Quand la politique met la science en péril

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Quand la politique met la science en péril

Publié le 17 décembre 2018
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Par Mark Lynas.

Un nouvel article publié dans le journal de haut niveau PNAS décrit les défis que pose à la connaissance scientifique la prolifération d’informations erronées en ligne sur des questions telles que le changement climatique, les vaccins et les plantes génétiquement modifiées.

Il décrit comment « de profonds changements structurels dans l’environnement médiatique » ont « permis à des acteurs peu scrupuleux, aux motifs cachés, de faire circuler de plus en plus d’infox, de fausses informations et de désinformation à l’aide de trolls, de robots et d’algorithmes pilotés par les répondants ».

En raison de ces changements structurels, « les points de vue des scientifiques et du public sont maintenant très éloignés les uns des autres » sur des questions telles que le climat, les vaccins et les OGM et seulement 21 % des adultes américains déclarent avoir « une grande confiance » dans le fait que les scientifiques agissent dans le meilleur intérêt du public.

En conséquence, l’article a averti que « chaque fois que des conclusions scientifiques contrediront l’agenda politique d’une personne ou d’un groupe, qu’ils soient conservateurs (comme pour la science du climat et l’immigration) ou de gauche (comme pour les aliments génétiquement modifiés et les risques de la vaccination), les scientifiques peuvent s’attendre à une campagne ciblée de fausses nouvelles, d’informations erronées et de désinformation en réponse, quelle que soit la clarté avec laquelle l’information est présentée ou le soin et la force de conviction mis dans sa formulation. »

L’article a été rédigé par Shanto Iyengar de l’Université de Stanford et Douglas S. Massey de Princeton, qui ont tous deux participé au colloque organisé par l’Académie Nationale des Sciences des États-Unis sur la science et la communication. Il est disponible en texte intégral en ligne.

Les auteurs soulignent que, s’il peut être utile d’améliorer la capacité des scientifiques à communiquer avec le public, « nous soupçonnons que la méfiance à l’égard des activités scientifiques et les idées fausses sur les connaissances qu’elles produisent ont de moins en moins à voir avec les problèmes de communication et de plus en plus avec la disponibilité d’informations trompeuses et biaisées d’accès facile dans les médias. »

L’article analyse les profonds changements structurels intervenus dans le paysage médiatique depuis 1970, notamment « la déréglementation de la radiodiffusion, l’abrogation de la doctrine de l’équité [Fairness Doctrine], l’essor de la télévision par câble, l’avènement de l’Internet et le développement des réseaux sociaux », qui ont contribué à une polarisation politique et une animosité partisane croissantes.

Bien que les deux bords politiques puissent être des sources de la désinformation, les auteurs de l’article de PNAS ont déclaré très clairement que « les efforts délibérés pour saper la confiance dans la science proviennent malheureusement principalement de la droite du spectre politique » [aux États-Unis d’Amérique].

Alors que la confiance des libéraux [au sens états-unien] dans la communauté scientifique n’a guère changé au cours des dernières décennies, le pourcentage de conservateurs exprimant une grande confiance dans la communauté scientifique est tombé de 56 % à 36 % entre 1974 et 2016.

La polarisation partisane signifie que de plus en plus de citoyens sont coincés dans des « chambres de résonance », écrivent les auteurs, et que les gens sont devenus « plus enclins à rejeter les informations et les arguments qui s’opposent à leur vision du monde ». Quand les preuves scientifiques s’opposent aux allégeances partisanes, « elles sont soit rejetées, soit déformées, empêchant ainsi la diffusion des résultats scientifiques. »

Iyengar et Massey écrivent : « La prévisibilité des croyances et des attitudes partisanes représente un cas classique de raisonnement motivé dans lequel l’affirmation de l’identité partisane prime sur l’examen sans parti pris des preuves. »

L’article donne l’exemple d’une étude de l’Académie Nationale des Sciences sur l’immigration qui – bien qu’elle ait principalement montré que les impacts économiques de l’immigration sont principalement positifs – a été déformée par les médias conservateurs et la blogosphère pour lui faire dire le contraire.

L’article ne va pas jusqu’à proposer des solutions à la situation de plus en plus difficile en matière de communication qui touche la communauté scientifique. Les auteurs suggèrent qu’une réfutation rapide et organisée de la désinformation pourrait être utile, mais « étant donné ce que la recherche a révélé sur la façon dont la tribalisation de la société américaine a fermé les esprits américains, elle pourrait ne pas être très efficace ».

Sur le web – Traduction par Wackes Seppi de « New paper outlines how science is imperiled by ‘post-truth’ politics »

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  • Quand on observe les salves d’articles
    et de commentaires qui sortent sur ce site en fonction de l’actualité, par exemple celle du Giec, on trouve une confirmation à l’étude rappelée ci-dessus.

    • Mais il y a un monde entre le rapport du GIEC et l’instrumentalisation du RCA par les écologiques.
      C’est de cela dont parle l’article.
      Oui les températures augmentent, non ce n’est pas la fin du monde.
      Vous faites parti des chiens de garde de la doxa eco-catastrophistes, aussi partisan et sectaire que certains libéraux qui sont dans le déni du réchauffement climatique.

      • Vous n’avez rien compris, je ne parle pas des écolos, mais de Contrepoints.
        En tout cas, merci pour votre réaction tout en finesse. Elle me donne raison.

        • « Vous n’avez rien compris »

          Vous parlez pour vous ?

        • Vous ne manquez pas d’air, Contrepoints publie un article qui parle du hiatus grandissant entre les scientifiques et les politiques, et vous voyez une confirmation que Contrepoints est ‘sectaire’.
          Une paille, une poutre.
          Contrepoints est un média libre, avec des opinions diverses, mais certainement pas monomaniaque comme vous qui n’intervenez que dans les sujets écologiques.

    • @ Yves81
      Vous n’avez décidément aucune notion de ce qu’est la science. C’est l’analyse des faits, et une théorisation qui doit être vérifiée par l’expérience. Or les faits contredisent le GIEC qui n’est pas un organisme composés uniquement de scientifiques! Les conclusions sont déformées par le comité de rédaction du rapport où il n’y a aucun scientifique. La température a cessé d’augmenter depuis 17 ans, et son augmentation précédente peut avoir plusieurs causes. Alors que le Giec a pour mission de prouver l’origine humaine du réchauffement.
      Et encore plus il ne peut prévoir ce que sera le climat dans 80 ans, à moins de lire dans une boule de cristal !
      Si vous étiez un peu plus cultivé vous sauriez que le climat de la Terre n’a jamais été stable, il change constamment se refroidissant puis se réchauffant. Et il a fait bien plus chaud par le passé!

      • Bonjour Virgile
        La température a augmenté depuis 17 ans (0.3°).
        http://www.woodfortrees.org/plot/hadcrut4gl/last:204/trend
        Tous les scientifiques sont d’accord sur l’augmentation de temp depuis 50 ans avec une probable participation du CO2.
        Quant aux effets négatifs, ils sont hypothétiques. On est loin de l’urgence climatique’.

        • Bonjour gillib .Pas de puis 50 ans : tout petit j’ai connu les très rudes hivers d’après guerre (Abbé Pierre…)j’étais en fac dans les années 70 et je peux vous assurer que les journaux faisaient des titres sur le refroidissement qui menaçait la planète…Les mêmes qui nous expliquent avec le même brio le contraire actuellement. Quant à l’augmentation de 0,3° avancée depuis 20 ans, elle n’a aucune valeur statistique sur les 517 000 000 de km2 de la planète.

          • Il est d’autre part toujours etonnant que des rechauffistes accusent les sceptiques de nier les variations climatique alors que ce sont eux qui ont essayé de vendre l’idée d’un climat stable (voir la courbe de Mann sur la premiere page d’un rapport du GIEC) soudainement réchauffé par le malefique CO2.

        • C’est plus compliqué que ça car les mesures sont complètement trafiquées par la clique dominante des scientifiques oeuvrant dans ce domaine.

          Donc sur les dernières années difficile de se prononcer mais il semble qu’il n’y a pas de tendance statistiquent significative dans un sens ou dans l’autre. C’est reconnu meme par les rechauffistes.

          La seul tendance dont on est a peu pres certain cest le rechauffement depuis 1850. La valeur de la tendance est malheureusement sujette à discussion pour les memes raisons que précédemment.

      •  » La température a cessé d’augmenter depuis 17 ans, et son augmentation précédente peut avoir plusieurs causes. »
        Oui mais la principale est la dernière glaciation. Il y a 17 000 ans, la température moyenne était de 6°. Elle a remonté depuis à sa valeur actuelle de 17°.
        Ces valeurs sont compatibles avec celles établies sur 800 000 ans à partir des forages glaciaires de Vostok et qui montrent des alternances, tous les 100 000 ans, de périodes glaciaires à 6° et de réchauffements interglaciaires à 17°.

  • claude henry de chasne
    17 décembre 2018 at 8 h 42 min

    évidement , la communication politique est le bréviaire de tous ces escrocs, avec la complicité du clergé de la republique et de journalistes vendus

  • Ce n’est pas, il me semble, la confiance du public envers « les » scientifiques qui est en cause, mais envers le discours médiatique emprunté à « certains » scientifques.
    Il est nécessaire de se sortir de la tête que nous avons des médias objectifs et pluralistes. Il faut 1) se poser la question de l’indépendance de certains scientifiques 2) se demander quel(s) pouvoir(s) servent les médias, surtout quand ils nous présentent une vérité indiscutable.
    La recherche de la vérité est difficile. Sur les sujets comme ceux qui évoqués dans cet article, il faut faire l’effort de lire des thèses différentes, voire opposées. Et donc, braver un certain discours médiatique qui vise à discréditer par avance ce qui contredit la thèse dominante (négationnistes, obscurantistes etc…)

    • Nous sommes bien d’accord. Contrepoints étant un media, je réitère mon point de vue ci-dessus.

      • Contrepoints n’est pas une officine d’une pensée unique. Le point de vue de certains de ses auteurs n’engage qu’eux.

        • J’admets votre remarque. Elle est à moitié justifiée, j’ai donc à moitié tort.
          Car, s’il est vrai que certains points de vue, que je conteste (en me faisant incendier à chaque fois), essentiellement sur l’environnement, engagent principalement leur auteur, Contrepoints ne peut être (heureusement d’ailleurs) considéré comme n’étant pas partie prenante dans le processus de publication.
          La ligne éditoriale est sans ambiguïté sur les questions environnementales et les quelques libéraux, dont je suis, qui sont sensibilisés à ces questions et qui accordent crédit aux publications scientifiques démontrant le RCA, n’ont aucune voix au chapitre. Plus grave, ils sont ostracisés. C’est ce que dénonce justement l’article de Mark Lynas.

          • Il n’en reste pas moins que j’apprécie grandement Contrepoints.

            • Alors soyez plus clair.
              Le RCA est un fait scientifique robuste. Mais le délire de l’urgence climatique est un .. délire digne des sectes millénaristes.

              • Oui bon!
                Votre site égalité et réconciliation que vous citez n’est pas un site de référence scientifique.
                A Soral, comment dire?

              •  » Mais le délire de l’urgence climatique est un .. délire digne des sectes millénaristes.  »

                Moi je parlerais plutôt d’hystérie. Maintenant on nous parle de justice climatique. ( Sorti de la bouche de la gamine suédoise que tout les neuneus en font une divinité de la cause du réchauffement climatique ) J’aimerai savoir ce qu’est de la justice climatique?

  • Amusant cet article sur un site libéral, qui voudrait qu’a partir du moment ou une démonstration se dit « scientifique » elle ne puisse pas être contestée.
    Et que donc les gens qui rejettent les conclusions toutes faites seraient des « partisans idéologiques ».
    La vérité est surtout que la science est surtout un moyen souvent orienté pour appuyer des idées et les présentations médiatiques scientifiques des conclusions « choisies » pour vendre des idées plus que des vérités.
    Si la science apporte des vérités sur l’apport économique de migrants, c’est certainement vrai, mais sans aborder l’aspect sociologique de l’intégration des gens qui vivent avec des interdits négatifs à la vie en communauté. Est ce de la science ou une présentation orienté ou « choisie » ou partielle dans le sens ou certain voudrait le voir pour éviter de voir des choses dans leur globalité?
    Peut être qu’il faut se rendre compte que la science diffusée aux médias n’est pas de la science…
    Mince. Cette phrase va me positionner comme partisan idéologue sans pondération.

    • Ben une démonstration scientifique doit vérifier certains critères pour l’être, mais à partir du moment où ils sont bien vérifiés, sa contestation n’a pas de sens. Or, l’expérience que j’en ai est que ce sont bien les médias qui étendent la remise en cause de certaines implications des vérités scientifiques à celle des vérités scientifiques elles-mêmes. Et, j’en ai été le témoin privilégié, parfois en renversant sans vergogne les conclusions d’articles scientifiques pourtant logiquement inattaquables, suivant le bon principe que personne n’ira lire l’article original publié en anglais, ou que « contestez, contestez, il en restera toujours quelque chose, ne serait-ce que le fait que l’incontestable n’existerait pas. »

    • « Amusant cet article sur un site libéral, qui voudrait qu’a partir du moment ou une démonstration se dit « scientifique » elle ne puisse pas être contestée. »


      @lequidam : Le problème n’est pas que des résultats scientifiques sont contestés, le problème c’est qu’ils sont contestées malhonnêtement, c’est-à-dire sans même prendre le temps d’examiner objectivement les preuves.
      Je cite l’article : « Quand les preuves scientifiques s’opposent aux allégeances partisanes, elles sont soit rejetées, soit déformées, empêchant ainsi la diffusion des résultats scientifiques. […] l’affirmation de l’identité partisane prime sur l’examen sans parti pris des preuves. »

  • Idem en France comme on peut le constater tous les jours. De plus les gens deviennent hargneux lorsqu’on leur oppose les résultats scientifiques contredisant leurs âneries.
    Sauf que je ne vois pas ce qu’il y a de scientifique dans une étude sur l’immigration, forcément politique!

  • wikipedia : Mark Lynas, né en 1973, est un écrivain, journaliste et militant écologiste britannique qui se concentre sur les changements climatiques.

    « militant » ! Tout est dit.

    • Mark Lynas est quand une personne qui était l’équivalent anglais de notre josé bové (activiste anti PGM) et qui à été capable de remettre en question ses « croyances /certitudes » et de devenir carrément un défenseurs des biotechnologies maintenant après un mea-culpa dont peu de personnes sont capable!

  • mouais….

    les scientifiques sont inquiets dans un sel cas..perdre leurs crédits de recherche…
    et fondamentalement le problème est là, la science n’est pas en danger si le public croit des conneries..mais son financement absolument.

  • qu’ils soient conservateurs (comme pour la science du climat et l’immigration) ou de gauche (comme pour les aliments génétiquement modifiés et les risques de la vaccination)

    Il y a un petit (gros problème) dans cette phrase. Les trucs « scientifiques » dont douterait « la droite »… ne sont pas scientifiques (pas de théorie non-contradictoire produisant des hypothèses falsifiables bien identifiées, pas de validation empirique) alors que ce que la gauche rejette… est scientifique.

    D’ailleurs les deux auteurs ne sont pas très « scientifiques » eux même : un politologue et un sociologue, et très biaisés à gauche. Étrange, non ?

    • Merci Franz, je désespérait de voir un lecteur de Contrepoint ayant remarqué le seul sujet de discussion utile de cet article : C’est à dire le parti pris de la gauche américaine (Climate change is settled science) des auteurs, ce qui enlève tout intérêt à cette prose.

  • Je pense que Contrepoints a voulu faire de l’ironie en publiant cet article qui sent la pastèque de loin…

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