Vite, il nous faut un service public de l’Humour officiel !

Il ne faudrait pas que les gens rient de n'importe quoi avec n'importe qui. Heureusement, le service public veille et proposera bientôt un humour normé.
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Vite, il nous faut un service public de l’Humour officiel !

Publié le 22 février 2019
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En République du Bisounoursland, la loi définit ce qui est interdit et, par définition, ce qui reste est autorisé à l’exception bien sûr de ce qui n’est pas officiel. Dans ce cadre, il en va de l’humour comme des rillettes AOC : on ne pourra pas rire de tout, certainement pas avec tout le monde, sans le blanc-seing des autorités.

C’est en tout cas la conclusion qu’on pourra en tirer avec la petite surprise qu’aura subie Laura Laune suite à l’enregistrement de son sketch pour « Le Grand Oral » diffusé mardi 19 février sur France 2, et qui s’est vue intégralement coupé au montage.

Laura Laune, c’est cette humoriste et chanteuse belge révélée lors de la douzième saison de « La France a un incroyable talent » sur M6 en 2017 et qui s’est largement fait remarquer pour son humour noir, particulièrement décalé et qui n’hésite pas à aborder frontalement la plupart des sujets que certains qualifient pudiquement de sensibles (comme les quartiers, je présume).

Et alors que c’est la production de France 2 qui, connaissant pourtant le type d’humour de Laura Laune, l’avait contactée pour faire partie de son émission et l’avait donc enregistrée lors de son passage, voilà qu’au moment de diffuser, il n’en aura été rien retenu. Et si la production se défend mollement en expliquant avoir dû faire des coupes pour réduire les 4 heures de rushes en 2 h 45 d’émission effective, on s’explique cependant assez mal la disparition complète de l’artiste là où tous les autres sont parvenus à rester, malgré les coupes.

De là à en déduire que c’est la prestation elle-même qui aura mis mal à l’aise la production de France 2, il n’y a qu’un pas qu’on pourra franchir d’autant plus facilement lorsqu’on découvre la performance en question, que l’humoriste a, de toute façon, enregistrée deux jours plus tard sur scène et s’est empressée de mettre à disposition de ses fans sur les réseaux sociaux, provoquant un effet Streisand aussi rigolo que prévisible.

Évidemment, avec plusieurs millions de vues au compteur et un buzz notable sur les réseaux sociaux, bien que n’étant pas passée dans l’émission de France 2, la chanson de Laura Laune a réussi à faire parler d’elle. Du côté de la production, on se défend de toute censure : il fallait couper, c’est tombé sur elle, circulez, rien à voir.

Peut-être.

Ou peut-être France 2 se souvient-elle que la même Laura Laune avait, il y a un an et sur la même chaîne, déclenché une vive polémique suite à une blague de son spectacle que le journal de 20H avait cru bon de passer :

En somme, on peut raisonnablement s’interroger sur la perception de l’humour par le service public de télévision, et sur la cohérence qui l’anime : d’un côté, il relaye une blague qui déclenche un tollé, de l’autre il coupe une chanson qui, par voie de conséquence (et de façon prévisible) fait immédiatement un carton sur les réseaux sociaux.

Difficile de ne pas rapprocher ces péripéties vasouillardes des mésaventures de l’humoriste Tex qui avait eu l’absence de lucidité de faire une blague sexiste alors que Marlène Schiappa venait d’accéder au poste de Mère Moraline du gouvernement, ce qui avait valu son emploi au mâle blanc cis. Pour le moment, Laura Laune bénéficie probablement encore un peu de son joker « femme », mais si ses incartades continuent, le service public ne pourra plus rien faire et devra lâcher sur elle les chiens du politiquement correct.

On assiste en fait ici à l’énième occurrence des tortillements intestinaux du Camp du Bien, tiraillé entre ses principes humanisto-démonstratifs où il est impératif de s’assurer de la liberté d’expression moyennant un petit panonceau « Je Suis Charlie », mais où cette enquiquinante liberté ouvre toute une série de portes sur des pentes tout aussi savonneuses les unes que les autres, politiquement correct oblige.

Pour l’humour et la liberté d’expression, quel chemin parcouru en 30 ou 40 ans ! Ce qui fait rire de nos jours, ce qui est considéré comme subversif ou corrosif ressemble à s’y méprendre aux poncifs et constats d’évidences qu’on faisait sans même glousser il y a presque un demi-siècle et sur lesquels Desproges ou Coluche n’auraient pas écrit un spectacle.

En 1982, Pierre Desproges questionnait justement, face à Jean-Marie Le Pen et… sur le service public justement, « Peut-on rire de tout ? » Si, à l’époque, il avait montré avec brio que c’était le cas, mais « pas avec tout le monde », le même service public est en train de démontrer à présent que rire de tout n’est simplement plus autorisé.

De façon évidente, petit-à-petit, différents sujets, différents traitements sont devenus littéralement tabous ou le deviennent par la force des réactions des groupes de pression, toujours plus nombreux. Dans ce contexte, il est piquant de constater que le service public et, pour être honnête, l’ensemble des médias mainstream semblent tous les jours s’aplatir un peu plus devant ces groupes, associations et ligues de vertu qui éructent à chaque vague irritation, que ces ligues sont d’autant plus vocales qu’elles utilisent à fond l’effet « réseaux sociaux », et que ce service public et ces médias perdent chaque jour un peu plus de crédibilité et de part de marché à ces réseaux sociaux où s’ébattent également tous ceux qui, de façon diamétralement opposée, se font un malin plaisir à déclencher les colères homériques des flocons terribles de ces ligues.

Plus amusant encore et sans aucunement comparer les prestations de Laura Laune avec celles de Dieudonné, force est de constater qu’à chaque fois que nos moralisateurs officiels agissent et jugent, coupent et distribuent de l’anathème, que ce soit sur France Télévisions, Radio France ou l’un de nos nombreux journaux sur-subventionnés, à chaque fois, l’audience du malheureux écarté grimpe notablement, pendant que la crédibilité et l’audience des médias officiels se dégradent d’autant.

En pratique, la façon dont l’humour est maintenant « géré » par les médias officiels (à commencer par le service public) reflète surtout le décalage entre l’intelligentsia franco-parisienne et le reste de la population qui s’est, elle, habituée à piocher ses informations, ses interactions et ses humoristes sur Internet et ses réseaux sociaux, au grand dam des jacassants qui n’ont pas de réels moyens pratiques ni de la faire revenir sur les canaux qu’ils contrôlent, ni d’exercer vraiment une emprise durable sur le réseau mondial.

Au passage, on retrouve cette même observation de la part d’un autre humoriste lui aussi belge, Walter (que j’ai déjà évoqué dans ces colonnes) et qui, dans une récente interview au Figaro, arrive à cette même conclusion qu’il existe à présent un humour officiel, « solidaire et inclusif ».

Dès lors et tout comme Walter, j’en viens moi aussi à me dire que, selon toute vraisemblance, l’humour va progressivement se scinder en deux écoles. L’une, policée par le politiquement correct et les éruptions cutanées des Social Justice Warriors, promet de belles pages de blagues à Toto pas trop piquantes et sera librement accessible par les canaux habituels de radio et de télévision. L’autre, l’humour qui fait vraiment rire, sera rapidement cantonné aux réseaux sociaux.

Cela rappelle d’autres choses en d’autres temps…

—-
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  • Bah , on ne peut pas dire n’importe quoi aux gens regardant les chaînes gouvernementales , ils ont un cerveau très lent et pourrait ne pas comprendre l’humour ni la politique gouvernementale ..c’est une espèce a protéger comme le crapaud Belzébuth ou le merle a pois rouge !

    • Vous inquiétez pas, Bonaparticule travaille aussi à protéger les utilisateurs de résosocio des méfaits d’un cerveau trop rapide. Solidaire et inclusif, on vous dit.

  • de toute façon, la culture française d’aujourd’hui n’existe plus. En effet, nos soi-disants artistes français sont belges, québécois ou autres francophones ?

  • Attention, il faudra probablement avoir un permis pour aller sur internet. C’est si dangereux. La maréinternet y veillera. Accès à un site non autorisé, paf amende de 150 Euros… Récidive? Pif paf pouf, amende de 900 Euros.
    Vu que les gens vont bientôt ne plus se déplacer à cause des lubies écolo-verdâtres des « gouvernants », il faudra bien trouver d’autres sources de taxation. Et quoi de mieux que de taxer le rire non officiel ❗

    • Génial. Pour parfaire ce système, je propose d’instaurer une petite incitation fiscale à la délation des propos politiquement incorrects.

      • Avec un plafonnement, faut pas exagérer ! Et bas, le plafond, hein !

      • Et surtout des amendes surtaxées pour les plus riches, et des récompenses plus élevées d’autant que la personne dénoncée est supposée être riche.
        En Marche, vers un monde merveilleux ❗ On ne va pas chinoiser… sur ces chinoiseries…

      • je pense que le mieux serait bien sûr d’instaurer un permis d’humour dûment tamponné après dépôt des cerfa et passage en CPDR (commission préfectorale du rire).

  • D’un autre côté je ne paye pas pour écouter une blonde raconter une blague éculée et d’un goût douteux sur les Juifs ou chanter « pute pute pute » comme dans un mauvais clip de rap. N’est pas Desproges qui veut.

    • Moi ca m a plutot fait rire sa chanson. Bon le doigt d honneur a la fin elle aurait pu s en dispenser mais globalement c etait assez drole. en tout cas je me demande ce qui a pu justifier la censure ? la reference aux gilets jaunes ? des MLF qui l ont pris au premier degre et ont ete choque sur les Millons de touristes qui passent sur la France …

    • ? De toute façon, vous payez votre redevance et on ne vous demande pas votre avis quelque soit le contenu. Les propos de Laura LAUNE sont vraiment peanut par rapport aux tombereaux de propos moralisants, gauchistes et escrolos qui abreuvent quotidiennement les téléspectateurs de nos chaines publiques. Au moins L.Laune ne vous dit comment vous devez penser.

    • @ Synge
      Vous êtes donc bien politiquement correct et manquant d’humour, car perso je me suis écroulé de rire! Je vous signale que les blagues juives sont souvent aussi d’un goût douteux en ce qui concernent cette époque, car eux ils ont le sens de l’humour!

  • C’est marrant, mais cette censure de Laura Laune me rappelle étrangement la censure de Constance dans l’émission du même Ruquier : « on ne demande qu’à en Rire » (mais à condition que cela ne choque pas et de ne pas s’en prendre aux copains).

    Pour ceux qui ne connaissent pas, Constance pratique le même style d’humour « noir » et provoquant. Ils étaient aller la chercher pour la convaincre de participer à l’émission. Puis pas suite des mêmes tortillement intestinaux, sont humour dérangeait – jusqu’au clash.

    Décidément, Ruquier devrait prendre du Malox.

    • « Décidément, Ruquier devrait prendre du Malox. »
      Dans un système honnête, une nullité comme Ruquier aurait été virée depuis longtemps. Il n’aurait même pas pu accéder au petit écran.

  • prochaine cible, la bajon, y’a des vérités pas bonnes à dire ces temps-ci

  • Merci pour cette découverte ! Je l’adore cette petite. Les médias Français me font gerber. En gros en France on se fait de plus en plus chier. Et si l’on balance sa TV, ils viendront dans la boite mail ou à lettres. Et si on coupe ça aussi ils raflent le compte en banque et balancent des huissiers. Le Fisc rode…nouveau croque mort sans pitié. Et en effet entre un cancer et le Fisc le choix est difficile. Du 1 er on peut espérer une rémission, du 2 d non.

  • A propos de l’effet Streisand, il faudra expliquer ça aux journalistes du « Camp du Bien » (pléonasme) grands pourfendeurs de « Fake News ».

  • Je vois du positif à la lecture des commentaires. Bientôt il n’y aura que des hors la loi. Et historiquement le Français devient performant dans ces cas là.

    • @golum
      Bonsoir,
      Vu le nombre de flash radars, le nombre de points et de permis retirés ; vu le plumage punitif envers ceux qui travaillent : la France est remplie de hors-la-loi patentés et/ou potentiels.

  • Heureusement, Maduro nous a donné la voie à suivre, en créant un « ministère du plus grand bonheur social », qui permettra de comprendre qu’on n’est pas là pour rigoler, le bonheur étant une chose sérieuse, solidaire et inclusive.

    Bon, je suppose qu’après il faudra créer un « ministère du suicide collectif », pour encadrer la brusque augmentation des cas de désespoir

  • A noter que l’humour officiel se reconnaît facilement: lors de sa diffusion sur les médias, les intervenants/spectateurs sur ces mêmes médias rient… à votre place

  • Halte a la censure ! Cette fille qui est certes « osée », mais n’est pas au top , elle devrait un peu travailler l’écriture, et doit pouvoir continuer son métier, elle arrêtera si elle n’a pas de spectateurs , ce n’est pas a Ruquier de décider, pas plus que ce n’était a Valls le catalan, de s’occuper de Dieudonné.

    • Permettez moi de ne pas être d’accord avec vous, vous dites cela parce qu’elle se moque de la France et cela vous choque, mais moi je la trouve excellente!

  • Les commentaires sont fermés.

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