Les drapeaux dans les classes vont-ils rétablir la confiance à l’école ?

French flag By: Bobo Boom - CC BY 2.0

On s’enroule dans le drapeau comme pour voiler les nudités honteuses des nouvelles lois.

Par Stanislas Kowalski.

Les symboles sont-ils anodins ? En tout cas les députés aiment brandir les fétiches de la République, surtout quand ils la sentent en danger. La Déclaration des Droits de l’Homme était déjà affichée dans tous les établissements (en principe). Maintenant, dans toutes les salles de classe, ce seront les drapeaux français et européens, qui sortent toujours en couple désormais. En puis les paroles de La Marseillaise, cet hymne d’amour délicieux.

Entendons-nous bien. Il est louable d’aimer sa patrie et d’en donner des signes. Mais l’obligation de les afficher donne à la République des airs de femme acariâtre qui passe son temps à dire : « Tu m’aimes, dis-moi, tu m’aimes ? » Aucune loi ne peut nous forcer à l’aimer. Il lui suffirait de se rendre aimable et c’est avec fierté que nous porterons ses couleurs.

Des drapeaux pour cacher l’essentiel

Las ! On s’enroule dans le drapeau comme pour voiler les nudités honteuses des nouvelles lois, alors que la foule a choisi d’autres bouts de tissu pour représenter sa colère.

Ah ! « L’école de la confiance » ! Comme dans tous les couples qui battent de l’aile, plus on parle de confiance, plus on se méfie. Surtout quand c’est pour dire : « Fais-moi confiance, sans réserve. » On aurait pu espérer : « Je te fais confiance. » Ce ne sera pas le cas.

Jugez un peu.

Le premier article rappelle les devoirs des professeurs. Pour instaurer la confiance, ils doivent faire preuve d’exemplarité et respecter les familles et, bien sûr, l’institution. Car tout dépend, évidemment, de « la cohésion de la communauté éducative ». Ça ne rassure pas tellement les enseignants démoralisés par cette institution. Il est sans doute excessif de dire, comme certains syndicalistes, que cet article va restreindre leur liberté d’expression, mais il donne le ton. Vous êtes priés de ne pas faire de vagues.

S’ensuivent un certain nombre d’obligations et de contrôles nouveaux. Nous commencerons par l’école maternelle, dès trois ans, sans exception, même si la quasi-totalité des enfants qui sont prêts à entrer à l’école y entrent de toute façon.

De l’autre côté, une obligation de formation pour les jeunes de 16 à 18 ans, pour « ne laisser aucun jeune au bord de la route », selon les mots du ministre. Les 20 000 décrocheurs se verront proposer systématiquement une formation ou un apprentissage. Les 10 ou 13 années précédentes ont échoué, les centres d’orientation et les professeurs n’ont pas réussi à convaincre. Mais avec deux ans de plus, c’est sûr, ça va marcher. Marchez droit, jeunes gens, rentrez dans le rang. Seule une qualification dûment tamponnée par une institution légale peut assurer votre succès dans la vie.

Expérimentations pédagogiques

La philosophie du projet est confirmée par le renforcement des contrôles dans le cas de l’instruction en famille. Liberté ? Oui, mais.

Alors, certes, le projet de loi prévoit d’étendre les domaines dans lesquels les écoles et établissements d’enseignement scolaires peuvent faire des expérimentations pédagogiques. Ah ! Enfin ! Mais comme d’habitude, sous réserve de l’accord des autorités académiques, dont chacun connaît l’esprit aventureux.

Dans le registre des symboles, il y en a un qui ne sert à rien, mais qui est bien trouvé. Les ESPE sont renommés en Inspé (Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation). Si l’acronyme précédent évoquait des espoirs fallacieux, le nouveau semble plus en accord avec une politique de reprise en main et d’homogénéisation sur tout le territoire, car apparemment le principal problème des ESPE est leur qualité « inégale ».

Mais bon, de quoi nous plaignons-nous ? Quelques drapeaux, ça ne mange pas de pain. Il faudra juste prévoir de laver le linge sale de temps en temps. La lessiveuse, c’est peut-être le dernier lien des familles désunies.

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