Aimons ceux qui nous haïssent

Liberté (Crédits : Alban Gonzalez, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Nous devons nous battre, toi, moi et tous les autres, pour que ceux qui nous détestent soient libres de le faire – sinon, nous ne pourrons plus répondre à leur mépris, ni même tenter, avec notre amour, d’apaiser leur colère. OPINION

Par Julien Martins1.

Ma liberté dépend de la tienne. Si je peux me permettre de te tutoyer ainsi, moi qui ne te connais ni d’Ève ni d’Adam, c’est uniquement parce qu’en retour, tu peux m’en tenir rigueur. De la même manière, condamner l’expression de mon hostilité à ton égard revient aussi à museler la tienne. La loi ne fait pas dans la discrimination.

Lorsque notre Président annonce vouloir redéfinir l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme, ce qu’il ne dit pas, c’est qu’une fois tout cela décidé, il ne sera plus possible d’écouter les voix discordantes de notre société – nous seront sourds et aveugles devant une haine muette, mais non moins terrifiante.

Il y aura, à n’en pas douter, toujours un peu plus de surveillance de masse à la clef : des micros et des caméras chez toi et chez moi, pour nous protéger du poison. Intentions louables et difficiles à contester lorsque personne n’a vraiment le choix. Il est pourtant impératif de se la poser, cette question du libre arbitre, puisque la haine, irrationnelle, relève non du droit, qui ne s’occupe que de ce qu’elle engendre, mais des mœurs.

Les vices ne sont pas des crimes

Combien d’entre nous continuent, en secret, à fumer de l’herbe, pleinement conscients des peines encourues ? Combien encore, sous le masque de la cordialité, cachent leurs rancunes par crainte d’anathèmes, sans néanmoins chercher à s’en départir ? Les vices ne sont pas des crimes, nous aurait répondu Lysander Spooner – ils ne peuvent donc être corrigés par la contrainte et la violence. Pire, lorsqu’on les régule trop, les vices se dissimulent et bouillonnent, grandissent, puis, dans un coup d’éclat fulgurant, dévorent les vertus.

Taire la menace ne la rendra pas moins réelle : au contraire, le silence exacerbe les vociférations, donne aux loups la candeur des agneaux. « Nous ne sommes pas des monstres, voyez-vous, puisque nous n’en avons plus le langage », affirment déjà les meutes bleues marines. Les hurlements se sont atténués. Les instincts et les crocs ont-ils pour autant disparu ?

Nous devons nous battre, toi, moi et tous les autres, pour que ceux qui nous détestent soient libres de le faire – sinon, nous ne pourrons plus répondre à leur mépris, ni même tenter, avec notre amour, d’apaiser leur colère. Nous le devons non seulement parce que la vie est une zone grise et que, parfois, les situations sont plus compliquées qu’elles n’y paraissent, mais surtout parce que, sans ça, un jour, nos paroles, elles aussi, finiront par ne plus avoir d’importance.

  1. Julien Martins anime Les Affranchis-Students for Liberty France.
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