Ô Belgique ! Des climato-pubères et du fil rouge dans la mouvance verte

De exponentiële groei van Youth for Climate — StampMedia, 2019, CC BY-NC 2.0

Bart De Wever, président du principal parti belge, répond à Anuna De Wever, fer de lance des jeunes manifestants pour le climat. De la puberté en politique. OPINION

Par Thierry Godefridi.

Dans un virulent article d’opinion intitulé « Anuna et Bart – Ils ont le même nom mais vraiment aucun lien. L’une a l’espoir, l’autre l’impuissance… » (le mot, on le verra, n’est pas anodin), article publié le 5 mars dans le magazine Moustique – propriété de l’éditeur belge L’Avenir Hebdo, qui appartient lui-même au groupe Nethys –, à propos du refus du bourgmestre d’Anvers de recevoir les représentantes du mouvement organisateur de la marche pour le climat qui a eu lieu dans sa ville le jeudi 28 février 2019, l’auteur de l’article donne de cette formule lapidaire dont Bart De Wever a le secret, « Het is niet omdat puberteit betoogt, dat politieke antwoorden puberaal moeten zijn », la traduction : « Ce n’est pas parce que la puberté manifeste que les réponses doivent être pubères ».

La puberté est l’époque de la vie qui succède à l’enfance. Anuna De Wever, l’une des figures de proue du mouvement, « Youth for Climate », est âgée de 17 ans. C’est une adolescente qui manifeste. La première partie de la traduction ne pose pas de problème de compréhension. Dans la seconde partie, le mot puberaal est traduit par pubère, un adjectif dont le dictionnaire Larousse donne comme définition : « Qui a atteint l’âge de la puberté ».

En d’autres termes, d’après la traduction fournie par l’auteur de l’article d’opinion du Moustique, le bourgmestre d’Anvers aurait dit : « Ce n’est pas parce que l’adolescence manifeste que les réponses <politiques> – ce mot a été omis dans la traduction> doivent avoir atteint l’âge de la puberté ».

Monsieur De Wever préconiserait-il des réponses immatures au questionnement des adolescentes ? Non, bien sûr. Une traduction correcte de son propos eût été : « Ce n’est pas parce que l’adolescence manifeste que les réponses <politiques> doivent être puériles ». Le mépris dont le contenu et le ton de l’article font preuve à l’égard du bourgmestre d’Anvers est-il tel que son auteur, en méconnaissance de la signification des termes puberaal en néerlandais (kinderachtig, onvolwassen dans le contexte) et pubère en français, à l’insu de son plein gré, fait dire à Bart De Wever le contraire de ce qu’il a dit ?

« Bart ne veut soudainement rencontrer d’inoffensifs pubères que hors caméras », feint de s’étonner l’auteur de l’article d’opinion du Moustique. Pubères, leur âge laisse supposer que les protagonistes du mouvement des élèves qui sèchent les cours pour manifester pour le climat le sont, encore que, leurs marches mobilisant des militants dans les couches les plus jeunes de la population scolaire, il est fort douteux qu’ils le soient tous. Inoffensifs ?

Qu’Anuna, Kyra et leur amie suédoise Greta soient victimes de l’eschatologie climatique et animées par des desseins innocents, ce serait leur faire un procès d’intention que de prétendre le contraire. Que les marches des élèves pour le climat fassent l’objet de tentatives de récupération et d’instrumentalisation de la part de groupes d’intérêt qui les dépassent, ce serait toutefois naïf de l’ignorer.

Le président du CD&V, le parti chrétien démocrate flamand (au pouvoir en Belgique au niveau fédéral et en Région flamande), l’a lui-même affirmé au quotidien De Morgen : « Extreemlinks heeft de klimaatbeweging gekaapt » (« le mouvement climatique a été détourné par l’extrême gauche »). L’hebdomadaire ‘t Pallieterke a révélé, dans son numéro du 21 février 2019, qu’il existait bien un fil conducteur rouge et vert entre certaines manifestations pour le climat, les partis écologistes et le PVDA/PTB (parti marxiste-léniniste).

En effet, la marche pour le climat du 2 décembre 2018 à Bruxelles avait été initiée par la Coalition Climat et Climate Express, or cette dernière a son siège dans la commune de Saint-Josse-ten-Noode à une adresse à laquelle ne sont hébergées que des organisations ayant un lien avec le parti marxiste-léniniste et la porte-parole de Climate Express figurait sur la liste du PVDA aux dernières élections communales à Courtrai, ce que, estime ‘t Pallieterke, les gens de la Coalition Climat et, par extension, les dirigeants écologistes ne pouvaient ignorer et ce qui n’a pas eu l’air de les déranger.

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