Retrait américain de Syrie : pour une analyse nuancée

Que l’on l’approuve ou non, la décision du retrait de Syrie — si elle était suivie d’effets, ce qui reste à vérifier — s’inscrirait de façon cohérente dans la révolution paradigmatique de la présidence Trump.

Par Drieu Godefridi.

Le retrait américain de Syrie, que vient d’annoncer l’administration Trump, est dépeint par les médias européens comme une décision catastrophique, dont attesterait la démission du Secrétaire à la défense Mattis.

Un sujet aussi complexe ne mérite-t-il pas quelques nuances ?

Rappelons d’abord qu’il n’y a pas de bonne décision dans ce domaine. Ravagée par la guerre civile, la Syrie est aujourd’hui revenue à une sorte d’équilibre qui, pour être de la terreur, n’en est pas moins un équilibre. Certes, tous les éléments sont réunis pour une nouvelle conflagration. Mais cela ne suffit pas à justifier la présence américaine.

Le cas de l’Afghanistan est comparable. Les Américains y sont depuis 17 ans (17 ans !): que fait l’armée américaine dans cette région ? Le coût pour le contribuable américain n’est-il pas pharaonique ? Quels sont les bénéfices de sa présence ? Quelle perspective de victoire (aucune) ? Cette présence doit-elle être permanente ? Pourtant, en cas de retrait, comment éviter que ce pays ne redevienne un foyer brûlant de terrorisme international ?

Le compte n’y est pas

L’analyse coût-bénéfices — qui est celle par laquelle commence toujours le président américain, à juste titre — n’est pas plus évidente pour la Syrie qu’elle ne l’est pour l’Afghanistan.

Outre l’analyse coût-bénéfices, il y a la question de principe : faut-il considérer que les USA sont de facto les gendarmes du monde, ou que rien ne justifie leur présence militaire aux quatre coins de la planète ? Les seuls à se montrer cohérents sont les libertariens (le sénateur Rand Paul s’est d’ailleurs empressé de saluer la décision du président) : la présence continue de l’armée américaine dans ces pays génère davantage d’effets pervers que bénéfiques et brûle l’argent du contribuable américain.

La Syrie, ce sont 2 000 soldats américains ; le vrai sujet sera, demain, l’Afghanistan. Bob Woodward montre bien dans son dernier livre Peur que Trump a et a toujours eu la volonté de désengager l’armée américaine de ce pays.

Trump avait pris l’engagement de campagne de retirer l’armée américaine de ces pays ; depuis qu’il est élu il a prié ses services de lui soumettre des plans de retrait, le plus souvent en vain. La décision qui vient d’être prise est une décision au sens fort et comme schmittien de ce terme, aucun doute sur ce point : mais si on ne brusque pas un système aussi puissant que le Deep State, on ne le change pas, c’est lui qui finit par vous dissoudre. Je compare cette décision au retrait de l’Accord de Paris : elle est paradigmatique (même si elle aura probablement davantage d’effets de bord, et qu’elle sera plus malaisée à tenir).

Les Européens n’ont pas de leçon à donner

Dans le même temps le président américain a fait voter et bâti l’armée la plus puissante — de loin — de l’histoire des États-Unis et l’armée la plus puissante — de très loin — au monde.
Tout cela fait un ensemble America first plutôt cohérent.

Le sûr est que les Européens occidentaux n’ont aucune leçon à donner. D’une part nous avons largement contribué à susciter l’abominable guerre civile qui a ravagé la Syrie, en soutenant d’emblée un renversement de régime (qui se souvient que les Fabius et autres étaient tout à fait disposés à financer et soutenir des groupes terroristes islamistes à cet effet ?) ; d’autre part il serait temps de mettre nos actes en adéquation avec notre grand bouche « morale », au lieu d’exiger que des fils du Kentucky et de l’Oklahoma aillent se promener en Syrie.

Que l’on l’approuve ou non, la décision du retrait de Syrie — si elle était suivie d’effets, ce qui reste à vérifier — s’inscrirait de façon cohérente dans la révolution paradigmatique de la présidence Trump.

 

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