Air France-KLM : l’État français pris en tenaille

Spaying up a storm-Air France Airbus A380 by Patrick Cardinal(CC BY-NC-ND 2.0)

Le gouvernement néerlandais ré-équilibre sa participation dans Air France-KLM. Sans prévenir le gouvernement français. Qui répond à sa manière.

Par Ludovic Delory.

Le torrent de réactions à l’achat surprise de parts d’Air France-KLM par l’État néerlandais dépasse celui qui avait déjà marqué l’arrivée d’un non-Français à la tête du consortium. Ce regain subit d’exclamations patriotiques au temps de la mondialisation ferait sourire partout ailleurs. Sauf en France, où les autorités considèrent ce rééquilibrage comme une atteinte à l’honneur du pays.

Le ministre de l’Économie juge cette décision « inamicale » et « incompréhensible ». Bruno Le Maire n’a pas été prévenu, il s’en émeut, en ajoutant que ce dossier devrait être géré « sans interférence étatique nationale »… en oubliant sans doute que l’État français est le premier actionnaire du holding.

Où se trouve la cohérence lorsque, revenant sur la privatisation du groupe ADP, Bruno Le Maire déclarait : « Je crois en le rôle de l’État dans l’économie » ?

La droite française est hostile à l’économie de marché, et divers exemples récents le démontrent. Que ses principaux représentants ne comprennent donc pas l’action du gouvernement néerlandais fait partie des options compréhensibles. En réalité, tout s’est joué au niveau du haut management : Ben Smith, directeur général de Air France-KLM, appelait de tous ses vœux à davantage d’intégration de la part des Pays-Bas. Ce qu’il a obtenu. Car la réalité économique est là : en 2018, avec un résultat d’exploitation de plus de 1,3 milliard d’euros, KLM a réalisé environ 80 % du résultat du groupe.

Air France cigale et KLM fourmi

Pendant que le personnel d’Air France faisait grève en plein été pour réclamer des avantages salariaux, la fourmi KLM mettait des provisions de côté en vue des turbulences. La structure décentralisée de la compagnie néerlandaise se heurtait depuis le début à la hiérarchisation poussée de sa cousine française, pourtant plus riche. Pour reprendre les termes d’un éditorial du Monde, l’État français se comportait en « actionnaire calamiteux, arbitre partisan de relations sociales rongées par le corporatisme, sans pour autant fixer de cap clair à l’entreprise ». Un choc des cultures qui est à l’origine, aujourd’hui, de l’incompréhension de la caste politique hexagonale.

En bons dirigistes, Emmanuel Macron « réclame des clarifications » tandis que Bruno Le Maire, lui, « convoque » son homologue néerlandais pour éclaircir la situation. En attendant, cette guerre inter-États a d’ores et déjà fait une victime à court terme : l’action Air France-KLM a plongé.

Amateurisme du gouvernement français ? Coup de force du gouvernement néerlandais ? Un peu des deux, sûrement. Mais, dans cet épisode, la différence culturelle entre un pays étatiste et un pays aux mœurs libérales saute aux yeux.

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