et contradictoire. D’un côté, des contraintes sont exercées sur les déplacements volontairement souhaités par les différents partis (autochtones et étrangers). D’un autre, les mouvements internationaux de masse sont favorisés artificiellement par les subventions et les avantages que l’État providence fournit via ses politiques de redistribution. Ainsi, aujourd’hui, apparaît souvent le paradoxe que ceux qui veulent scrupuleusement respecter la loi font face à des déplacements et des processus d’émigration impossibles, et ce même s’ils sont volontairement acceptés et souhaités par tous les partis impliqués. Et, en même temps, l’existence de biens publics et d’avantages gratuits provenant de l’État providence attirent, comme un aimant, un flux d’immigration continu, le plus souvent illégal, générant d’importants conflits et des coûts externes. Tout cela encourage par ailleurs la xénophobie et favorise des mesures interventionnistes ultérieures qui aggravent encore davantage les problèmes et dont les citoyens sont incapables de diagnostiquer l’origine du problème. Ainsi, un environnement de grande confusion et de déstabilisation se forme petit à petit, les citoyens devenant facilement victimes de démagogie et finissent par soutenir des mesures qui, en plus d’être contradictoires, sont à la fois inefficaces et nuisibles.

Enfin, nous ne devons pas oublier que, au moins en ce qui concerne les flux massifs d’émigration et d’immigration, les problèmes actuels sont généralement plus sérieux sur un plan international qu’au niveau national. Au sein de chaque État-nation, une grande homogénéisation économique, sociale et culturelle a généralement eu lieu entre les individus au cours de son développement historique, ce qui tend à diminuer les incitations relatives aux mouvements de masse. Au contraire, à l’échelle internationale, les disparités sur les revenus sont beaucoup plus importantes et le récent développement des moyens de communications et des moyens de transport (en termes de quantité, de qualité et de réduction des coûts) signifie qu’il est beaucoup plus facile et moins coûteux de voyager entre les différents États : aujourd’hui, en seulement quelques heures, on peut voler de New Delhi aux États-Unis ou d’Amérique latine vers l’Espagne et, dans le cas de l’émigration de l’Afrique du Nord vers l’Europe ou du Mexique vers les États-Unis, les coûts sont encore plus bas.

La solution aux problèmes posés aujourd’hui par les flux migratoires

La solution idéale à tous ces problèmes viendrait d’une privatisation générale de toutes les ressources aujourd’hui considérées comme publiques et de l’arrêt de l’intervention de l’État à tous les niveaux dans les zones d’émigration et d’immigration. Autrement dit, puisque les problèmes que nous venons d’identifier proviennent davantage des effets nocifs de l’intervention coercitive de l’État, que de l’émigration ou de l’immigration en soi, le système anarcho-capitaliste éliminerait la plus grande partie de ceux-ci.

Cependant, tant que les États-nations continueront d’exister, nous devrons trouver et proposer des solutions procédurales permettant de résoudre les problèmes sur le long terme. En conséquence, différents théoriciens libertariens ont ainsi récemment développé un modèle de sécession et de décentralisation qui, parce qu’il tend à dissoudre les États-nations fortement centralisés en unités politiques de plus en plus petites, favorisait de fait une diminution de l’interventionnisme étatique. Ce résultat découle de la concurrence entre différents États, de plus en plus petits et moins centralisés donc, pour attirer des citoyens et des investissements, ou éviter leur fuite. Cela les oblige à adopter des mesures de plus en plus libérales et de moins en moins interventionnistes. Dans ce processus de concurrence entre les États plus petits et plus décentralisés, les flux migratoires jouent un rôle essentiel, car ces mouvements constituent presque à dire que l’on “vote avec ses pieds”, révélant quels États sont les plus interventionnistes et les obligeant à déréguler voire dissoudre, chaque fois que possible, une grande partie de l’appareil coercitif, fiscal et interventionniste des gouvernements actuels. Comme le dit très justement Hans-Hermann Hoppe,

un monde composé de dizaines de milliers de pays, régions et cantons distincts et de centaines de milliers de villes libres et indépendantes telles que les curiosités actuelles de Monaco, d’Andorre, de Saint-Marin, du Liechtenstein, de Hong Kong et Singapour, provoquant ainsi de plus grandes opportunités pour une migration économiquement motivée, serait un monde d’une multitude de petits gouvernements libéraux intégrés économiquement par le libre-échange et une monnaie internationale comme l’or. Ce serait un monde d’une croissance économique sans précédent et d’une prospérité inouïe4.

Pourtant, l’émergence de solutions idéales et procédurales aux problèmes posés par l’émigration et l’immigration n’enlève en rien notre devoir de rechercher les principes auxquels les flux migratoires devraient être soumis dans les circonstances actuelles, là où les États fortement interventionnistes existent. Ces principes devraient être compatibles avec les idéaux libertariens et, en même temps, prendre en compte les grandes restrictions, les difficultés et les contradictions qui sont actuellement causées par l’existence des États-nations, ainsi que les graves conséquences d’injustices et de non-efficacité découlant de leurs interventions. Dans la section suivante, nous analysons ce que nous croyons que ces principes devraient être.

Principes sur lesquels les processus migratoires devraient se fonder

Pour plusieurs raisons, il est indispensable d’établir une série de principes compatibles avec les idées libertariennes, principes qui devraient régir les processus actuels d’émigration et d’immigration. En premier lieu parce que, même si le processus de démantèlement de l’état proposé par Murray N. Rothbard, Hans-Hermann Hoppe et d’autres avait à être lancé, il ne garantirait pas toujours que les mesures établies par l’État en lien avec l’émigration par chaque gouvernement décentralisé soient valides d’un point de vue libertarien. Comme le reconnaît lui-même Hoppe,

la sécession résout ce problème en permettant aux territoires plus petits d’avoir leurs propres normes d’admission et de déterminer indépendamment avec qui ils s’associeront sur leur propre zone et avec qui ils préfèrent coopérer à distance5.

Cependant, il est bien possible que ces normes ou régulations puissent être également très interventionnistes et empêcher les mouvements libres convenus volontairement entre autochtones et étrangers, générant dès lors des résultats violant radicalement les principes libertariens. En outre, tant que les États continueront d’exister, aussi petits soient-ils, et que, parmi eux, les rues publiques, les routes et les terrains sur lesquels les droits de propriété ne seront pas correctement définis ou défendus, il pourrait continuer d’exister des intégrations forcées ou des phénomènes d’occupations massives qui, comme dans le cas des favelas au Brésil, génèrent des coûts externes significatifs et violent sérieusement les droits de propriété des autochtones. En outre, il est nécessaire de proposer des solutions qui, même si elles vont dans la bonne direction et ne sont pas incompatibles avec des principes libertariens, sont opérationnelles dans la mesure où elles fournissent une réponse aux problèmes les plus urgents posés actuellement (par exemple en ce qui concerne l’émigration à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, ou entre l’Afrique du Nord et l’Europe). En bref, une série de règles devrait être conçue pour empêcher l’immigration d’être utilisée à des fins coercitives et interventionnistes qui entrent en conflit avec une libre interaction entre les nations et les individus.

Le premier de ces principes est que les personnes qui immigrent doivent le faire à leurs risques et périls. Cela signifie que l’immigration n’a pas à être subventionnée par l’État providence, c’est-à-dire par des avantages fournis par le gouvernement et financés par des taxes. Ces avantages ne sont pas seulement les avantages classiques de l’État providence (éducation, soins de santé, sécurité sociale, etc.), mais aussi la possibilité d’utiliser librement des biens publics. Si les émigrants acquièrent le droit de recevoir les avantages de l’État providence, ces avantages, qui sont, en dernière analyse des transferts obligatoires de richesses d’un groupe social à un autre, attireront artificiellement de nombreux groupes de migrants.

Précisons que pour que ces transferts aient lieu, il suffit seulement qu’une partie des migrants prenne en compte ces prestations sociales dans leur calcul. Notre raisonnement est donc parfaitement compatible avec la thèse de certains dans laquelle les flux de migrations, pris dans leur globalité, ne nuisent pas à l’État providence, puisqu’ils y contribuent plus qu’ils n’en reçoivent (surtout lors des premières années de leur séjour dans le pays d’accueil). Ce que nous avançons c’est qu’il suffit que quelques groupes, même minoritaires, se considèrent comme subventionnés pour qu’un effet pervers d’encouragement artificiel à l’immigration se mette en place, au détriment des citoyens du pays d’accueil. De plus, le fait que les migrants soient contributeurs nets pendant un certain nombre d’années n’est pas un argument en faveur d’une immigration intégrale au sein des États providences, mais plutôt une invitation à éliminer les formes d’exploitations qu’ils subissent actuellement en leur permettant, à leur initiative, de se désengager des programmes gouvernementaux et de souscrire à des systèmes de santé et de retraites privés.

Par conséquent, la première règle à laquelle les flux migratoires devraient être soumis est que les migrants ne devraient bénéficier d’aucun des avantages de l’État providence. Cela empêchera certains groupes d’obtenir des subventions pour leurs mouvements. Dans les cas où l’on considère que les cotisations versées par les migrants sont supérieures aux prestations qu’ils reçoivent, ils devraient, pour leur propre bien, afin d’éviter d’être exploités par le système, être au mieux obligés de maintenir un certain niveau de prévoyance, même si celle-ci doit toujours être sous leur propre responsabilité via des institutions et systèmes privés. Ainsi, deux très bonnes fins d’un point de vue libéral seraient atteintes : premièrement, l’arrêt de la promotion artificielle de l’immigration issues des politiques coercitives de redistribution, secondement, l’accélération du démantèlement des systèmes de sécurité sociale par répartition, encourageant ainsi le développement de systèmes privés basés sur l’épargne et la capitalisation dont les premiers clients seront les émigrants.

Le deuxième principe qui, je pense, devrait inspirer les processus migratoires actuels, est que tous les immigrants doivent pouvoir prouver qu’ils ont des moyens de vivre en toute indépendance, sans être un fardeau pour la charité ou pour l’État providence et, en règle générale, être en mesure de subvenir à leurs propres besoins. En d’autres termes, les émigrants ou les immigrants doivent pouvoir démontrer qu’ils adhèrent au groupe social qui les reçoit afin de contribuer à sa capacité de travail, technique ou entrepreneuriale. Il existe plusieurs solutions pour mettre ce principe en pratique, même si aucun n’est parfait. Peut-être le plus approprié est pour chaque immigrant d’avoir, en tout temps, un autochtone qui garantit ses ressources économiques, en lui procurant un job ou un contrat de travail, en étant dépositaire d’une certaine somme d’argent ou d’investissements ou parce qu’une institution privée se tient comme responsable de lui. Dans le cas d’une perte d’emploi ou d’une démission, il faudrait en toute logique, du fait de l’élasticité de ce marché, garantir aux travailleurs étrangers une période de recherche d’emploi d’une durée raisonnable avant le rapatriement dans le pays d’origine. Même si cela demande aux employeurs d’informer les instances publiques des résiliations des contrats concernés, cela ne serait, d’un point de vue administratif, pas plus compliqué ou coûteux que les procédures d’immigration qui existent actuellement dans la plupart des pays.

Le troisième principe essentiel à toute politique migratoire est, selon moi, que les droits de vote ne soient pas accordés trop rapidement aux immigrés, sous peine de favoriser les instrumentalisations électorales de la part des différents groupes de migrants. Ceux qui émigrent doivent se renseigner sur la démarche d’émigration qu’ils entreprennent et du nouvel environnement culturel avec lequel ils vont vraisemblablement améliorer leurs conditions de vie, mais cela ne leur donne pas le droit d’utiliser les mécanismes de coercition politique (tel que le vote démocratique) pour promouvoir des politiques de redistributions des richesses, d’intervenir ou de modifier les processus spontanés des marchés de la nation dans laquelle ils entrent. À noter qu’à mesure que progresse le démantèlement des États-nations en entités plus petites, les droits de vote et les élections vont perdre de leur importance et seront remplacés en pratique par le “vote avec les pieds”, autrement dit par les flux migratoires entre les zones considérées comme moins favorables à celles considérées comme l’étant davantage. Mais il n’est pas moins vrai que, avant que ce processus de décentralisation atteigne son apogée, l’attribution automatique des droits politiques aux migrants peut devenir une vraie bombe à retardement qui sera utilisée par des groupes majoritaires de circonstance pour détruire marché, culture et langage de chaque pays. Je propose donc que soit considéré l’octroi aux immigrés de la citoyenneté intégrale, incluant les droits de vote politique, seulement après une longue période, après avoir considéré en pratique qu’ils ont pleinement intégré la culture de la société qui les reçoit. Je ne considère pas acceptable le principe établi dans l’Union Européenne dans lequel les étrangers peuvent voter aux élections municipales du lieu où ils résident. Cette règle peut complètement perturber le climat et la culture locale de beaucoup de municipalités où réside une majorité d’étrangers (comme par exemple en Espagne où des retraités viennent du Royaume-Uni, d’Allemagne, etc.). Selon moi, il faut avoir vécu un minimum d’années dans un nouveau pays, y avoir une maison ou autre bien immobilier dans la municipalité en question pour pouvoir justifier de l’attribution du droit de vote.

Enfin, quatrième et dernier point, le principe le plus important qui devrait systématiquement régir les flux migratoires est que tous les émigrants devraient respecter en tout temps : le droit matériel (ou substantiel), en particulier le droit pénal, du groupe social qui les reçoit. Notamment, ils devraient respecter scrupuleusement tous les droits de propriété établis dans la société. Toute violation de ces droits devrait être punie, non seulement par les peines fixées dans le Code pénal, mais aussi par l’expulsion, définitive dans la plupart des cas, de l’émigré en question. Ainsi, les phénomènes d’occupations de masse, comme déjà mentionnés sur les favelas au Brésil, généralement construits sur des terres appartenant à d’autres personnes, seraient évités. Nous avons déjà vu comment les problèmes les plus visibles posés par l’émigration découlent du fait de l’absence de définition précise des droits de propriété des autochtones et de leur défense, ce qui signifie que les émigrants qui arrivent génèrent souvent des coûts externes globaux significatifs pour les citoyens présents, conduisant à l’émergence de graves poussées de xénophobie et de violence qui ont un coût social élevé et ont tendance à produire des résultats juridiques et politiques où le prix est souvent payé par les innocents. Ces conflits seraient minimisés précisément dans la mesure où la définition et la défense des droits de propriété seraient de plus en plus claires et étendues pour inclure les ressources (rues, places, plages et terres) actuellement considérées comme publiques et, par conséquent, librement accessibles par tous. Évidemment, et jusqu’à ce que cette privatisation puisse avoir lieu, l’utilisation de ce type de biens publics doit être réglementée afin d’éviter les problèmes d’occupation de masse que nous avons mentionnés.

Conclusion

Toutes ces mesures mentionnées n’élimineront pas tous les problèmes posés par les flux migratoires à l’heure actuelle. Ils auront cependant tendance à les diminuer et à tendre vers une direction qui devrait être défendue par tous les amoureux de la liberté. En tout état de cause, la solution finale aux problèmes ne se réalisera que lorsque les États actuels seront décentralisés en unités politiques de plus en plus petites et lorsque tous leurs biens publics seront totalement privatisés.

  1. Murray N. Rothbard lui-même a pris conscience du problème posé par l’immigration forcée au niveau international : « J’ai commencé à repenser mes vues sur l’immigration lorsque, avec l’effondrement de l’URSS, il est devenu clair que l’ethnie russe avait été encouragée à affluer en Estonie et en Lettonie afin de détruire les cultures et les langues de ces peuples.». Les nations par consentement, par Murray Rothbard.
  2. « Les nations par consentement », par Murray Rothbard.
  3. « La présomption fatale : les erreurs du socialisme», par F.A Hayek.
  4. « Small is Beautiful and Efficient : The Case for Secession », par Hans-Hermann Hoppe.
  5. « Small is Beautiful and Efficient : The Case for Secession », par Hans-Hermann Hoppe.
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